Le Maître Chinois

Titre Original : Jui Kuen

De : Woo-Ping Yuen

Avec Jackie Chan, Siu Tien Yuen, Hwang Jang Lee, Dean Shek

Année: 1978

Pays: Hong-Kong, Chine

Genre: Action, Comédie

Résumé :

Fei-Hung est le fils d’un grand maître chinois spécialisé dans les arts martiaux. Après une bagarre, son père l’envoie pour le punir chez son oncle, lui aussi expert dans les techniques de combat… Excepté qu’il pratique le kung-fu d’une manière très particulière. En effet, l’homme, relativement fou, ne combat que lorsqu’il est ivre !

Avis :

Pour beaucoup de profanes, Woo-Ping Yuen ne dit certainement pas grand-chose. Pourtant, le réalisateur chinois est un spécialiste du film d’arts martiaux et c’est à lui que l’on doit de nombreuses pépites comme Tai Chi Master, la saga des Tiger Cage ou encore le dernier Ip Man en date. Car oui, malgré ses 74 ans bien tassés, le cinéaste tourne toujours et continue son exploration des arts martiaux au sein du septième art. Débutant sa carrière à la fin des années 70, il commence ses armes avec Le Maître Chinois, plus connu sous le nom de Drunken Master, où il va mettre en scène la star montante de l’époque, Jackie Chan. Officiant dans un registre étonnant, un mélange d’action débridée et de comédie potache, Le Maître Chinois va permettre à Jackie Chan de démontrer son talent physique, mais aussi au réalisateur de prouver qu’il n’est pas un manche derrière la caméra et qu’il est capable de fournir un film d’arts martiaux au rythme haletant et aux chorégraphies millimétrées. Bref, un premier film réussi et qui fonctionne toujours aujourd’hui.

Et pourtant, ce n’était pas forcément gagné à la lecture du scénario. Une histoire simpliste, que l’on a déjà vue plusieurs fois et qui est générique à toutes les populations, à toutes les religions. Ici, un fils ingrat qui maîtrise relativement bien le kung-fu va mettre son père dans l’embarras face à un riche homme d’affaires. Dès lors, son père le force à l’exil en allant apprendre auprès d’un maître chinois supposé tyrannique. Va s’ensuivre alors un apprentissage rigoureux, des situations plus ou moins grotesques, une rébellion et bien évidemment, une rédemption. Le Maître Chinois n’est finalement rien d’autre que le parcours initiatique d’un jeune homme turbulent et prétentieux qui va apprendre à ses dépens qu’il n’est pas le plus fort du village. On pourrait presque transposer ce scénario à d’autres films plus ou moins récent, mais celui qui vient vite en tête, c’est Kickboxer avec Jean-Claude Van Damme. De là à dire que Le Maître Chinois a ouvert la voie à d’autres films du même style comme Karaté Kid, il n’y a qu’un pas. Cependant, le parcours de ce jeune homme semble assez factice et n’est là que pour le préparer à un combat final face à un tueur sans merci. D’un point de vue psychologique, il ne se passe pas grand-chose. Le personnage de Jackie Chan est toujours aussi facétieux, parfois prétentieux et on ne sent pas vraiment d’évolution en sa personne. Il ne sort pas vraiment grandi de cet apprentissage et on ne le sent pas forcément plus respectueux envers autrui. C’est dommage et c’est peut-être le seul point noir du film.

Si on accepte bien évidemment les frasques de ce personnage et l’humour un peu dépassé qui règne dans ce film. En effet, l’aspect comédie est parfois un peu trop grotesque. Les bruitages sont excessifs, certains passages frôlent le mauvais goût, comme ce combat contre une femme qui sera en fait sa tante et où on comprendra qu’il veut embrasser sa cousine. Un moment gênant qui se veut drôle, mais qui est tellement dans la surenchère qu’il en devient presque ridicule. Il en va de même avec certains antagonistes un peu aux fraises et trop dans la démesure. On pense à celui qui a un crane indestructible mais qui va avoir des bosses sur la tête alors qu’il prend des coups de marteau ou encore à ce riche héritier qui va prendre une chasse et revenir sur un brancard avec des bandages de partout. On a parfois l’impression de regarder une parodie et pas vraiment un film qui se prend au sérieux. Il en va de même avec le grand maître, constamment saoul, qui offre un apprentissage étrange et qui se joue tout le temps de son apprenti. Si la relation entre les deux personnages est intéressante et que l’on ressent de l’empathie pour eux, on reste dans un pastiche assez grotesque, qui parfois fonctionne, mais qui parfois tombe à plat et semble un poil désuet.

Néanmoins, le film est extrêmement attachant et surtout très bien fichu. Si l’on suit sans surprise les tribulations de ce jeune homme impertinent, on sera gâtés en ce qui concerne les combats. Les chorégraphies sont superbes, les différentes techniques sont parfaitement mises en scène et surtout, l’ensemble est extrêmement lisible. Que ce soit lors d’un combat sérieux ou lors d’un combat un peu pastiche, on reste dans le haut du panier en matière de réalisation. Jackie Chan est impressionnant dans sa souplesse et dans la fluidité des mouvements. Certaines séquences sont tout bonnement incroyables, comme le coup de l’épée qu’il fait volontairement tomber et qu’il réceptionne avec son pied. Le plus intéressant dans tout ça, c’est que le cinéaste en fait presque des plans-séquences, avec parfois de longues périodes sans coupure pour bien montrer les talents physiques de ses comédiens. Rajoutons à cela un rythme d’enfer. Le Maître Chinois est un film qui ne s’arrête jamais, cela en est presque frénétique. C’est bien simple, au bout de seulement un quart d’heure, on aura droit à au moins trois combats différents, dans des lieux et avec des objets différents. La narration se déroule d’ailleurs à travers ces combats, montrant tout d’abord le côté pénible du personnage, puis ses défaites qui vont le faire redescendre et enfin sa fierté d’avoir appris les techniques des dieux ivres. Bref, le film enchaine les combats, et c’est bien là que Le Maître Chinois vaut son coup d’œil, passant avec fluidité d’un combat à un autre et montrant différents styles. Et Jackie Chan semble s’éclater, ce qui participe grandement au capital sympathie du film.

Au final, Le Maître Chinois est un film très intéressant et plutôt réussi malgré son aspect un peu désuet aujourd’hui, surtout dans son scénario simpliste et dans son humour gentiment régressif. Le caractère généreux de l’ouvrage permet de ne pas s’ennuyer un seul instant, tout comme la bouille gracieuse d’un Jackie Chan au top de sa forme et qui donne vraiment de sa personne. Un film d’arts martiaux léger dans son style, mais très sérieux sur les différents combats qui parsèment le métrage, et qui, aujourd’hui encore, fonctionne à merveille.

Note : 15/20

Par AqME

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net