octobre 26, 2020

Razorback

De : Russell Mulcahy

Avec Bill Kerr, Chris Haywood, David Argue, Judy Morris

Année: 1984

Pays: Australie

Genre: Horreur

Résumé:

Un soir, dans une maison isolée au milieu du désert australien, un vieil homme, Jake Cullen, et son petit-fils Scotty sont attaqués par un sanglier monstrueux. L’enfant disparaît et le grand-père, amputé d’une jambe, est un moment accusé du meurtre. Deux ans plus tard, Beth Winters, journaliste américaine, débarque dans la région pour enquêter sur un massacre de kangourous…

Avis :

Quand on parle de l’Australie, on imagine très vite l’opéra de Sydney et cette image de carte postale avec la plage, le Ayers Rock ou encore les kangourous. Mais l’Australie, c’est aussi les méduses microscopiques mortelles, les requins, les gros serpents, les araignées gigantesques et les bons gros rednecks. Une île-continent qui peut faire rêver comme elle peut terroriser et les cinéastes australiens l’ont très bien compris. Que ce soit George Miller avec ses Mad Max ou encore Greg McLean et son crocodile géant dans Solitaire, on peut dire que l’horreur à l’australienne fonctionne plutôt bien. Il faut dire que bien souvent, c’est un cinéma âpre, rugueux, qui ne fait pas forcément dans le sentiment et qui semble inéluctable dans sa mort. On peut aussi citer These Final Hours de Zak Hilditch, qui est un sublime film pessimiste et qui ne laisse aucune échappatoire à ses protagonistes. Mais tout cela, on le voit déjà dans Razorback de Russel Mulcahy, un film d’horreur datant de 1984, réalisé avec trois fois rien et qui pourtant détient un savoir-faire monstrueux.

Dès le départ, le ton est donné, un bébé va se faire sauvagement tuer par un sanglier géant qui arrache la moitié de la baraque. Parti sans laisser de trace, son grand-père qui avait alors la garde jure de retrouver l’animal et de le tuer. Cette première scène peut sembler anodine, mais elle va poser un décor effroyable et une lourde tension qui va peser sur tout le film. Les choix de couleurs, le plan, le contre-jour, rien n’est laissé au hasard et tout a une symbolique. Tout d’abord au niveau des couleurs, qui vont baigner le film durant toute sa longueur. On nage dans des teintes qui iront du beige au jaune, voire au rouge dans certaines phases. Cette colorimétrie va permettre à son réalisateur d’instaurer un climat chaud, sec et très étouffant. Un sentiment anxiogène dans une région aride, peu habitée et marquée par une sorte de décadence. Les rouges sont aussi présents pour bien identifier la menace du sanglier, ce monstre malade et gigantesque. A ces couleurs, il faut aussi rajouter quelque chose d’essentiel, la matière. Le film est poussiéreux. Pas dans le sens qu’il est vieux, mais dans le sens où les particules volètent tout le temps en tous sens. Tout comme les mouches. Ainsi donc, cela rajoute un aspect sauvage et étouffant à l’ensemble. Et ne parlons pas de la fumée dans l’abattoir, lieu asphyxiant au possible et glauque au possible.

Bien évidemment, Russell Mulcahy a vite compris qu’avec ce manque de moyen, il ne pouvait pas se payer des effets spéciaux du tonnerre et il opte donc pour une ambiance anxiogène très travaillée et très réussie. Le film renferme en lui quelque chose d’inéluctable, comme si les personnages allaient droit vers la mort en posant les pieds sur cet endroit. Les contre-jours, qui favorisent la diffusion des traits de lumière, plongent les personnages dans l’obscurité, comme si la Mort elle-même rodait dans les parages. Cette inéluctabilité, on la retrouve lorsque le héros se retrouve à dormir en haut d’une éolienne avec des sangliers en contre-bas. On retrouve cela dans le repaire des deux frères complètement siphonnés et on s’inquiète pour lui. On ressent en permanence une peur tenace pour le héros qui ne souhaite qu’une chose, retrouver sa femme disparue. Parce que même si on peut trouver le script bancal et parfois trop facile (il s’agit ici d’une simple chasse au sanglier géant que personne ne voit alors qu’il fait la taille d’un cheval), les personnages ont une réelle consistance. Le personnage central, qui recherche sa femme, va vivre un calvaire alors que ses enjeux sont nobles. Les autres humains seront presque déshumanisés en vivant dans cette faune sauvage et stérile, présentant alors des antagonistes presque plus dangereux que le sanglier lui-même.

C’est un joli tour de force de la part du réalisateur qui livre ici une vision très sombre de l’être humain. Si certains personnages semblent avoir un semblant d’humanisme, comme le patron de l’hôtel, qui prête volontiers sa voiture, ou encore comme ce pauvre grand-père qui a perdu son petit-fils et qui ne jure que par la chasse au sanglier, les autres sont totalement déshumanisés, notamment les deux frères qui travaillent à l’abattoir. Ces personnages sont glaçants par leur folie et leur volonté de faire du mal à autrui. En plus d’être lâches et menteurs, ils n’ont pas peur de violer, faire souffrir ou même abandonner en plein désert un pauvre homme sans défense. Finalement, les vrais méchants, se sont eux et les deux acteurs sont vraiment très bons. On s’attachera malgré tout à ce grand-père, terriblement badass, et auquel on pardonnera ses humeurs, obnubilé qu’il est par cette chasse au dahu. Difficile aussi de ne pas se prendre d’affection pour la nièce du grand-père, qui va tomber amoureuse de l’homme cherchant sa femme et qui va être un souffle d’air frais dans ce désert bouillant. Néanmoins, il y a une chose qui relie tous ces personnages, bons ou mauvais, le sanglier. La bestiole est impressionnante même si on sent les manques budgétaires pour créer quelque chose de plus gros et de plus vivant. Elle n’est jamais montrée en entier pour éviter quelque chose de moche et le peu que l’on en voit suffit à se faire une idée. La séquence finale, dans l’abattoir, tape fort, le réalisateur continuant son travail de stress sur le destin des héros et la mise en scène demeure toujours aussi intéressante. Une mise en scène qui ose même des plans impressionnistes lors de phases de cauchemars.

Au final, Razorback est un excellent film d’horreur qui n’a pas trop vieilli. Il s’agit d’un film qui peaufine son ambiance et qui laisse peu de place à l’espoir ou à la rigolade. L’Australie n’est pas à son meilleur jour dans ce film, mais c’est aussi cela qui participe à la réussite du projet, donnant ce sentiment de mort éminente pour n’importe quel personnage et de n’importe laquelle des manières. Le film a beau avoir 35 ans, il demeure toujours aussi efficace, inventif sur certains plans, et généreux dans sa dose de flippe. Bref, une belle réussite et un statut culte mérité.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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