Stephen King’s Doctor Sleep – Vampire Hunter

Titre Original: Doctor Sleep

De : Mike Flanagan

Avec Ewan McGregor, Rebecca Ferguson, Kyliegh Curran, Cliff Curtis

Année: 2019

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur, Thriller

Résumé :

Encore profondément marqué par le traumatisme qu’il a vécu, enfant, à l’Overlook Hotel, Dan Torrance a dû se battre pour tenter de trouver un semblant de sérénité. Mais quand il rencontre Abra, courageuse adolescente aux dons extrasensoriels, ses vieux démons resurgissent. Car la jeune fille, consciente que Dan a les mêmes pouvoirs qu’elle, a besoin de son aide : elle cherche à lutter contre la redoutable Rose Claque et sa tribu du Nœud Vrai qui se nourrissent des dons d’innocents comme elle pour conquérir l’immortalité. Formant une alliance inattendue, Dan et Abra s’engagent dans un combat sans merci contre Rose. Face à l’innocence de la jeune fille et à sa manière d’accepter son don, Dan n’a d’autre choix que de mobiliser ses propres pouvoirs, même s’il doit affronter ses peurs et réveiller les fantômes du passé…

Avis :

Il y a des films qui restent implantés dans la culture populaire malgré leur aspect un peu retors. Shining de Stanley Kubrick en est le parfait exemple tant il est dans présent dans tous les esprits, et pourtant, il s’agit d’un film d’horreur. Cette même horreur souvent moquée et décriée par les « cinéphiles » et décrite comme une consommation crétine pour les adolescents boutonneux en mal de sensations fortes. Pourtant, Shining demeure une référence (comme bien d’autres films d’horreur ou de genre) et n’a jamais été aussi présent qu’aujourd’hui, tout d’abord avec un saut dans le futur à travers le superbe Ready Player One de Steven Spielberg, puis avec un bond dans le passé avec Doctor Sleep, suite officielle aussi bien dans le bouquin de Stephen King que dans le film de Mike Flanagan. Malgré tout, il faut avoir un sacré culot (ou alors être un peu inconscient) pour tenter de faire une suite au film de Kubrick, tant celui-ci est un objet de culte et qu’il se suffit à lui-même. L’heure étant aux remakes, suites et autres spin-off, pas étonnant de trouver des producteurs prêts à salir un film aussi important. Mais en confiant le projet à Mike Flanagan, on avait tout de même une petite lueur d’espoir.

Mike Flanagan est presque un petit nouveau dans le domaine du septième art, et plus précisément du genre horrifique. Son nom apparait en 2011 au détour du film Absentia, qui montrait déjà l’amour du réalisateur pour l’horreur lente à travers un film social assez déplaisant. Quasiment inédit en France, c’est deux ans plus tard que le réalisateur va faire du bruit avec The Mirror, sorti initialement sous le titre Oculus. Film de fantôme à l’ambiance réussie, c’est à partir de là que tout décolle pour le cinéaste, qui ne va plus s’arrêter, offrant trois films en 2016, deux sur Netflix (Pas un Bruit et Ne t’Endors Pas, assez sympathiques) et Ouija, les Origines, qui propose une préquelle au très mauvais Ouija et qui s’avère finalement supérieur au premier. Toujours pour Netflix, Mike Flanagan s’essaye alors à l’adaptation, déjà de Stephen King, avec Jessie et les critiques sont plutôt bonnes. Mais c’est surtout avec sa série The Haunting of Hill House, adaptation libre du roman de Shirley Jackson, que le réalisateur va se faire remarquer, au point de porter à bout de bras Doctor Sleep, qui sera donc son deuxième projet à avoir les honneurs d’une sortie en salles. Et concrètement, qu’est-ce que ça vaut ?

La première chose qu’il faut savoir avec ce film, c’est qu’il s’agit d’un objet hybride. En effet, le film est une suite de Shining, tout comme il est une adaptation plus ou moins libre du roman de Stephen King. En un sens, il n’est donc pas comparable à l’œuvre de Kubrick, puisqu’il tire des notions de deux médiums bien différents et qui n’ont pas les mêmes objectifs. De ce fait, si on entend ou lit des gens dire que ce n’est pas la hauteur de Shining, l’argument est complètement fallacieux et peut être rejeté. Ici, il faut y voir un film qui fait des liens, prend des libertés et tente de s’affranchir d’un film dont il n’a pas la prétention, et c’est sans doute pas plus mal comme ça. Ici, Mike Flanagan propose surtout de suivre la vie de Danny près de trente ans après les évènements macabres de l’Overlook et de voir comment ce jeune garçon innocent a évolué. Un pitch suffisamment simple qui va se corser avec l’arrivée d’une secte de maniaques accros au Shining afin d’avoir une vie éternelle. Sorte de chasse aux vampires moderne, Doctor Sleep va surtout développer ses personnages pour mieux les intégrer dans un univers macabre.

On peut avoir l’impression de retrouver des films d’horreur qui s’éloignent volontairement des teen movies stupides avec des jump scares toutes les deux secondes et qui essayent de construire leurs personnages afin de leur donner une véritable épaisseur. Les exemples sont plutôt flagrants avec Hérédité et Midsommar d’Ari Aster, ou encore le très décevant Ca Chapitre 2 qui tente malgré tout d’approfondir ses protagonistes. Ici, les 2h32 de Doctor Sleep sont nécessaires pour présenter les personnages de Danny, Abra et Rose, trois êtres différents qui vont tisser des relations importantes pour ressentir de l’empathie ou de la haine. Dès le début du film, c’est Rose qui est mis en avant avec toute sa clique, n’hésitant pas à tuer une pauvre gosse. Une fois cette introduction percutante, on va retrouver cette « famille » en chasse pour se nourrir auprès d’enfants extraordinaires et il y a une vraie mythologie qui s’installe. Comme dit auparavant, on pourrait les comparer à des vampires modernes, se nourrissant non pas de sang mais du Shining. Rose est manipulatrice, charmeuse et elle a un lien profond avec chacun de ses acolytes. Il s’agit certainement du méchant le mieux écrit depuis bien longtemps, travaillant aussi sur la peur de la mort.

Une peur qui revient souvent dans les thématiques de chaque personnage. Et c’est là que l’on va voir la rigueur d’écriture du personnage de Danny. D’abord alcoolique au bout du rouleau, il va trouver une sorte de rédemption grâce à une bonne âme qui va l’héberger et lui permettre de trouver un travail comme aide-soignant accompagnant les personnes en fin de vie. L’évolution est logique, l’homme utilisant son don pour apaiser cette peur de mourir, cette peur de l’inconnu, de savoir s’il y a un après ou non. Quant au personnage d’Abra, ce n’est pas tant la mort qui l’obnubile, mais de rechercher des personnes qui sont comme elle, tant elle se sent seule. Elle va donc créer des liens avec Danny, le prenant presque pour un oncle et il va y avoir un lien indéfectible qui va relier les deux personnages. La relation est simple, belle et logique et démontre que l’union fait vraiment la force. En prenant son temps, Mike Flanagan en profite pour peaufiner ses personnages et leur donner une réelle épaisseur, un vrai background et un but à atteindre. Cela fait un bien fou de voir de l’horreur savamment écrite et qui ne s’adresse pas à un public bête.

Mais réduire Doctor Sleep à sa simple écriture serait plutôt réducteur, car le film possède une certaine aura qui n’est pas étrangère à son réalisateur. Mike Flanagan fait partie de ces rares nouveaux cinéastes qui possèdent une vraie patte, un vrai style. Déjà visible dès ses premiers films, le cinéaste aime les longs plans lents avec de tout petits mouvements de caméra circulaire. Ainsi dons, on retrouvera cela dans ce film, au détour de quelques scènes qui tentent d’instaurer une ambiance macabre, ou tout du moins inquiétante. Si globalement le film tient bien la barre, force est de constater que la peur n’est pas bien présente au sein du métrage et ce sera là l’unique défaut du film. Si on s’attache fortement aux personnages et que l’on peut craindre pour leur vie, il manque à Doctor Sleep une réelle ambiance éthérée et angoissante. Les apparitions de fantômes ne sont pas toujours percutantes, le coup de la secte vampirique un peu hippie n’arrive pas à créer de la frayeur et les moments de rêve ou de recherche avec le Shining manquent d’impact. C’est bien fait, parfois presque onirique, mais on n’est pas dans la peur ou la frayeur, on n’est pas forcément dans le macabre et c’est dommage.

Néanmoins, le dernier acte demeure plutôt réussi, même s’il est trop court. Les afférences à Shining sont peu nombreuses durant la majeure partie du film, sauf à la toute fin où toute l’action se déroule dans l’Overlook. On retrouvera avec plaisir des lieux cultes mais aussi quelques scènes du film originel, histoire de bien remettre les pendules à l’heure et de rendre à César ce qui appartient à César. Mike Flanagan essaye d’y instaurer quelques nouveautés avec brio et l’hôtel retrouve alors sa grâce d’antan. Il faut dire aussi que les acteurs sont particulièrement bons. Ewan McGregor campe un excellent Danny, d’ailleurs groggy et abattu, puis reprenant du poil de la bête grâce à un Cliff Curtis touchant et très humain. Rebacca Ferguson est incroyable dans le rôle de la méchante. Elle est non seulement sublime, mais elle prend un plaisir évident à jouer ce rôle complexe et torturé. Seule Kyliegh Curran, dont c’est le deuxième film, manque de charisme et semble trop lisse. Et comment ne pas remarquer certains acteurs fétiches du réalisateur, comme Henry Thomas (l’enfant dans E.T. mais aussi le père de famille dans The Haunting of Hill House) qui reprend le rôle de Jack Nicholson ou encore Jacob Tremblay en pauvre victime que l’on a pu voir dans Ne t’Endors Pas.

Au final, Stephen King’s Doctor Sleep est tout de même une belle réussite, presque inespérée. Mike Flanagan, humble dans sa démarche, ne souhaite aucunement concurrencer Shining du géant Kubrick, et s’émancipe rapidement de ce modèle pour offrir un film hybride entre semi-suite et semi-adaptation de bouquin. Le résultat est très intéressant, travaillant des thématiques difficiles, comme ce qu’il y a après la mort et transforme le tout en chasse aux vampires moderne avec des personnages travaillés et attachants. Bref, Mike Flanagan confirme tout le bien que l’on pensait de lui et s’ouvre certainement une voie royale vers des projets horrifiques plus ambitieux encore.

Note : 16,5/20

Par AqME

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