octobre 29, 2020

Le Château du Dragon

Titre Original : Dragonwyck

De : Joseph L. Mankiewicz

Avec Vivienne Osborne, Gene Tierney, Vincent Price, Jessica Tandy

Année: 1947

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller, Drame

Résumé :

En 1844, la fille d’un fermier, Miranda Wells, est invitée par une relation Nicholas Van Ryn à venir faire un séjour dans sa maison pour tenir compagnie à sa fille. A son arrivée, la jeune fille trouve ses hôtes très étranges.

Avis :

Joseph L. Mankiewicz est l’un des plus grands cinéastes américains qui ait foulé cette terre. Mais en 1947, Mankiewicz, c’est personne, ou du moins c’est un petit scénariste allemand qui monte petit à petit. Après être passé de maison de production en maison de production, Joseph L. Mankiewicz se voit proposer de mettre en scène « Le château du dragon« . Initialement, le film devait être réalisé par Ernest Lubitsch, mais ce dernier ayant eu une crise cardiaque, Mankiewicz récupère le projet et ainsi, il tourne son premier film.

« Cléopâtre« , « Soudain l’été dernier« , « Eve » ou encore « La comtesse aux pieds nus« , pour ne citer que cela, Joseph L. Mankiewicz est un cinéaste qu’on ne présente plus. Bien entendu, comme dans toute carrière, bien avant les chefs-d’œuvre, il a fallu commencer par quelque chose, il a fallu débuter et ce début de carrière, c’est ici qu’on le trouve avec « Le château du dragon« , qui va être un drame froid et austère. Un drame qui installe une ambiance particulière et prenante. Mankiewicz fait déjà preuve d’une belle maîtrise, ayant le souci du détail, aussi bien dans sa première mise en scène que dans l’écriture de son scénario et de ses personnages. Si le film ne sera pas exsangue de défauts, il en restera surtout une belle œuvre de cinéma qui mérite d’être redécouverte.

En 1844, Miranda Wells est la fille d’un fermier. Cette dernière est invitée dans l’état voisin par un cousin éloigné qu’elle n’a jamais rencontré. Ce dernier souhaite l’avoir auprès de lui pour être la dame de compagnie de l’une de ses filles. Pour Miranda, c’est l’occasion de voir autre chose et surtout de voir la vie en plus grand, puisque le dit cousin est fortuné. Une fois sur place, Miranda noue une belle relation avec son cousin, et quand la femme de ce dernier meurt, Nicholas demande alors la main de Miranda…

« Le château du dragon » est un film qui me tardait de découvrir, car j’aime l’œuvre de Mankiewicz, du moins pour ce que j’en ai vu jusqu’ici (le réalisateur ne m’a jamais déçu) et en plus de ça, j’adore tout particulièrement découvrir les premiers films, ce moment où tout ou presque se met en place et je dois dire que j’ai été très loin d’être déçu par ce premier Mankiewicz. Que ce soit dans son fond comme dans sa forme, tout fut bon et intéressant.

Si le scénario a quelques facilités et manque parfois de subtilité, notamment quand il se fait confronter deux façons de voir le monde entre Miranda fille de fermier « libre » et les aristocrates qui viennent à une fête donnée dans le château. Le film manque aussi de subtilité dans l’histoire d’amour qui naît entre les deux personnages principaux. Mais pour le reste, ce scénario est un petit bijou qui sait comment nous accrocher et surtout qui nous tient, malgré ses maladresses, dans une forme d’intérêt mélangé à une inquiétude, jusqu’à la fin. Ce qui est particulièrement bien écrit dans cette histoire, c’est l’évolution de ses personnages et notamment celle de Vincent Price. Certes, on peut voir les événements et les tournures arriver, mais elles n’en restent pas moins passionnantes et accrocheuses. Mankiewicz installe une tension, un malaise pendant tout son film et plus particulièrement avec cette histoire d’amour impossible et surtout manipulée pour pouvoir laisser une trace, un nom dans l’avenir. Bref, le film est fait de petits riens qui mis bout à bout, nous entraînent vers ce final, aussi évident qu’il est tragique. On notera aussi, et en bien, que « Le château du dragon » se frotte à peindre un relief social, comme je le disais, s’il manquera parfois de subtilité, n’en reste pas moins intéressant, surtout quand celui-ci est terriblement marqué. Plusieurs scènes entre le comte et les paysans sont bonnes et intéressantes.

Côté mise en scène, le film est sublime et malgré son grand âge, il n’a pas pris une ride. Il y a dans cette réalisation une certaine élégance qui se dégage de l’ensemble. Le film joue beaucoup sur les sentiments d’émerveillement et de tension, d’enfermement. D’ailleurs, plus l’intrigue avance et plus cette dernière se fait sombre et inquiétante. On notera aussi un soupçon de gothique avec ce grand château, ses décors, et la façon dont tout est filmé par Mankiewicz, puis la BO d’Alfred Newman qui donne une jolie profondeur à l’ensemble.

Bien entendu, quand on découvre ce premier film, il est bien difficile de ne pas penser au magistral « Rebecca » d’Alfred Hitchcock tant plusieurs traits de l’intrigue et de l’ambiance y font penser. On sent que Mankiewicz, s’il ne s’en est pas inspiré, a été influencé par le film d’Hitchcock. Après influence ou non, ça reste du très bon cinéma.

Enfin, il reste ce casting magique où tous sont à leur place. Tenu par d’excellents acteurs, il faudra toutefois dire que même si Gene Tierney est sublime dans la peau de Miranda, « Le château du dragon« , c’est avant tout Vincent Price qui se trouve être fascinant à tous les plans. Aussi beau qu’il est énigmatique, Mankiewicz le sublime et le rend inquiétant en permanence.

Ce premier film signé Joseph L. Mankiewicz est donc, malgré ses défauts, une belle réussite. Tenu par une intrigue intéressante, plus profonde qu’elle n’en a l’air et qui joue sur plusieurs fronts, tenu par une mise en scène élégante, et enfin tenu par de grands acteurs, « Le château du dragon » mérite amplement qu’on s’y arrête et qu’on y rallume les projecteurs dessus. Assurément à voir, ne serait-ce que pour Vincent Price, incroyable à chaque instant.

Note : 14/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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