octobre 24, 2020

Eli

De : Ciaran Foy

Avec Charlie Shotwell, Sadie Sink, Kelly Reilly, Max Martini

Année: 2019

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Un jeune garçon atteint d’une étrange maladie se retrouve dans une clinique isolée où d’affreux cauchemars viennent le hanter.

Avis:

Si les maîtres de l’horreur au cinéma commencent légèrement à s’essouffler, voire même à disparaître (Wes Craven, Tobe Hooper, George Romero…), il y a une nouvelle vague qui se dessine doucement. Si certains ont déjà les yeux doux de la part des studios, comme James Wan pour ne citer que lui, d’autres en sont encore à leurs balbutiements malgré quelques projets juteux. Ciaran Foy fait partie de cette nouvelle génération qui essaye de faire bouger les choses dans l’horreur, tout en restant un peu confidentiel. S’il fait un joli coup d’éclat avec son très bon Citadel et son environnement urbain glacial et inquiétant, il va rendre une copie un peu moins intéressante avec Sinister 2. Film de commande, on sent que le cinéaste est moins libre de faire ce qu’il veut et ne s’exprime pas suffisamment dans un film qui n’a rien de honteux mais qui souffre de la comparaison avec son aîné. Il se tourne alors vers Netflix pour présenter Eli, un film qui sort pile poil pour la période d’Halloween et qui va avoir d’excellentes idées de mises en scène pour un final inattendu mais un peu trop grandguignolesque pour vraiment convaincre. Retour sur un film hybride intéressant mais imparfait.

Eli – Kelly Reilly, Max Martini, Charlie Shotwell, Lili Taylor – Photo Credit: Netflix / Patti Perret

Ciaran Foy est un réalisateur qui semble obnubilé par le milieu urbain et les quartiers pauvres, voyant cela comme une menace, ou tout du moins un endroit inaccessible et qui recèle de bien des dangers. Dès le début du film, on pourrait croire que l’on allait repartir vers cette thématique où une bande de laissés-pour-compte tyrannise un pauvre enfant malade obligé de vivre dans une bulle. Mais très rapidement, le film ne cherche pas à parler des oubliés de notre société, pour clairement partir vers un traitement maladif dans une maison gothique. Eli, allergique visiblement à l’air qui l’entoure, rentre dans un institut avec ses parents pour se faire soigner par une méthode expérimentale. Le côté médical va être rapidement mis en avant, avec une médecin hors normes qui va faire des tests sur ce pauvre enfant. Le film s’émancipe alors de toute critique sociétale pour foncer tête baissée vers des méthodes médicales douteuse et qui peuvent tuer. Eli en devient presque paranoïaque et commence même à avoir des visions. Même ses parents mettent alors en doute ses paroles et le cauchemar ne va faire que commencer.

Ce qu’il y a d’intéressant dans ce film, c’est tout d’abord son mélange des genres et cette volonté de brouiller les pistes de façon maline pour mieux surprendre par la suite. Partant sur le film presque de torture, puis sur celui des fantômes pour aboutir à une sorte de culte, le film essaye de perdre le spectateur dans sa finalité, mais jamais dans son récit et son déroulement. Si certains amateurs d’horreur auront tôt fait de découvrir le pot aux roses, il n’est pas du tout évident de comprendre la fin du récit et c’est en ça que le film est réussi. Il est réussi car dans sa manière d’aborder l’horreur, on y voit une volonté de ne pas abuser de jump scares. C’est bien simple, Ciaran Foy va alterner les phases de flippe en plans longs et les surgissements qui font sursauter. Il y a un réel travail autour des entités fantomatiques. A un tel point que l’on se demande si elles sont présentes dans l’esprit d’Eli, ou alors dans cette maison étrange et inquiétante. C’est là que réside le vrai génie du réalisateur, qui tisse une intrigue à tiroirs et fait vivre un vrai roller-coaster à ses spectateurs.

C’est surtout dans sa maîtrise de la peur que le cinéaste montre son savoir-faire. Les fantômes font des apparitions remarquées et remarquables. Cette façon de les montrer uniquement dans les reflets, jouant constamment avec les ombres et ce que l’on devine derrière une vitre, fait que l’ensemble marche parfaitement et que Ciaran Foy est très inspiré. On avait déjà vu cela avec Sinister 2, mais il laisse éclater son talent avec Eli, où il peut faire ce qu’il veut. Alors bien évidemment, le film n’est pas non plus transcendant. Il manque de rythme et surtout, il manque de personnages charismatiques (on y reviendra plus tard). Mais ce qui peut gâcher le tout, c’est cette fin inattendue, plutôt bien trouvée, mais qui file généreusement vers un Z assumé mais qui ne colle pas vraiment à l’ambiance générale. Le réalisateur se lâche, quitte à faire quelque chose de grand-guignol et qui se révèle trop exubérant par rapport à ce que l’on a eu auparavant. Disons que la fin arrive de façon trop abrupte et arrive avec de gros sabots sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Alors oui, c’est surprenant, mais c’est aussi un peu « too much ».

Pour en revenir aux personnages, ils manquent tout de même d’épaisseur. Eli est un garçon assez touchant par le drame qui le touche et par les relations un peu conflictuelles qu’il a autour de lui, mais on n’aura pas forcément des émotions pour ce jeune garçon. Il manque un petit « je ne sais quoi » pour le rendre vraiment empathique. Tout comme ses parents, joués par la charmante Kelly Reilly et l’imposant Max Martini. Ils ne sont pas désagréables, mais ils sont lambda et manquent d’un petit quelque chose pour réellement convaincre les spectateurs. Au rayon des personnages étranges et dont on ne sait que penser, il y a Lili Taylor en médecin énigmatique, mais là aussi, ça pêche un peu par manque de charisme et de background intéressant. Même Sadie Sink (Max dans Stranger Things) n’arrive pas à créer un personnage intéressant, prenant finalement la place de la meilleure copine bizarre, vivant à l’extérieur mais dont on saura peu de choses. C’est en ça que l’on voit que c’est une production Netflix. Des ambitions mais un manque d’approfondissement pour en faire un « petit » film alors que cela pourrait être bien plus imposant.

Au final, Eli est un film d’horreur plutôt bien troussé et qui réserve son lot de surprises dans le déroulement de l’intrigue. Tantôt film de fantômes, puis film sur les horreurs médicales avant de basculer dans complètement autre chose, Ciaran Foy a des idées et essaye de les exploiter au maximum malgré un budget que l’on sent famélique. Il est dommage que les personnages soient si peu attachants et que le final flirte avec le burlesque, n’ayant plus aucun rapport avec l’ambiance voulue au départ et qui marchait si bien. Bref, Eli est un film sympathique mais qui n’a pas les épaules pour supporter toutes ses ambitions.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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