Palimpseste – Charles Stross

Auteur : Charles Stross

Editeur : J’ai Lu

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Drame écologique, guerre nucléaire, catastrophe naturelle… À plus ou moins long terme, toute civilisation est vouée à disparaître. Cela s’est d’ailleurs produit des millions de fois depuis la formation de notre planète.
Pour préserver l’humanité de ces inévitables apocalypses, des agents venus d’un lointain futur voyagent tout au long de l’histoire de la Terre : à chaque fin du monde, ils sauvent ce qui peut l’être, et permettent ainsi à notre espèce de renaître de ses cendres. Mais toute intervention sur l’histoire a des conséquences, parfois tragiques…
Pierce est l’un de ces agents, un patrouilleur du temps promis à une brillante carrière. Pourtant, sa vie bascule le jour où sa famille et l’époque qui l’abritait sont « effacées » par une nouvelle version de l’histoire, tel un palimpseste. Son seul espoir réside à la fin des temps, où sont archivés tous les pans disparus de l’histoire.
Dans l’infini des possibles, retrouvera-t-il celle qu’il aime ?

Avis :

À bien des égards, la science-fiction est un genre qui permet de se pencher sur le devenir de l’humanité et du monde par différents prismes. Systèmes gouvernementaux, innovations technologiques, explorations spatiales, découvertes scientifiques… Chaque thématique vise à extrapoler un sujet précis pour tenter d’en dénoncer les dérives et les conséquences à plus ou moins longue échéance. Les périodes temporelles peuvent être clairement définies ou, au contraire, suffisamment évasives pour correspondre à différents possibles. Et c’est ce dont il est question avec Palimpseste : l’évocation de l’histoire humaine à travers d’infinis cheminements.

Considéré comme un roman court à la lisière de la nouvelle, le livre de Charles Stross a tout de l’objet conceptuel. Son intrigue s’appuie essentiellement sur le voyage dans le temps afin d’anticiper les différents cataclysmes planétaires en vue de sauver l’humanité à chaque « fin du monde ». Aussi, la première approche développe son idée de l’impermanence de la vie, mais ne sensibilise guère aux nombreuses catastrophes qui parsèment l’histoire des civilisations. Des conflits nucléaires aux drames écologiques, l’auteur ne souhaite pas forcément interpeller son lectorat sur l’impact de l’activité humaine, mais s’en sert comme un simple prétexte narratif.

D’ailleurs, on reste constamment dans le flou quand il s’agit de visiter une époque particulière. Il n’y a aucune indication de temps si ce n’est de furtives allusions çà et là. Malgré sa faible épaisseur, la construction s’avère alambiquée à bien des égards. Mais cette difficulté à assimiler tout ce qui régit cet univers ne relève pas de propos abscons. Encore que certains termes tendent sciemment à nous perdre, comme les concepts abstraits de l’ur-Histoire ou de la non-Histoire. Toujours est-il que la complexité du récit amalgame nombre de sous-intrigues, d’enjeux et de données qui ne peuvent pas tenir sur un format si court.

La simple notion de réensemencement, afin de faire perdurer l’espèce, donne lieu à des perspectives vertigineuses. Les agents de la Stase, une sorte d’organisme qui encadre les voyages spatio-temporels, ne triturent pas seulement les fils du temps à leur convenance. Ils semblent régir les différentes civilisations et l’histoire de l’humanité d’une main divine. Le résultat est très déconcertant. À l’évocation de certains passages, on a l’impression de se retrouver dans un jeu de stratégie qui n’est pas sans rappeler Populous ou Civilization ; le tout saupoudré d’une ambiance à la Matrix où la réalité n’est qu’un concept malléable.

Dit comme cela, le mélange est aguicheur. Sur le papier, il en est autrement. Très vite, les séquences s’enchaînent et alternent les phases d’apprentissage, l’exploration temporelle, puis l’habituel retournement où l’on remet en cause l’ordre établi. Il en émane une intrigue confuse au rythme épileptique et inconstant. La notion des paradoxes temporels est également mal maîtrisée, car elle induit des confrontations impossibles qui bloquent le cheminement. Quand bien même on fait l’impasse sur le meurtre initial du grand-père qui est censé annihiler la vie du protagoniste, il se pose les questions d’assassinats du même protagoniste à différents intervalles.

On pourrait aussi s’attarder sur le terme usurpé de palimpseste qui, ici, consiste à réécrire l’histoire sur d’anciennes versions. Seulement, celles-ci ne sont pas forcément effacées puisqu’elles continuent à exister, ne serait-ce que sous la forme de l’archivage dans la Bibliothèque. De plus, l’auteur présente l’intrigue comme l’histoire de la Terre, car il y a déjà bien à faire selon ses propres dires. Or, on se retrouve rapidement avec des considérations cosmologiques où la présence de la Stase est tentaculaire, notamment avec la colonisation de mondes habitables et l’usage de la terraformation. Et que dire de ces diapositives qui condensent les cycles de l’univers à de simples intermèdes sur la formation des planètes ?

Au final, Palimpseste brasse des thématiques intéressantes sans pleinement en mesurer la portée. La succession frénétique des passages associée à des interrogations paradoxales ne permet pas d’appréhender l’histoire dans de bonnes conditions. Les personnages manquent de charisme, tandis que la rigueur fait défaut à la construction narrative. De nombreuses questions restent en suspens et tout autant de pans de cet univers demeurent inexplorés. En somme, là où on devrait s’attendre à un marathon littéraire sur un ou plusieurs ouvrages, on se retrouve avec un sprint dénué de toute subtilité qui débouche sur un « récit-prototype » guère abouti. Autrement dit, le livre de Charles Stross présente des ambitions démesurées pour un tel format.

Note : 11/20

Par Dante

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