Celle qui n’Avait pas Peur de Cthulhu – Karim Berrouka

Auteur : Karim Berrouka

Editeur : J’ai Lu

Genre : Fantastique

Résumé :

Qu’est-ce qui est vert, pèse 120 000 tonnes, pue la vase, n’a pas vu le ciel bleu depuis quarante siècles et s’apprête à dévaster le monde ? Ingrid n’en a aucune idée. Et elle s’en fout. Autant dire que lorsque des hurluberlus lui annoncent qu’elle est le Centre du pentacle et que la résurrection de Cthulhu est proche, ça la laisse de marbre. Jusqu’à ce que les entités cosmiques frappent à sa porte…

Avis :

A la base, Karim Berrouka n’est pas un écrivain. Tout du moins, ce n’est pas un écrivain comme les autres, puisqu’il est le chanteur du groupe punk Ludwig Von 88. Ecrire des chansons est un exercice difficile, mais il est aussi très différent de celui d’écrire des romans. Pour autant, il semblerait que le bonhomme manie aussi bien la plume pour des textes courts que pour des romans plus longs. J’en veux pour preuve avec ses trois romans les plus importants, à savoir Fées, Weed et Guillotines, qui explore la société des êtres ailés, Le Club des Punks Contre l’Apocalypse Zombie, qui est un joli pied de nez à toutes les productions de morts-vivants, et Celle qui n’Avait pas Peur de Cthulhu, le tout dernier, et qui cette fois-ci écorche l’œuvre de Lovecraft. Enfin, écorche n’est pas le bon mot, puisque derrière le pastiche de l’œuvre du célèbre créateur des grands anciens cosmiques, il y a aussi un profond respect pour un univers impalpable et glaçant, ce qui est bien retranscrit dans cette histoire humoristique et rondement menée.

Dans cette aventure, on va suivre Ingrid Planck, une jeune femme tout ce qu’il y a de plus normal, même si dans la vie, elle se laisse un peu aller. Elle travaille en intérim au rythme de ses envies, quand elle a besoin d’argent, et niveau amour, ce n’est pas forcément la joie, pour preuve, son ex était un frappadingue mystérieux et mystique. Mais sa vie va changer quand elle va apprendre qu’elle est en fait le centre du pentacle et qu’elle va devenir un réceptacle pour Cthulhu, un grand ancien destructeur. Courtisée alors pour diverses factions de divers dieux impies, elle va jouer à un jeu du chat et de la souris assez dangereux. A partir de ce simple pitch, Karim Berrouka va tisser une intrigue qui met en place six déités du panthéon lovecraftien. On y verra donc Cthulhu, mais aussi Dagon, Nyarlathotep, Azatoth, Shub-Nigghurat et Yog-Sottoth. Bref, que des noms à coucher dehors mais que les fans de Lovecraft connaissent bien, car ils font partie d’un bestiaire important dans la culture horrifique, et aujourd’hui dans la pop culture. Quoi qu’il en soit, l’écrivain va partir sur diverses présentations des factions, avec chacune une psychologie plus ou moins rigide, et placer Ingrid dans des situations rocambolesques.

Des situations qui vont aller de la simple rencontre étrange et un peu inquiétante avec les membres de Dagon, jusqu’à devenir carrément impie et dévergondée avec les adeptes de Shub-Nigghurat et leur partouze avec des chèvres. Oui, le délire va très loin, mais il est ultra respectueux de l’œuvre de Lovecraft et de son univers si dense et si sombre. Cependant, plutôt que de sombrer dans la folie noire, Karim Berrouka va insuffler de l’humour à son récit pour partir vers une sorte de pastiche d’action où le lecteur va connaître les pensées d’Ingrid et son laconisme pragmatique. Si la jeune femme ne sait pas trop où elle va, elle essaye, vit l’instant et s’en sort bien souvent avec une pirouette dont elle a le secret. Le roman s’amuse avec les codes du genre, tout en montrant jusqu’où le fanatisme peut aboutir. C’est-à-dire que l’humour est là pour dédramatiser finalement un message humain un peu sombre, où chacun peut se faire endoctriner par des mots bien choisis et parfois des méthodes un peu rudes. Alors bien évidemment, c’est en filigrane et ce qui est primordial ici, c’est le rythme et l’aventure, mais on a toujours ce petit message en arrière-plan qui est assez sérieux.

Ce qui est aussi intéressant avec les livres de Karim Berrouka, c’est le tom employé. Certes, c’est souvent badin et pris avec une certaine dérision, mais on sent constamment de l’amour pour ses personnages et surtout pour l’univers qu’il exploite. Un respect dans le bis et l’horreur, le fantastique et le surnaturel qui manque drôlement aujourd’hui, comme si snober un genre horrifique était une preuve d’intelligence. Le romancier est bien loin de tout ça et déroule son intrigue en criant son amour pour le genre, même les bisseries les plus étranges. Ce ton sert alors à définir le personnage si empathique d’Ingrid, une femme forte qui ne mâche pas ses mots, mais aussi certains personnages secondaires comme Tungdal et son mysticisme à la mord-moi le nœud ou encore sa meilleure amie peintre qui, on le devine rapidement, sera une clé pour l’intrigue. Par contre, le roman n’est pas exempt de certains défauts. On reste souvent en surface dans les différents clans, et par moments, ils sont juste présentés pour ne pas servir à grand-chose au final. Les membres de Dagon par exemple ne sont pas d’une grande utilité. Alors certes, c’est compliqué de faire une intrigue avec cinq entités fortes, mais parfois, on sent que c’est du superflu. L’autre point noir du livre est propre à son édition. Il est perclus de coquilles, fautes de frappe et autres manquements ou répétitions. Si cela n’entache en rien le plaisir de lecture, on sera souvent forcé de se reprendre à cause d’une itération ou d’un mot à la place d’un autre.

Au final, Celle qui n’Avait pas Peur de Cthulhu est un bon roman et un joli message de tendresse à l’univers de Lovecraft. A la fois drôle et palpitant, présentant une héroïne forte et bien badass comme il faut, ce nouveau roman de Karim Berrouka est une petite bulle d’air frais dans un univers sombre et glauque. Si on regrette parfois quelques errances d’un point de vue de l’importance des différents clans, on ne peut que se réjouir devant ce petit ovni fantastique et humoristique dont seul le chanteur des Ludwig Von 88 a le secret.

Note : 15/20

Par AqME

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