novembre 30, 2020

Peaky Blinders Saison 5

D’Après une Idée de : Steven Knight

Avec Cillian Murphy, Helen McCrory, Paul Anderson, Sophie Rundle

Pays: Angleterre

Genre: Historique

Nombre d’Episodes: 6

Résumé:

Tommy Shelby restera-t-il député du Labour ? Alors que l’Angleterre plonge dans la crise de 1929 et voit monter le péril totalitaire, le chef des Peaky Blinders prend des décisions qui vont affecter la nation tout entière.

Avis :

Rares sont les séries qui tiennent le coup sur la longueur en suscitant de grosses attentes sur leurs suites. On le voit assez souvent, certaines séries tombent soit dans la médiocrité, comme The Walking Dead, soit dans l’oubli le plus total comme Supernatural, soit dans les deux, à cause d’une réitération qui n’a aucun sens si ce n’est financier. Malgré tout, on trouve quelques petites séries qui font leur petit bonhomme de chemin et qui continue à émettre une once d’aura dès qu’on parle d’une nouvelle saison. Peaky Blinders fait partie de ce groupe ténu de séries qui continuent et fascinent par une mise en scène classieuse et des enjeux intéressants. Après une quatrième saison sympathique mais loin de combler toutes les attentes, voici que déboule la cinquième saison et ses six épisodes qui vont prendre une toute nouvelle direction. Oui, Peaky Blinders va viser plus haut, se sortir un petit peu de la guerre des gangs pour aborder de plein fouet la politique menée en 1929 et la montée du fascisme au pouvoir. Mais la série a-t-elle les épaules pour un sujet d’une telle ampleur ?

Petit à petit, Tommy Shelby et sa famille prennent de l’envergure en Angleterre. C’est un fait indéniable quand on voit de quoi est partie la famille et ce qu’elle possède maintenant, à savoir un sublime domaine, des domestiques et une place de choix dans la politique anglaise. De ce fait, la série va prendre un virage assez important dans son scénario. Si on garde toujours un soupçon de trafic de drogues et de guerre des gangs, Peaky Blinders va surtout jeter son dévolu sur la politique menée en 1929 et la montée d’un groupuscule fasciste qui va faire grand bruit. S’éloignant de son contexte d’après-guerre pour narrer la débrouille et les combines pour prendre du pouvoir, ce qui débute comme un simple conflit entre gitans et fachos va aboutir finalement à un jeu de manipulation pour éliminer, de la plus simple des façons, un mouvement nauséabond qui a des relents de Seconde Guerre Mondiale. Et c’est là que cette nouvelle saison est intéressante, dans son parti pris de s’éloigner des standards des saisons précédents pour offrir quelque chose de nouveau, de plus grandiloquent dans ses enjeux, tout en gardant cette patte si caractéristique.

Car en termes de mise en scène, Peaky Blinders s’impose comme l’une des séries les plus impressionnantes que l’on ait pu voir. C’est beau, c’est classe et il y a plus d’envie de cinéma dans les plans de cette série que dans de nombreux blockbusters hollywoodiens. On retrouvera ce qui a fait le charme de la série, avec de nombreux ralentis sur la famille qui marchent dans la rue, ou encore sur des cadres mettant en avant les personnages en train de boire et de fumer. Cela dégage un vrai charisme et tous les acteurs sont mis en avant de manière presque équivalente. Bref, visuellement, ça en jette, même si ici, on aura quelque chose de plus posé, possédant des moments de rêveries intenses ou encore lorsque la chambre des ministres est présentée comme une sorte de purgatoire. On sent que l’on a changé de metteur en scène pour cette saison, et finalement, cela colle plutôt bien au changement de ton, se faisant plus dramatique. On retrouvera aussi cette uchronie avec la bande-originale, très rock anglais, qui donnera du peps et surtout, un style inimitable. Comment résiste à l’emploi de War Pigs de Black Sabbath lors de l’épisode 5, alors que tout s’apprête à exploser ?

Mais derrière cette classe ambiante, il y a des choses à raconter derrière. Ce n’est pas simplement de l’esthétique pour masquer du vide. Car finalement, l’intrigue a beau se passer en 1929, on retrouve les mêmes erreurs aujourd’hui, avec une terrible montée du fascisme. Peaky Blinders trouve alors un écho dans notre monde moderne, répétant inlassablement les mêmes bêtises. Les juifs, les gitans, les noirs, tout ce qui n’est pas anglais en prend pour son grade à travers l’histoire du grand méchant de cette saison et globalement, il est difficile de ne pas y voir une projection contemporaine. Cela en est même triste et la série n’a jamais été autant d’actualité. L’autre gros point fort du fond du film, c’est la nature humaine. Tommy Shelby veut faire le bien, à sa façon, et généralement, cela se termine toujours mal. On va retrouver une sorte de balance cosmique, comme si pour chaque mauvaise action, il devait payer lorsqu’il en fait des bonnes. Il y a une réflexion sur la perte d’un être cher, la perte de repères et tout simplement la perdition lorsque l’on tombe sur plus fort que soit. C’est simple, efficace et ça s’insère parfaitement dans la logique évolutive des personnages.

Des personnages que l’on va avoir plaisir à retrouver, ou non. Tommy Shelby (excellent Cillian Murphy) va perdre pied petit à petit, suite au décès de sa chère et tendre et de son abus d’opium, et il va être accablé de doutes. On prend peur pour lui, pour sa santé et surtout pour les discordes qu’il va créer dans la famille. Arthur (Paul Anderson) devient de plus en plus incontrôlable, laissant finalement ses démons le rattraper et n’étant là que pour la castagne. On va aussi avoir peur pour lui plus d’une fois, jouant un jeu dangereux avec tout le monde, même sa femme. Finalement, le personnage le plus agaçant sera Michael (Finn Cole), revenant des Etats-Unis et restant le petit con prétentieux qui veut bouffer tout le monde et qui présente sa femme (sublime Anya Taylor-Joy), qui semble cacher un secret et qui mène tout son petit monde à la baguette. Mais le plus réussi dans cette saison, c’est le méchant, l’antagoniste, le fasciste, M. Mosley, joué formidablement bien par Sam Claflin. Le personnage est détestable, attisant constamment la haine et s’acoquinant avec les pires fachos comme les Billy Boys. Et comme bien souvent, le méchant est celui qui fait resplendir le héros, cela ne peut qu’être une réussite.

Cillian Murphy (playing Tommy Shelby) in BBC One’s Peaky Blinders, S5 Photographer: Matt Squire | © Caryn Mandabach Productions Ltd 2017 Production credit: A Caryn Mandabach and Tiger Aspect Production

Au final, cette cinquième saison des Peaky Blinders tient toutes ses promesses. Si on part vers des allures de polar politique, la série a toujours su garder sa classe et son rythme, avec une bande-originale anachronique mais qui colle parfaitement aux images. Non seulement c’est beau, mais ça a aussi du sens tout en donnant une évolution cohérente aux personnages. Le seul bémol viendra de la fin qui laisse sur un cliffhanger appelant à la sixième saison, mais il va falloir s’armer de patience…

Note : 18/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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