novembre 30, 2020

Au Royaume des Singes

Titre Original : Monkey Business

De : Mark Linfield, Alastair Fothergill

Avec les Voix de Tina Fey

Année : 2015

Pays : Etats-Unis

Genre : Documentaire

Résumé :

Au cœur d’anciennes ruines antiques perdues en pleine jungle d’Asie, vit Maya, une jeune macaque à toque pleine de ressources bien décidée à aider son petit à se faire une place dans ce monde. La vie peut s’avérer belle, la nourriture abondante et la sécurité assurée si tant est que l’on soit né au plus haut de l’échelle sociale. Mais pour ce nouveau-né et sa mère, la lutte est quotidienne. Il leur faudra beaucoup d’ingéniosité, de travail et un peu de chance pour espérer changer leur place dans le monde.

Avis :

Depuis près d’une quinzaine d’années, le label Disney Nature produit des documentaires animaliers avec les moyens conséquents que l’on connaît du studio. Des océans au Pôle Nord, de l’Afrique subsaharienne aux confins de l’Extrême-Orient, ces métrages égrènent le globe en quête des plus belles images qu’un environnement sauvage puisse offrir. S’il est une constante, c’est bien cette mise en scène appuyée et méticuleuse dans n’importe quelles circonstances qui donne lieu à des plans presque iconiques. En revanche, le discours pédagogique, principal objectif de telles productions, est beaucoup moins probant, car la portée sensationnaliste supplante généralement toute autre considération.

Description: Monkeys encounter a dog in the town.

Au Royaume des singes nous emmène sur les traces des macaques à toque, au Sri Lanka. Outre la présence de deux cinéastes rompus à l’exercice des documentaires animaliers, en particulier pour Disney Nature, les singes (mais pas cette espèce en particulier) avaient déjà l’objet d’un autre film dans des conditions similaires : Chimpanzés. Le sujet met notamment en avant la vie sociale des animaux, ainsi que l’appropriation de leur environnement. Et cette première approche reste assez objective avec une évocation relativement explicite sur le mode de vie des macaques. Le parallèle avec l’homme ou tout autre hominidé se révèle pertinent, car les comportements sont semblables sur bien des points.

En cela, le rapport à l’égard de leurs congénères est assez parlant, car il s’épanche sur l’instauration de castes au sein d’un même groupe. Celui-ci se forme essentiellement pour se protéger des prédateurs. Bien qu’il soit présent, l’instinct grégaire reste néanmoins en retrait. La hiérarchisation sociale des macaques tient à une certaine forme de monarchie qui prend pour base le cadre de refuge. Autrement dit, les singes au sommet de l’arbre sont considérés comme les « nobles », ceux dans les strates inférieures sont les « roturiers ». Et que dire des rebus qui ont seulement droit de siéger aux pieds des racines ? La première partie s’attache alors à dépeindre leur quotidien, sans faire fi des inégalités qui en découlent.

Si la forêt constitue un vaste espace, l’environnement est volontairement restreint pour explorer ce microcosme. La promiscuité avec d’autres espèces, comme l’ours paresseux, la mangouste, l’écureuil ou même les éléphants, tend à une atmosphère harmonieuse. Mais cela tient aussi à la présence de prédateurs tels que le varan ou des congénères aux intentions belliqueuses. Car la seconde moitié du film sombre dans les travers qu’on avait déjà pu apercevoir dans Grizzly et d’autres productions Disney Nature. Au lieu de se cantonner à une exposition objective, le sensationnalisme ne tarde pas à survenir pour scénariser la suite des événements.

On songe notamment à l’élément perturbateur qui se traduit par une bataille avec des macaques ennemis, puis à l’exil forcé. Sous couvert de plans symboliques et de confrontations « opportunes », le présent documentaire joue la carte de la dramatisation à outrance. Il est difficile de ne pas entrevoir une manipulation des images, même si le projet recèle des milliers d’heures de rush. La caméra capte des situations auxquelles on ne peut y consentir pleinement, car elles sont exposées par le biais de filtres à même d’idéaliser les propos. De plus, on nous inflige des séquences embarrassantes qui s’octroient une codification propre aux clips musicaux des stars de la pop, musique à l’appui. Un tel traitement reste affligeant.

De même, on remarque çà et là des messages sous-jacents que chérit Disney dans ses productions, comme la notion de combativité et du rejet de la norme. Cela semble paradoxal devant une institution de cette envergure, mais on n’est pas à une contradiction prête. Ici, l’affranchissement du système est traduit par la condition de Maya. Mais, au lieu de prôner l’émancipation du singe face aux valeurs d’un système biaisé, le discours est beaucoup plus pernicieux qu’il n’y paraît. Car ce n’est pas son indépendance de façade qui prévaut, mais le renversement de l’échelle sociale ! Le déclencheur étant l’incursion urbaine du groupe. Cette parenthèse n’est pas sans rappeler la série documentaire Gang de macaques et ses chapardages en règle.

Au final, Au Royaume des singes laissait augurer un documentaire beaucoup plus proche des animaux que des préoccupations sensationnalistes des producteurs. Les relations sociales et le comportement des singes, non dénué d’émotions, sont bien retranscrits à l’écran. Toutefois, l’on s’écarte bien vite du recul nécessaire à un tel exercice pour se complaire dans une production minée par des rebondissements hors contexte. Progressivement, l’œil de l’observateur, traduit par l’objectif de la caméra, s’efface pour se cantonner à une artificialisation des différentes situations. Là où Amazonia ne se cachait pas de rendre son aventure fictionnelle, la frontière avec le film de Mark Linfield et Alastair Fothergill est beaucoup plus floue, car la marge de manœuvre et le montage souhaitent crédibiliser une image idéalisée. Si cela reste moins flagrant, un constat similaire à ce que Grizzly nous avait proposé.

Note : 12/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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