Chanson Douce – Que ne me Chantait pas ma Maman

De : Lucie Borteleau

Avec Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz, Assya Da Silva

Année : 2019

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Paul et Myriam ont deux enfants en bas âge. Ils engagent Louise, une nounou expérimentée, pour que Myriam puisse reprendre le travail. Louise se montre dévouée, consciencieuse, volontaire, au point que sa présence occupe une place centrale dans la famille. Mais très vite les réactions de Louise deviennent inquiétantes.

Avis :

Lucie Borleteau est une réalisatrice française que je ne connaissais pas encore. Cinéaste de trente-huit ans, Lucie Borleteau a un joli parcours. Diplômée de cinéma en 2004, elle exerce plusieurs professions au sein de ce corps de métier. Productrice, scénariste, assistante de réalisation notamment chez Claire Denis, Arnaud Depleschin ou encore Lou Ye, Lucie Borleteau est aussi comédienne, on n’a pu l’apercevoir dans pas mal de films. Elle commence la réalisation en 2004 avec un court-métrage. S’ensuivra deux autres petits films avec un premier long en 2014, « Fidelio, l’odyssée d’Alice« .

Cinq après son premier film, Lucie Borleteau est de retour avec un film qui risque fort bien de faire parler de lui, puisqu’il s’agit de l’adaptation du roman de Leïla Slimani, « Chanson douce« . L’écrivain avait reçu le prix Goncourt pour ce livre. N’ayant pas lu le roman de Slimani, je ne pourrais donc dire si l’adaptation est bonne ou non, je me concentrerais donc sur le film en tant que tel et autant dire que ce deuxième film de Lucie Borleteau est une puissante œuvre de cinéma, porté par une Karin Viard aussi parfaite qu’elle est « malaisante ».

Paul et Myriam sont un couple sans histoire. Alors que Myriam s’occupe de leur enfant, après quelques mois, la jeune femme a envie d’autre chose que de parler de couches à longueur de journée. La jeune femme a envie de reprendre le travail. Il faut donc engager une nounou. Après quelques entretiens, Paul et Myriam voient arriver dans leur salon Louise, la cinquantaine, des références et un très bon contact avec les enfants. C’est décidé, ce sera Louise. Mais plus les mois passent et plus la nounou parfaite devient étrange, peut-être même inquiétante…

Ce qu’il y a de bien quand on ne connaît rien d’une œuvre, c’est que cette dernière surprend presque systématiquement. Alors bien sûr, il y a des œuvres qui vont surprendre en mal, et d’autres, comme le film de Lucie Borleteau, qui vont surprendre en bien, même en très bien, puisque là, la jeune réalisatrice livre un film remarquable. Un film qui impose un malaise et un mal-être au fur et à mesure que son intrigue se déroule.

Écrit par Lucie Borleteau, Jérémie Elkaim et Maïwenn (c’est au départ elle qui voulait réaliser le film), le scénario de « Chanson douce » est une épreuve. C’est un scénario qui se fissure petit à petit. C’est un scénario qui a très bien compris comment faire descendre ses personnages, mais aussi ses spectateurs, en enfer. « Chanson douce » est un film qui est insidieux, c’est un film qui est pervers et sournois. Lucie Borleteau prend tout le temps qu’elle a besoin pour nous entraîner dans cette folie, quitte à créer de petites longueurs par-ci par-là. Des longueurs qui finalement sont utiles et s’effacent à la vision de ce final, qui conclura le film de manière aussi phénoménale que choquante.

Toujours du côté du scénario, on appréciera le traitement des personnages. Tous sont attachants, même Louise, et ça, alors même qu’elle se fait de plus en plus inquiétante et c’est ça qui est extrêmement dérangeant. D’ailleurs, je le répète, n’ayant pas lu le roman, je suis resté en permanence captivé et passionné par ce que la réalisatrice me racontait et surtout une question hante l’esprit, jusqu’où cette histoire peut-elle aller ?

Comme on parle des personnages, il faut s’arrêter sur le casting de ce film. Un casting intense et beau. Un casting où chaque comédien est parfaitement à sa place. Le couple Leïla Bekhti/ Antoine Reinartz est tout simplement merveilleux. Il faut mentionner la belle interprétation d’Assya Da Silva, qui incarne Mila, la petite fille du couple. La gamine s’en sort à merveille. Mais si tous sont excellents, « Chanson Douce« , c’est surtout une Karin Viard qui encore une fois surplombe le reste du casting. Une Karin Viard qu’on n’avait encore jamais vue ainsi. Une Karin Viard qui trouve là un rôle d’une complexité folle, un rôle éprouvant qui la fait basculer. Un rôle à l’image de cette affiche de cinéma, où l’on voit le personnage se craqueler, se fissurer petit à petit. Un rôle dingue et inhabituel. Bref, Karin Viard livre une grande performance et on prend le pari qu’on la retrouvera aux prochains Césars.

Côté mise en scène, là aussi « Chanson douce » est une grande réussite. Film noir, Lucie Borleteau instaure une ambiance terrible à son métrage. Une ambiance qui passe du merveilleux au malsain, voire au lugubre. Lucie Borleteau sait comment raconter cette histoire de nounou qui sombre dans la démence. Son film est mesuré, il y a un très gros travail sur la photographie qui s’assombrit petit à petit. Le film développe un esthétisme froid, un esthétisme qui dans un sens est le reflet de son personnage principal.

Le rythme est assez lent, et malgré de petites longueurs, Lucie Borleteau nous tient et rend son film en permanence captivant. On notera aussi, toujours dans un esprit de « dérangement », que « Chanson douce » a de petites touches d’humour noir, qui sont aussi bienvenues qu’elles sont « malaisantes » au final.

Pour son deuxième long-métrage, Lucie Borleteau frappe fort et livre donc un cauchemar éveillé. Un cauchemar dont on va se souvenir. Froid, sombre, triste et puissant, « Chanson douce« , emmené par une Karin Viard brillante, s’impose de scène en scène comme l’un des meilleurs films français qu’on aura vu cette année.

Note : 16/20

Par Cinéted

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