décembre 2, 2020

Body Bags

De : John Carpenter et Tobe Hooper

Avec John Carpenter, Stacy Keach, Mark Hamill, Twiggy

Année: 1993

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Depuis la morgue, un médecin légiste nous raconte les histoires de trois cadavres : « La station-service » (une étudiante trouve un job d’été comme caissière de nuit dans une station-service alors que rôde un tueur en série), « La chevelure » (un homme obsédé par son début de calvitie subit une opération destinée à lui faire repousser les cheveux) et « L’œil » (après un accident, un joueur de base-ball se fait greffer l’œil d’un meurtrier).

Avis:

John Carpenter est un réalisateur que l’on ne présente plus, et déjà dans les années 90, il est une super star du cinéma horrifique. Avec des métrages comme Halloween, Christine ou encore The Thing, il est confortablement installé et chacun de ses films est un petit évènement avant qu’il ne soit blacklisté d’Hollywood à cause de son côté trop punk et rentre-dedans. Quant à Tobe Hooper, il suffit de dire Massacre à la Tronçonneuse et tout le monde se met d’accord pour dire que c’est lui aussi l’un des grands maîtres de l’horreur des années 70/80 et même 90. Alors quand les deux cinéastes s’associent pour faire un film à sketches, cela a de quoi séduire et donner envie de se plonger corps et âme à l’intérieur. C’est le cas avec Body Bags, qui reprend un peu à son compte les Contes de la Crypte pour en faire un film un peu spécial, à mi-chemin du Creepshow, tout en gardant un aspect humour noir très prononcé. Il en résulte trois sketches, deux de Carpenter et un de Hooper, dont aucune n’est à jeter et chacun trouve sa place dans cet environnement macabre et délicieusement drôle.

Il faut savoir que chaque segment est entrecoupé d’une petite partition de John Carpenter, grimé en un médecin légiste zombie qui joue avec les corps qui sont autour de lui. S’amusant à faire des blagues de mauvais goût, il est celui qui va lancer les différents sketches à base de jeux de mots pourris ou encore faisant faire des choses sales à des cadavres. Ce qui est très amusant ici, c’est l’ambiance, qui peut ressembler à du Stuart Gordon, avec des couleurs criardes et un aspect très néo-gothique. L’ensemble se révèle amusant, à l’image de ce personnage dégingandé qui nous parle pour lancer des thématiques horrifiques. Et c’est donc là qu’arrive les trois courts-métrages, oscillant entre la quarantaine de minutes et la vingtaine, pour des résultats équivalents et franchement réjouissants. Il est d’ailleurs rare et fortement appréciable de voir que les deux réalisateurs tiennent bien leur barre et s’accordent parfaitement pour trouver un juste équilibre dans la qualité des sketches proposés, mais aussi dans leur réalisation.

The Gas Station est le premier sketch à se lancer, réalisé par John Carpenter et le pitch est relativement simple. Une étudiante fait son premier jour en tant que caissière nocturne dans une station-service un peu paumée, alors qu’un tueur en série rode dans les parages. Dès lors, des personnages étranges vont graviter autour d’elle, jusqu’à ce qu’elle doive affronter le tueur. Derrière ce scénario bien trop simple, John Carpenter va peaufiner une ambiance des plus étranges, où les oiseaux de nuit semblent provenir d’une autre dimension. Entre un couple un peu débridé, un homme charmant mais qui semble cacher quelque chose ou encore un SDF mutique et un homme blême au rictus malsain (joué par le regretté Wes Craven), on va vite se trouver dans une situation peu enviable. La jeune femme, assez empathique, va alors trouver le pot aux roses et découvrir qui est le tueur. John Carpenter laisse alors parler son génie avec une mise en scène inspirée et jouant avec les éléments comme dans un roller-coaster. On voit même que le cinéaste lâche la bride à la toute fin avec un sympathique passage bien gore. Si l’ensemble est donc simple, c’est bien fait et on retrouvera même quelques références à l’œuvre du réalisateur puisque l’action se passe à Haddonfield, la ville de Michael Myers (Halloween).

Le deuxième segment est quant à lui un peu plus complexe et recherche plus l’humour avec une intention derrière. Hair est un sketch qui part sur les bases de la beauté et du regard des autres. Un homme n’accepte plus sa calvitie et décide alors d’essayer une nouvelle technique révolutionnaire pour se faire pousser des cheveux d’une longueur extraordinaire. Après un premier jour concluant, l’homme en question va vite voir que ses cheveux se s’arrêtent plus de pousser, mais qu’il en a aussi dans la gorge, sur les joues et dans les yeux. Avec ce sketch, John Carpenter va jouer avec la comédie horrifique caustique, pointant du doigt les méfaits de cette société qui juge constamment au physique et qui met à mal certaines personnes qui ne s’acceptent plus. En jouant la carte de la gaudriole, le réalisateur tisse alors un scénario malin qui va finir dans une horreur pure, avec des effets spéciaux délicieusement kitsch. Pourtant, l’ensemble fonctionne à merveille, faisant rire autant qu’il effraie et mettant en avant un Stacey Keach remarquable. Bref, un excellent segment bien différent des deux autres, car il se rapproche clairement de la comédie noire.

Enfin, le dernier segment, le plus long, est signé Tobe Hooper et met Mark Hamill en scène. Jouant un joueur de baseball qui risque fort de devenir connu, il va avoir un accident de voiture, perdre un œil et se le faire remplacer grâce à une greffe. Mais très vite, le jeune homme va avoir des visions et des envies de meurtre. Purement horrifique, ce segment joue alors sur la double personnalité, et sur le fait d’avoir les souvenirs d’un autre à partir d’une greffe. Le couple va alors partir en eau de boudin, Mark Hamill va peu à peu perdre les pédales et les flashs horrifiques seront de plus en plus nombreux et plus en plus ignobles, notamment lorsqu’il faut forniquer un cadavre. Tobe Hooper n’y va pas avec le dos de la cuillère et balance sévère sur le glauque, jusqu’à un final gorasse qui ne laisse indifférent. Ce qui est intéressant ici, c’est que l’on voit bien la différence de réalisation entre les deux cinéastes, Tobe Hooper se faisant plus pernicieux avec des touches de gore par moments, alors que Carpenter fait monter la sauce de façon plus fluide jusqu’à un final qui surprend ou qui se veut grandiloquent.

Au final, Body Bags est un très bon film à sketches. L’association de John Carpenter avec Tobe Hooper ne pouvait donner qu’une bonne chose et on voit bien que les deux hommes se régalent avec leurs différentes parties. Le film jouit d’un bel équilibre entre les sketches, tout en ayant une belle différence de scénarios et de réalisation. On se retrouve donc face à un produit fait avec le cœur, qui a du coffre et qui propose un contenu de qualité, ce qui est très rare dans les films à segments. A mi-chemin entre Creepshow et Les Contes de la Crypte, ce Body Bags est une belle réussite.

Note: 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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