novembre 30, 2020

Sibyl

De : Justine Triet

Avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel, Sandra Hüller

Année : 2019

Pays : France, Belgique

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Sibyl est une romancière reconvertie en psychanalyste. Rattrapée par le désir d’écrire, elle décide de quitter la plupart de ses patients. Alors qu’elle cherche l’inspiration, Margot, une jeune actrice en détresse, la supplie de la recevoir. En plein tournage, elle est enceinte de l’acteur principal… qui est en couple avec la réalisatrice du film. Tandis qu’elle lui expose son dilemme passionnel, Sibyl, fascinée, l’enregistre secrètement. La parole de sa patiente nourrit son roman et la replonge dans le tourbillon de son passé. Quand Margot implore Sibyl de la rejoindre à Stromboli pour la fin du tournage, tout s’accélère à une allure vertigineuse…

Avis :

C’est un constat, le monde de la réalisation ne possède pas beaucoup de femmes. Est-ce de la misogynie ? Peut-être, mais il faut reconnaître que la place de la femme dans certains corps de métier fut quasi inaccessible durant un long moment et aujourd’hui, la tendance est au changement. Un changement pour plus de diversité, avec des sensibilités plus ou moins exacerbées, et surtout, un autre regard sur le cinéma. Au même titre qu’une Julia Ducourneau ou qu’une Rebecca Zlotowski, Justine Triet fait son petit bonhomme de chemin dans le septième art et signe avec Sibyl son troisième film, suscitant l’intérêt grâce à son histoire qui n’est pas sans rappeler Hitchcock. Un scénario et un film qui seront même présents dans la course officielles à Cannes, mais dont ils repartiront bredouilles. Mais entre le drame et le thriller psychologique, s’amusant à jeter un regard acide sur le cinéma avec à la barre une réalisatrice sous tension, Sibyl avait tous les ingrédients pour un résultat surprenant et intéressant. Est-ce le cas ? Oui et non.

Le scénario part d’un principe intéressant, une psychologue va arrêter son métier pour se remettre à écrire des romans. Seule problème, elle manque d’inspiration et se retrouve à écouter une patiente actrice enceinte de son partenaire dans un film qui est lui-même en couple avec la réalisatrice. Elle tient alors l’histoire d’un nouveau roman voué à être un best-seller et décide alors d’enregistrer ses entrevues aux dépends de l’actrice. Mais très vite, la psychologue en question va repenser à son passé, à son amour passionnel aujourd’hui fini, à son attirance pour l’alcool et finalement, elle va se voir à travers le portrait de cette actrice. Cette dernière devient carrément accro à sa psy, au point de la faire venir sur le lieu du tournage pour qu’elle l’aide dans ses relations conflictuelles avec tout le staff. Bref, une sorte de réaction en chaîne va se mettre en place où chacun joue un double-jeu et cache bien sa réelle personnalité. En ce sens, on pourra trouver un petit côté Hitchcock à cette histoire, dans le sens où le thriller psychologique est très prégnant et où chacun ment à l’autre pour avoir un avantage. Justine Triet maîtrise parfaitement son sujet et livre un film assez intéressant.

Assez intéressant, certes, mais qui manque finalement de conviction et d’un côté un peu sulfureux. Ici, la chaleur du Stromboli et les plans sexuels assez longs seront les moments un peu chauds du film, mais ils apparaitront un peu comme gratuits. S’ils trouvent des correspondances avec ce que vit l’actrice au moment présent, on reste un peu circonspect sur la longueur de certaines scènes. Pourquoi ce moment de passion entre Niels Schneider et Virginie Efira dure-t-il si longtemps ? Avions-nous vraiment besoin d’une scène érotique à ce moment-là ? (Oui, hurlent les hommes au fond de la salle). En fait, Justine Triet a voulu rendre son film très langoureux, très sexuel, mais tout cela apparait finalement très factice au sein d’une intrigue qui n’en avait pas forcément besoin. D’autant plus que le film est assez référencé dans ses choix esthétiques, et l’ensemble manque alors de pertinence, de prise de risque. Il ne suffit pas de montrer Virginie Efira en nue frontale pour susciter un aspect sulfureux. Bref, la passion est assez survolée et vient même se confronter à certains passages humoristiques assez étranges, notamment lors de cette vision méta du cinéma. Les réactions sont exacerbées, elles ne sont pas franches et manquent finalement de naturel. Et c’est là le plus gros défaut du film, de tout faire pour que l’ensemble soit beau mais quasiment vide, à l’image de ces bobos qui se regardent le nombril.

Cependant, le film possède un énorme atout de son côté, hormis les acteurs, c’est son montage. Car aussi surprenant que cela puisse paraître, le montage de Justine Triet est très pertinent et permet aux spectateurs de ne pas s’ennuyer devant ce simple triangle amoureux un peu étrange. On alterne de façon presque compulsive entre des moments présents, des moments passés et des passages où l’on observe la vie des acteurs. Si on se sent un peu perdu au départ, c’est pour mieux interpeller sur la redondance de la vie, sur la façon qu’a cette psychologue de revoir sa vie tumultueuse à travers celle de cette actrice si jeune et si jolie. La réalisatrice brise les lignes du temps pour finalement montrer que tout cela n’est qu’un éternel recommencement et que cette psychologue n’a pas vraiment besoin d’une autre pour écrire un roman. Malheureusement, le film se vautre aussi sur un point essentiel, la vision de la femme et de l’homme. C’est-à-dire que durant le film, les femmes qui couchent et qui tombent enceinte d’un même type sont assez mal vues. A titre d’exemple, Margot, jouée par Adèle Exarchopoulos, a peur pour son futur, a peur que la réalisatrice lui casse sa carrière à cause de son aventure avec Gaspard Ulliel. Un Gaspard Ulliel assez puant dans le métrage (c’est son rôle, pas l’acteur qui doit être charmant comme tout), se faisant toutes les nanas sans que personne n’y trouve à redire, alors qu’il explique lui-même, à travers une interview dans le film, qu’il n’a rien en lui et que tous les rôles sont un simple travail d’interprétation. Une façon de dire que finalement, tout ce qu’il fait, il en est conscient. Bref, on a encore ce regard de la femme victime de sa séduction et de l’homme fornicateur qui ne craint aucun jugement de valeur.

Au final, Sibyl est un film assez intéressant dans sa façon d’aborder la création et de percevoir la vie des autres à travers le prisme de la psychologie. A la fois drame amoureux et thriller psychologique un poil hitchcockien, Justine Triet arrive à faire tenir son film grâce à un savant montage et des interprètes qui donnent le meilleur d’eux-mêmes. On regrettera par contre cette mise en scène assez linéaire, qui est très égocentrée et ce ton assez théâtral qui à la crédibilité de l’ensemble. Bref, un film plutôt moyen qui s’adresse avant tout à une population un peu bobo sur les bords, qui y trouveront une certaine fraîcheur et de quoi émoustiller leur libido.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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