octobre 30, 2020

Life is Strange

Auteurs: Emma Vieceli et Claudia Leonardi

Editeur : Urban Comics

Genre : Drame

Résumé :

Max et Chloé se sont enfuie et ont laissé derrière elles Arcadia Bay et ses habitants après la catastrophe qui a ravagé la ville. Ensemble, elles tentent de recommencer leur vie, de se faire de nouveaux amis. Mais est-il réellement possible de tout laisser derrière soi ? Max a-t-elle fait le bon choix ?

Avis :

Sur la base d’une tonalité dramatique prépondérante et d’une ambiance proche de l’excellence, Life is Strange proposait une aventure narrative épisodique mémorable. La question des choix et des embranchements propres au genre trouvait une résonnance particulière avec la manipulation temporelle. L’adage « Changer une chose, change tout » prenait alors tout son sens. Contrairement au spin-off Life is Strange : Before the Storm, qui s’avançait comme une préquelle, le présent comics est une suite directe au jeu original. Pour rappel, la conclusion de ce dernier disposait de deux axes dissemblables pour déterminer le sort des protagonistes et d’Arcadia Bay.

Dans un premier temps, on peut constater que le choix des auteures se tourne vers le dénouement qui offrait une intensité dramatique moindre, car plus « égoïste ». Toutefois, la marge de manœuvre pour poursuivre l’histoire reste plus confortable afin de découvrir le devenir des personnages. Il est néanmoins indispensable d’avoir fait le jeu avant de lire ce comics. Hormis un bref rappel des précédents événements, toute la subtilité des liens entre les différents intervenants, les capacités de Max à triturer le temps et l’ambiance propre à Arcadia Bay échappent aux novices. Non que l’histoire ne soit pas intelligible, mais que celle-ci s’ancre pleinement dans la trame du jeu pour étayer son propos.

Cela étant dit, on est loin d’atteindre la qualité d’écriture de son homologue. Certes, la complicité entre Chloé et Max demeure parfaitement maîtrisée, même si l’on dénote une indissociabilité des deux adolescentes au fil du récit. Leur relation de couple et le rapport à autrui se font sous un prisme unique. On notera néanmoins une atténuation des caractères : la tempérance de Max et le côté rebelle de Chloé. Quant aux nouveaux personnages, ils restent en retrait et se parent de traits conventionnels. Pour rappel, le jeu avait beau proposer des portraits assez sommaires de prime abord, leur découverte progressive dissimulait une complexité sous-jacente beaucoup moins lisse.

De même, les dialogues pâtissent d’une certaine linéarité et manquent de profondeur. On est bien loin des questionnements et des tourments propres à l’adolescence, aux notions de déterminisme et de libre-arbitre. Globalement, les échanges sont stériles puisqu’ils n’apportent strictement rien aux relations sociales et à l’intrigue. Par ailleurs, cette dernière développe bien maladroitement les tenants liés à la manipulation temporelle. Format oblige, il est évident que le lecteur accompagne l’histoire au lieu d’influer dessus. Seulement, les prétextes pour justifier le retour à Arcadia Bay sont cousus de fils blancs et la progression souffle le chaud et le froid avec une grande confusion narrative.

La possibilité d’entrevoir différents avenirs dans autant d’univers parallèles renvoie à la multiplicité des choix réalisés par Max auparavant. Seulement, le résultat sur les planches s’affuble d’imprécisions, voire d’incohérences. Bien sûr, rester sur une base hypothétique permet de dire tout et son contraire. Néanmoins, les points de vue s’entremêlent si mal que les morts « ressuscitent », les vivants trépassent et les liens qui unissent les personnages s’effilochent. Par ailleurs, on notera de nombreuses approximations sur le fait que, tour à tour, Max et Chloé sont témoins des mêmes événements, puis les suivants s’adressent uniquement à l’une ou à l’autre.

Au final, l’adaptation en comics de Life is Strange relève du produit standardisé pour les fans du jeu. Les lecteurs ou les joueurs ayant fait l’impasse sur l’expérience vidéoludique sont laissés sur le côté tant le récit s’intègre dans la trame précédente. À ce titre, cette nouvelle incursion à Arcadia Bay a bien du mal à se justifier. La faute à une progression emberlificotée qui assimile avec une certaine gaucherie le voyage dans le temps et la création d’univers parallèles qui en découle. Au même titre que les traits de dessins, les personnages sont simplistes et ne parviennent guère à évoluer de manière crédible. Si ce n’est la relation entre Max et Chloé et quelques clins d’œil appréciables, ce livre tient plus d’un épilogue bonus que d’une suite à part entière.

Note : 11/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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