avril 15, 2021

Florence Foster Jenkins

De : Stephen Frears

Avec Meryl Streep, Hugh Grant, Simon Helberg, Rebecca Ferguson

Année: 2016

Pays: Angleterre, France

Genre: Biopic

Résumé:

L’histoire vraie de Florence Foster Jenkins, héritière new-yorkaise et célèbre mondaine, qui n’a jamais renoncé à son rêve de devenir une grande cantatrice d’opéra. Si elle était convaincue d’avoir une très belle voix, tout son entourage la trouvait aussi atroce que risible. Son “mari” et imprésario, St Clair Bayfield, comédien anglais aristocratique, tenait coûte que coûte à ce que sa Florence bien-aimée n’apprenne pas la vérité. Mais lorsque Florence décide de se produire en public à Carnegie Hall en 1944, St Clair comprend qu’il s’apprête à relever le plus grand défi de sa vie…

Avis:

Le biopic est un genre qui est devenu une véritable manne infernale pour les producteurs. C’est bien simple, le genre marche tellement bien en fonction de la personnalité que les entrées sont souvent nombreuses et certains films plutôt ratés passent pour des chefs-d’œuvre. En disant cela, on pense bien évidemment à Bohemian Rhapsody, mais d’autres exemples pourraient suivre. A contrario, certains biopics marchent moins bien que d’autres parce qu’ils s’intéressent à des gens méconnus mais qui ont une histoire extraordinaire. Et de voir Stephen Frears derrière Florence Foster Jenkins n’est pas un hasard car l’homme aime les projets un peu confidentiels et cette starlette des années 40 correspond parfaitement au cinéma du réalisateur anglais. Totalement inconnue au bataillon (tout du moins, pour ma part), Florence Foster Jenkins était une bourgeoise excentrique qui a financé de nombreux cabarets dans les années 30 et 40 et qui, un jour, après un opéra, décide de se mettre à chanter, malgré sa voix affreuse. Son histoire débute alors et va devenir un véritable phénomène, à un tel point que son concert à Carnegie Hall est l’archive la plus demandée aujourd’hui. Retour donc sur un film qui s’arrête sur cet évènement et plus précisément sur cette femme admirable.

Ce qu’il faut savoir c’est que Florence Foster Jenkins est une personne qui a beaucoup œuvré en son temps pour la musique, notamment lors de la Seconde Guerre Mondiale. Issue de la mondanité new-yorkaise après un premier mariage malheureux, elle va s’imposer par la suite comme une grande mécène et une femme qui aime se mettre en scène. Ce rapport à la scène est une façon pour elle de se libérer de sa maladie, qu’elle couve depuis ses dix-huit ans, une syphilis qui lui a paralysée la main gauche, l’empêchant de jouer du piano. En décidant de faire le portrait de cette femme forte, Stephen Frears va essayer de mettre en avant une femme amoureuse d’un art, extrêmement bien entouré par un mari infidèle mais aimant et qui va aller jusqu’à pousser du lyrique pour son bon plaisir. Derrière l’incongruité de cette histoire vraie, il y a un vrai fond qu’explore le réalisateur britannique. De l’amour entourant Florence, jusqu’à une surprotection qui risque de lui faire plus de mal que de bien. Le film s’efforce donc à montrer les combines de son mari, impresario, qui fait tout pour protéger sa femme des critiques acerbes ou des moqueurs maladifs.

On pourrait alors croire que l’ensemble est romancé, et il l’est certainement, mais cela ne se voit pas tant que ça. Tous les personnages ont leur part d’ombre, une intimité qui n’est parfois pas très reluisante. Si Florence parait enjouée et énergique, elle perd vite pied en fin de soirée, lorsque la maladie la rattrape. Cela donne lieu à des scènes à la fois dures et touchantes avec un Hugh Grant attentionné, chaleureux et très protecteur. S’il est infidèle à Florence, c’est tout simplement parce qu’il y a un accord tacite entre elle et lui, l’amour ne pouvant être physique. Il va donc voir ailleurs, tout en ayant un amour profond par sa femme, qu’il défend bec et ongles et qui prouve son amour au détour d’une séquence importante, et d’une fin qui touche en plein cœur. Il en va de même pour le pianiste, d’abord moqueur, mais qui va se rendre compte de l’humanité de la fausse cantatrice. Il vit aussi dans un appartement plutôt misérable, voue un culte au culturisme et pour autant, l’héroïne ne lui en tient pas rigueur, allant même lui rendre visite, loin de sa bourgeoisie habituelle. Même les personnages secondaires seront intéressants, notamment dans la vision qu’ils ont de Florence Foster Jenkins. Prenons la meneuse de revue, au départ moqueuse, puis qui va prendre la défense de cette femme qui est d’une générosité à toute épreuve. Bref, le film est riche, et même s’il demeure un peu « niais », les personnages sont humains et possèdent leur part d’ombre.

Le petit bémol que l’on peut apporter à ce film, c’est que finalement, il est très académique et ne recèle aucune surprise. On joue beaucoup sur les sentiments, sur les situations improbables plutôt drôles, mais on ne va jamais dans quelque chose qui pourrait choquer ou faire réfléchir. Ici, tout est fait pour raconter une histoire sans juger personne. La mise en scène de Stephen Frears va dans ce sens, n’étant ni brillante ni dégueulasse, mais restant plutôt transparente, tout en gardant en tête une belle reconstitution et des personnages mis en valeur. Fort heureusement, le casting rehausse le niveau. Meryl Streep est incroyable dans le rôle de cette femme forte et généreuse. Elle rayonne de bonheur, même dans la maladie et arrive à communiquer sa bonne humeur avec une aisance aérienne. Hugh Grant est lui aussi très touchant dans un rôle complexe où il trompe sa femme tout en l’aimant profondément. L’acteur se régale, campe un rôle complexe où il touche sur une scène finale bouleversante. Simon Helberg vole presque la vedette à tout le monde, en jouant ce joueur de piano efféminé et étrange, dont les réactions sont hilarantes lorsqu’il découvre le « talent » de Florence. Enfin, Rebecca Ferguson complète ce joli casting en apportant une touche charme non négligeable.

Au final, Florence Foster Jenkins est un film très agréable et franchement réussi. S’il reste très académique dans son approche, que ce soit au niveau du scénario ou de la mise en scène, le métrage véhicule de bonnes ondes et narre une histoire incroyable mais vraie qui permet d’en apprendre davantage sur l’histoire du Carnegie Hall, mais aussi sur cette personne incroyable, à la vie mouvementée mais à l’énergie intacte. Bref, une sorte de Feel Good Movie classique, mais efficace.

Note: 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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