octobre 24, 2020

An Empty City – Bled

Avis :

De l’avis de certains métalleux qui se prennent pour des vrais et qui veulent que le métal reste une scène underground, le Métalcore est une véritable insulte, comme il ne faut pas dire « Mange tes morts » à des gens du voyage. En effet, pour certains types aux cheveux longs et à la veste à écussons, il ne faut surtout pas mettre le Métalcore dans la grande famille du métal, parce que ça chante souvent en clair et que les riffs sont souvent trop doux, voire trop mélancolique. Néanmoins, le Métalcore est un genre qui prend encore et toujours de l’ampleur et qui convertit de plus en plus de monde. Sorte de style auquel s’accrochent les jeunes groupes ayant une énergie débordante et beaucoup de colère, le Métalcore traverse les frontières et ne connait pas forcément de limites. La preuve en est avec An Empty City, un groupe inconnu au bataillon et qui arrive d’un pays où le métal n’est pas forcément la musique la plus courante, la Chine. Car oui, An Empty City provient de Guangzhou et Bled est leur premier album. Un album plein de rage, plein d’énergie à revendre, et surtout, sans un seul chant clair. Car oui, le Métalcore ça peut aussi ne faire que défourailler dans les brancards et les chinois de An Empty City l’ont bien compris, même si on n’échappe pas à une certaine redondance.

Le skeud débute avec Reign et ça démarre sur les chapeaux de roues. Le chanteur entame le tout avec un cri puissant qui permet de lancer la machine et on navigue en plein Métalcore très classique. Les riffs sont assez doux sur le moment, le tout emporté par une batterie ultra rapide qui donne un tempo infernal. Lors des couplets, l’aspect mélancolique est abandonné pour aller vers quelque chose de plus rapide et les breaks sont bien lourds. Le seul petit souci avec ce titre, c’est qu’il est très classique et ne sort pas des carcans imposés par ce style si codifié. Avec Panda Eyes, on sera dans le même cas de figure, même si la mélodie change un poil, affichant un côté plus punk et plus léger, notamment dans son introduction. Il y a comme un dimorphisme entre la violence vocale et la mélodie plutôt douce et presque touchante de l’ensemble. Mais force est de constater que ça marche parfaitement et que le tout est bien emballé avec une superbe production. Avec Still Life, l’aspect sombre du groupe va ressortir. On éloigne les mélodies presque légères pour aborder de plein fouet un univers plus sombre, plus dense et plus inquiétant. Certains riffs dans les couplets font presque Death, et la seule chose qui diffère, c’est vraiment la vitesse d’exécution qui est tout simplement parfaite. Bref, ça envoie du bois. Gutter Inc. montrera aussi une autre facette du groupe, un aspect Black Métal assumé sur la fin du titre, qui va épuiser tout le monde par sa batterie incessante et sa violence décadente. Là aussi, le groupe frappe fort, malgré quelques redites dans les structures. Glare n’échappera pas à cette sensation de redondance, et il ne suffit pas de mettre une voix en introduction pour changer la donne. Oui, c’est bien, mais attention, ça se répète dangereusement.

La seconde moitié du skeud résonne un peu pareil. No Captain est un titre nerveux, puissant, mais qui manque d’originalité pour pleinement convaincre. On sent le talent derrière et cette volonté de ne pas céder au chant clair, mais l’ensemble manque d’impact et d’un refrain catchy. En gros, on n’a pas grand-chose pour que le titre reste en tête. Sweet Narka Pt.1 démarre de la plus belle des façons, avec des riffs rapides et énervés, sans pour autant délaisser la mélodie. Cependant, on notera quelques fautes d’accord qui se calmeront lorsque le titre prendra son rythme de croisière, d’une lourdeur presque extrême et arrivant à donner envie de headbanger dans tous les sens. C’est puissant et suffisamment varié pour que l’on adhère presque complètement au titre. Darshan Nights sera du même acabit que No Captain deux titres au-dessus, c’est-à-dire un titre puissant, bien nerveux, mais qui manque d’impact auditif dans le sens où il n’y a pas forcément de refrains bien identifiés et que ça beugle tout le temps. Certes c’est d’une grosse violence et il y a une véritable maîtrise vocale, mais on s’emmerde un peu au bout d’une paire d’écoute. La suite de Sweet Narka aurait pu marquer un virage différent, et il le fait à quelque part, parvenant à produire une belle introduction assez nerveuse, avant de fournir un titre en Djent bien virulent. Les bourrins apprécieront l’effort. Enfin, The Bitter Slow viendra clôturer un album dense et lourd, dans tous les sens du terme, qui s’adoucira un peu sur sa fin, mais c’est très léger.

Au final, Bled, le premier album de An Empty City, est un album qui souffle le chaud et le froid mais qui montre une formation chinoise qui a vraiment envie d’en découdre dans le monde du Métalcore. Puissant, aussi bien vocalement que techniquement, le groupe manque encore un peu de maturité pour pleinement convaincre, se laissant bien trop souvent aller à la violence gratuite dans des structures similaires. C’est un bon début, mais on espère en entendre plus dans les hypothétiques prochains albums.

  • Reign
  • Panda Eyes
  • Still Life
  • Gutter inc.
  • Glare
  • No Captain
  • Sweet Narka Pt.1
  • Darshan Night
  • Sweet Narka Pt.2
  • The Bitter Slow

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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