13 Assassins

Titre Original : Jûsan-nin no Shikaku

De: Takashi Miike

Avec Koji Yakusho, Takayuki Yamada, Yusuke Iseya, Goro Inagaki

Année: 2010

Pays: Angleterre, Japon

Genre: Action, Drame

Résumé:

Treize samouraïs sont recrutés pour une mission suicide: aller tuer un seigneur maléfique…

Avis :

Si le Japon est la patrie d’une vision cinématographique parfois déjantée, Takashi Miike est l’un de ses plus fervents porte-parole. Inclassable, voire incontrôlable dans sa manière de mettre en scène des projets détonants, il ne se cantonne pas à un genre spécifique. Sa frénésie cinématographique touche aussi bien le polar que l’horreur, le film historique, comme le western. Des productions telles qu’Ichi the Killer ou la trilogie Dead or Alive sont assez représentatives du style extravagant et excessif du réalisateur. Devant la prolificité de son œuvre, la qualité filmique n’est pas forcément constante. Il n’en demeure pas moins une vision très personnelle du septième art qui mérite le coup d’œil, surtout lorsque ses incursions sont du niveau de 13 Assassins.

Le présent métrage n’est autre que le remake des 13 Tueurs d’Eiichi Kudō, premier volet de la saga Samourai Revolution. Bien que le constat suivant concerne surtout les réitérations occidentales sans fondement, il est vrai que la réputation des remakes est bien souvent synonyme d’opportunisme où les qualités artistiques souffrent cruellement de la comparaison avec leur prédécesseur. Cependant, Takashi Miike tranche littéralement avec ces a priori en proposant davantage une relecture de l’histoire originelle en lieu et place d’une pâle copie sans âme. Et pour cela, 13 Assassins assimile l’essence même des valeurs des samouraïs afin de faire perdurer la tradition du chanbara ; le pendant nippon du film de cape et d’épée.

En premier lieu, on songe au rituel du seppuku en guise d’introduction, ainsi qu’à la codification des échanges et de la hiérarchisation sociale qui encadrent la vie des samouraïs. En plus d’une obéissance aveugle, leur identité se régit par leur statut et leurs qualités de guerrier avec pour guide le bushido. Parfaitement retranscrite au fil des séquences, leur grande singularité est de donner un sens aux combats qu’ils mènent, là où de tels conflits confèrent à l’absurde dans une culture occidentale. Sans doute est-ce dû aux motivations sous-jacentes appuyées par une éthique inflexible (et admirable) devant l’injustice et l’abus de pouvoir. Cette première partie tient donc à présenter de fort belle manière le contexte à travers des hommes de principe.

Cependant, la période historique est tout aussi soigneusement choisie puisqu’elle intervient à la fin du système shogunal, vers la seconde moitié du XIXe siècle. Cela permet d’accentuer le clivage entre une époque révolue pétrie de valeurs et une nouvelle ère où une vie indolente est dépourvue de sens et, par conséquent, d’une base morale saine. Cette appréciation est représentée par la cruauté de l’antagoniste qui fédère autant d’hostilités que de courage autour de lui. Ce dernier point prend d’ailleurs des aspects et des chemins alambiqués, notamment avec la rencontre du paysan. Un étranger qui fait autant office d’acteur que de témoin pour ce qui s’apparente à l’un des ultimes sursauts d’orgueil de l’ère des samouraïs.

Par ailleurs, son « intégration » rappelle celle de Toshirō Mifune dans Les 7 samouraïs. Les occurrences entre les deux métrages sont nombreuses et tendent vers des considérations communes. On songe notamment aux valeurs précédemment évoquées, mais aussi à cet élan désespéré qui tient de la bravoure et de la témérité dans ce baroud d’honneur. À 13 contre 200, la disproportion du rapport de force n’est en rien un frein ou un handicap, mais plutôt une opportunité de se surpasser en exploitant autant leur sagacité que leur ingéniosité. Et pour ce faire, les 45 dernières minutes sont absolument remarquables. Le choix du cadre pour la bataille finale se veut stratégique.

Ce poste avancé se présente comme un piège où l’environnement confiné minimise la masse ennemie. Dans un tout autre registre, l’approche est assez similaire à ce que 300 avait pu nous offrir. Mais l’on compte également sur l’effet de surprise, la préparation et une abnégation sans faille pour dynamiser une conclusion complètement folle. Le déchaînement de violence, la qualité chorégraphique des affrontements, les jeux de caméras et l’alternance de points de vue… Tout vient magnifier une mise en scène « sérieuse » qui étonne de la part de Takashi Miike. Cette rigueur se retrouve aussi dans la dramatisation de certains passages où le trépas de personnages malmène les certitudes et la portée de leur combat. Seule fausse note : l’irruption inutile et surfaite des aurochs « en feu » où les effets spéciaux sont déplorables.

Au final, 13 Assassins est bien plus qu’un simple remake. Il représente l’essence même des valeurs des samouraïs à travers un formidable hommage au chanbara. En conciliant une mise en place patiente et méticuleuse à la frénésie d’un final sans commune mesure, le film de Takashi Miike tisse le portrait d’individus marquants et d’une transition entre deux ères. L’analogie tient alors à ce que la période historique dépeinte et les protagonistes sont au crépuscule de leur existence. Entre la qualité des combats et une réalisation exemplaire, il en ressort une œuvre percutante, parfois poignante, qui flirte avec l’excellence des 7 samouraïs d’Akira Kurosawa.

Note : 18/20

Par Dante

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