octobre 24, 2020

Repas de Famille

De : Pierre-Henry Salfati

Avec Eric Carrière, Francis Ginibre, Noëlle Perna, Lorella Cravotta

Année : 2014

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Mr Poggi rêve de la mairie de son village. Il est carrossier et de droite. Avec sa femme, la pulpeuse Bernadette, ils invitent leur beau-frère et belle-sœur, Bruno et Huguette, profs de gauche, pour un déjeuner dominical.
Le thème des retrouvailles est explosif : « qui va prendre Mamie à noël ? »
Le repas de famille peut commencer… Tous les ingrédients sont là… La politique, les histoires d’héritages, l’éducation des enfants, la religion et même la drogue.
Les cigales chantent, les parents gueulent, les enfants trinquent… C’est la journée la plus délirante de l’année et ça serait dommage de la rater.
Au fait ? Mais qui va prendre Mamie à noël ?

Avis :

Les Chevaliers du Fiel, que l’on aime ou que l’on n’aime pas, sont une institution du théâtre. Formé à Toulouse dans les années 90, le duo va rapidement se faire connaître dans les caves-spectacles de la ville ou encore à la télévision locale. Mais leur carrière décolle vraiment dans les années 2000 avec le spectacle Repas de Famille, qui attire pas moins de 4000 spectateurs chaque soir et qui va leur permettre de faire une tournée en France durant près de neuf ans. De ce succès va alors naître une idée dans la tête d’Eric Carrière, la plume du duo, en faire un film. Une idée un peu saugrenue mais pas si déroutante que cela, puisque des adaptations de pièce de théâtre au cinéma, on en voit régulièrement. Alors pourquoi pas Repas de Famille ?

Le problème avec cette pièce de théâtre, c’est que malgré la sympathie que l’on peut avoir pour le duo, cela reste un recoupement de plusieurs saynètes plus ou moins rigolotes qui sont collées les unes aux autres. Et faire cela au cinéma n’a pas vraiment de sens, si ce n’est de doubler certains revenus en capitalisant sur une pièce à succès. Ici, le scénario ne tient absolument pas la route. Un couple va inviter belle-sœur et beau-frère à un repas pour se disputer la garde de la grand-mère durant les repas de Noël et l’été. Tout sépare les deux couples, l’un étant de droite et assez aisé, l’autre étant de gauche et issu de la classe moyenne. Cela donnera lieu à des échanges musclés autour de la politique et la façon dont on voit sa vie, allant de la manipulation politique à l’écologie en passant par les faux-semblants. Bref, un programme dense, mais qui ne va pas tenir la route, et surtout, qui n’aura aucune cohérence. C’est bien simple, le montage du film est une telle catastrophe que l’on a parfois l’impression que rien n’est important dans ce métrage. A titre d’exemple, les infidélités du mari sont évoquées face à sa femme, qui demande le divorce, et deux minutes après, on passe à une autre blague où tout le monde rit, délaissant de côté l’aspect dramatique de la révélation. On verra finalement que dans ce film, rien n’a d’importance et que tout est sujet pour faire des blagues vaseuses et qui tombent souvent à plat.

Outre le scénario qui brasse plus de vent qu’autre chose et qui s’évertue à faire des blagues politiques éculées ou encore des remarques plus ou moins racistes sur les gens du voyage, on aura droit à un montage catastrophique. Un montage d’un peu plus d’une heure et demi qui sera perclus de faux raccords et de moments qui ne correspondent pas à la scène précédente. Cela est dû à une simple chose, il y avait plus de 250 heures de rush pour un montage initial de trois heures. Trois heures de vide et de blagues pitoyables qui ne correspondent pas au standard du genre, surtout dans la comédie française. Du coup, il a fallu faire des choix et des coupes pour un montage final durant la moitié du temps initial. Il est donc logique de retrouver des moments étranges, comme des personnages qui se téléportent, des ellipses temporelles et des passages qui ne sont pas raccords avec le plan précédent. On se retrouve donc face à quelque chose de pas fini, de fait par-dessus la jambe, dans l’espoir que le pécore moyen ne voit pas cela. En même temps, Les Chevaliers du Fiel savent que leur public n’est pas forcément cinéphile et que s’ils viennent voir l’un de leurs films, c’est pour rigoler un bon coup et non pas pour analyser la mise en scène, faite de champs et de contre-champs sans saveur, avec pour seule consolation, les décors sublimes de Grans.

Un scénario qui n’est qu’une succession de saynètes qui tentent vainement d’être drôles, un montage chaotique blindé de faux-raccords, que reste-t-il alors pour sauver le film ? De bons acteurs ? Une interprétation digne de figurer aux César ? Bien sûr que non. Si les deux membres des Chevaliers du Fiel tiennent leur rôle de façon correcte, on voit bien qu’ils ne sont pas faits pour le cinéma. Ils jouent de façon grossière, grossissant à chaque fois leurs émotions pour tenter de faire rire n’importe quel quidam. Il en va de même pour Noëlle Perna (Mado la niçoise, paye ton niveau humoristique pour cinquantenaire inculte) qui tente de faire rire sans son accent ultra prononcé et elle est tout simplement transparente. Au niveau des rôles secondaires, on aura droit à toute la clique des comédiens de théâtre amateurs de one man show comme Lamine Lezghad, Sacha Judaszko, Artus, Constance ou encore Yves Pujol. Dire qu’ils ne sont pas drôles est un euphémisme et certaines séquences seront même gênantes, comme Artus dans le rôle d’un flic qui montre son cul aux voitures qui passent. On est clairement dans une catastrophe parfaitement orchestrée, où chacun fait ce qu’il a à faire pour détruire à petit feu un film qui n’avait déjà pas besoin d’exister. Faire pire que du Dany Boon relève de l’exploit que les Chevaliers du Fiel ont largement surpassé.

Au final, il n’y a pas grand-chose à dire sur ce Repas de Famille, si ce n’est que c’est une daube infâme et presque insultante pour la comédie française. Monté avec le cul, joué par des acteurs de théâtre qui font n’importe quoi, doté d’un scénario qui n’est qu’une succession de saynètes peu drôles et bien souvent de mauvais goût dont seul les Chevaliers du Fiel ont le secret, on nage en plein délire surréaliste et on se pose une seule et unique question : pourquoi ce film ? Je veux dire, les monteurs, cadreurs, même le réalisateur, tout ce monde voit à quel point le film va être une catastrophe. Alors pourquoi produire et continuer à faire du mal comme ça au septième art ?

Note : 01/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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