Silent Hill Redemption

Auteurs : Tom Waltz et Steph Stamb

Editeur : Mana Books

Genre : Horreur

Résumé :

Lorsque Jack Stanton, un tueur à gages surnommé « le Chiot », s’enfuit avec Jill, la femme de son patron, il s’attend évidemment à devenir une cible. Il ne doute pas que les hommes de main de Finn Conway vont se lancer à sa poursuite, et il sait bien que Jill et lui ne seront pas en sécurité très longtemps. Mais rien n’aurait pu le préparer à Silent Hill. En partant à la recherche de Jill, kidnappée à proximité de ce lieu maudit, Jack se retrouve confronté aux monstres qui peuplent la ville : corps déformés, cadavres animés, loups sanguinaires… Pour survivre, il va devoir affronter une multitude de démons – à commencer par les siens. Et c’est sans compter l’ombre menaçante de Finn Conway qui se jette, revolver au poing, aux trousses des deux amants… Piégé entre les fantômes du passé et sa quête d’un futur rédempteur, Jack va devoir, avec l’aide de la jeune Sara, trouver en lui le courage de tenter de sauver Jill. Et pour finir, peut-être, lui-même.

Avis :

Avec son ambiance glauque et malsaine, l’aura de Silent Hill reste sans commune mesure. La violence psychologique dont font preuve les jeux vidéo se révèle nettement plus dérangeante que des mécanismes horrifiques plus explicites. Il en est ressorti des titres cultes, notamment les trois premiers opus, et l’un des rares films de qualité (de Christophe Gans) en tant qu’adaptation vidéoludique. Pourtant, la licence semble être au point mort depuis l’annulation de Silent Hills qui relevait du fantasme en matière de collaboration (Hideo Kojima, Guillermo del Toro et, en tête d’affiche, Norman Reedus).

Pour l’heure, il faut se contenter d’une sortie tardive de Silent Hill Redemption. Le présent comics date de 2008 et s’intègre dans une série de sept histoires indépendantes parues entre 2004 et 2014. Chaque incursion à Silent Hill est marquée par des protagonistes différents dans un cadre commun. La grande particularité des lieux étant de donner contenance aux cauchemars et aux tourments de tout un chacun. Il existe une base non négligeable d’interprétation où la subjectivité du public (joueur, spectateur ou lecteur) joue un rôle prépondérant dans la manière d’aborder le récit et de ressentir la détresse des personnages.

S’il est bien une constante à mettre en avant à chaque volet, c’est le caractère torturé des intervenants. Le fait de s’identifier à eux, à tout le moins de comprendre leurs motivations, favorise l’empathie à leur égard. Sur support vidéoludique, cela offre une dimension supplémentaire à même de rendre l’immersion plus palpable et oppressante. Or le format du comics crée déjà une distance, car l’appropriation n’est pas comparable, ne serait-ce que par la brièveté du récit. Les auteurs doivent donc trouver d’autres leviers pour susciter le malaise, d’autres notions inhérentes à l’œuvre de Keiichiro Toyama.

C’est sur l’aspect sordide et la violence graphique que Silent Hill Redemption se focalise. Les amateurs des jeux côtoieront d’ailleurs un bestiaire familier au fil des pages. On peut évoquer les sniffer dogs, Pyramid Head ou encore les infirmières dont les formes aguicheuses contrastent avec leur faciès impavide. On notera également une référence évidente à Lisa Garland, personnage emblématique (et dérangé) du tout premier volet. Bien que l’histoire soit un one-shot et demeure parfaitement intelligible à tous, il y a de nombreuses allusions et d’éléments susceptibles d’échapper aux nouveaux venus.

La nature même de la ville et ce qui s’y déroule ne trouve qu’une vague résonnance dans l’exploration des lieux, grâce au parcours chaotique du protagoniste. Aucune explication ne sera clairement établie. Ce qui peut en décontenancer plus d’un si l’on n’est pas coutumier de la saga ; a fortiori en se heurtant à un final assez abrupt. Par ailleurs, on notera l’absence de distinction avec une dimension infernale parallèle, un point pourtant récurrent au fil des jeux pour accentuer le sentiment de danger. Ici, les irruptions et les visions dantesques se déroulent sur un plan unique.

Sans doute est-ce dû pour gagner en accessibilité. Toujours est-il que cette simplicité dans la forme se retranscrit également dans la trame principale. Les prétextes sont légion pour justifier l’incursion à Silent Hill. L’ajout de flashbacks censés développer le background des protagonistes fait surtout office de remplissage. Au lieu de travailler la caractérisation, on oblitère l’aspect nébuleux qui entoure ceux et celles qui parviennent jusqu’à Silent Hill. La majorité des intrigues de la saga préfère dépeindre des réactions et un comportement qui s’adaptent aux situations présentes et à venir. Leur passé demeure volontairement évasif à bien des égards pour renforcer la perte de repères et rendre l’issue d’autant plus incertaine.

Au final, Silent Hill Redemption délaisse une impression assez contradictoire dans le sens où l’intrigue souhaite rester accessible au plus grand nombre tout en ayant un fan service assez dense en filigrane. Une considération qui se joue de paradoxes lorsqu’on approfondit la teneur de l’histoire, somme toute simpliste, et sa manière d’évoluer en occultant des fondamentaux indissociables de la saga. Certes, il ne s’agit pas du même format, mais les aspects précédemment évoqués ne sont pas propres au domaine vidéoludique. Ils auraient très bien pu s’intégrer au fil des vignettes. On retiendra un travail graphique de qualité et une atmosphère pessimiste à défaut de frissonner ou de sombrer dans des méandres malsains.

Note : 13/20

Par Dante

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