Le Jour du Vin et des Roses

Titre Original : Days of Wine and Roses

De: Blake Edwards

Avec Jack Lemmon, Lee Remick, Charles Bickford, Jack Klugman

Année: 1962

Pays: Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Joe est un alcoolique, cela l’aide à supporter ses déceptions professionnelles et affectives. Il rencontre une jeune femme, Kirsten, qu’il épouse. Grâce à elle et à la naissance d’une petite fille, Joe s’arrête de boire. Mais très vite, il retombe dans l’alcool, entraînant son épouse avec lui.

Avis :

Blake Edwards est un réalisateur américain qui est considéré, et à très juste titre, comme l’un des papes de la comédie américaine. Pour ma part, c’est un réalisateur dont j’aime énormément le travail. C’est un réalisateur qui est capable d’autant me toucher que de me faire rire aux éclats avec ses comédies, ou ses comédies dramatiques qui demeurent intemporelles. « Victor Victoria » reste l’un de mes films préférés de tous les temps, mais le réalisateur a aussi été capable de m’éclater avec « The Party« , « La grande course autour du monde » ou encore et bien évidemment « Diamant sur canapé« .

Quand j’ai commencé « Le jour du vin et des roses« , je pensais alors me lancer dans une comédie comme Blake Edwards sait si bien les faire. Et il n’en sera rien, puisque « Le jour du vin et des roses » est un drame, et un grand drame. « Le jour du vin et des roses » est un film qui aborde l’alcoolisme de plein fouet. Emporté par deux acteurs géniaux, dont le merveilleux et magique Jack Lemmon, « Le jour du vin et des roses » me fait découvrir une facette de la carrière de Blake Edwards que je ne connaissais pas et j’en ressors ému et impressionné. Le film est triste, humain, terrible et tout simple beau ! Bref, assurément un film qui mérite d’être redécouvert dans la carrière de Blake Edwards.

Joe, la trentaine, travaille dans les relations publiques. Alcoolique sans l’admettre, un soir, il rencontre Kristen. Cette rencontre remet un peu d’ordre dans sa vie, et un mariage et un enfant plus tard, Joe est alors rattrapé par ses vieux démons, et dans sa chute, il ne va pas être seul, puisqu’il va y emporter sa femme.

« Le jour du vin et des roses« , c’est le genre de film qui met une claque sans prévenir. Commençant comme la plus douce des comédies romantiques, très vite Blake Edwards fait prendre une toute autre tournure à son film, pour l’emporter dans un film dur et éprouvant qui va poser un regard terrifiant sur l’alcoolisme. Un regard qu’on voit assez peu finalement, car en plus d’avoir traité le sujet encore et encore au cinéma, quand on s’arrête sur les derniers films qui ont traité ce sujet, bien souvent, ils l’ont fait de manière lisse ou convenu, alors qu’ici, Blake Edwards étonne, enfonçant son film, faisant chuter ses personnages, leur offrant bien peu d’espoir, les amenant vers une fin qui sera alors d’une grande tristesse et surtout une fin qui va être marquante.

Ce qui est terrible avec « Le jour du vin et des roses« , c’est la façon puissante qu’a son réalisateur de plonger totalement dans son sujet et ce qui est très étonnant, c’est que le film a beau avoir plus de cinquante ans, il demeure moderne dans la façon de traiter son sujet, mais aussi dans la façon qu’il a de le mettre en scène. Je reste toujours bluffé par la modernité des mises en scène de Blake Edwards, car même si ses films restent datés, ils ne vieillissent pas tant que ça.

Mais revenons sur cette intrigue qui, comme je le disais, est d’une puissance rare. Le scénario est brillant jusqu’à son final étonnement grave. Blake Edwards prend le temps d’installer le fléau dans ce couple, il peint des portraits très touchants, nous offrant une belle rencontre, pour emporter ses personnages vers le chaos d’une vie ratée, mais qui peut, peut-être, être sauvée avec de la volonté. Le scénario est parcouru de moments puissants, de scènes chocs qui sont assez bluffantes dans leur réalisme et surtout la façon dont le réalisateur a envie de parler des ravages de l’alcool. Blake Edwards n’a pas peur de l’alcoolisme, il n’a pas peur de son sujet et il souhaite bien aller jusqu’au bout de ce dernier quitte à déranger son spectateur, ce qui est une démarche très étonnante pour le roi de la comédie.

Puis, tout comme il a pris son temps pour installer le fléau dans ce couple, Blake Edwards va prendre son temps pour faire prendre conscience à ses personnages de leur l’alcoolisme. Il va leur faire accepter ou non cet état de fait, et la bataille à venir contre ce dernier. Et c’est là qu’il scinde son film en deux, entre une envie de s’en sortir, et un plaisir de l’alcool et l’état dans lequel il laisse ses individus. D’ailleurs, j’ai rarement vu cette facette de l’alcoolisme traitée dans un film.

Pour ce film, Blake Edwards fait aussi des choix étonnants pour son casting. Si Lee Remick est habituée au drame (et elle est extraordinaire ici), Blake Edwards fait le choix de Jack Lemmon, acteur qui excelle dans le comique et autant dire que ce choix est parfait. Jack Lemmon est ici incroyable et bouleversant, livrant l’une de ses plus grandes performances qui l’emmènera jusqu’à une nomination aux Oscars. Les deux comédiens sont beaux, le duo fonctionne tristement bien, on se passionne, on vibre, Blake Edwards les fait naviguer entre lumière et ombre et l’on reste scotchés à eux jusqu’au dernier moment. Bref, c’est du grand art.

Magnifique de bout en bout, émotionnellement très fort, commençant comme une comédie légère pour aller dans le drame pur et dur. De scène en scène, de choix raté en choix de vie nécessaire, avec dureté, sans caricature, cochant les cases d’un cahier des charges peu existant pour l’époque, Blake Edwards surprend et emporte ses personnages, son intrigue et son film vers un chef-d’œuvre du genre, et assurément l’un des plus grands films qui traite de l’alcoolisme !

Note : 20/20

Par Cinéted

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