mars 7, 2021

Stoker

De : Park Chan-Wook

Avec Mia Wasikowska, Matthew Goode, Nicole Kidman, Jacki Weaver

Année: 2013

Pays: Etats-Unis, Angleterre

Genre: Thriller

Résumé:

Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère. Rapidement, la jeune fille se met à soupçonner l’homme d’avoir d’autres motivations que celle de les aider. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi…

Avis:

Park Chan-Wook est un réalisateur sud-coréen qui commence sa carrière au début des années 90. Très rapidement, l’homme se dirige vers le thriller et le polar, des genres qui lui permettent d’aborder des sujets délicats politiquement parlant, parlant notamment des tensions entre les deux Corée. JSA (Joint Security Area) est d’ailleurs l’un des premiers gros succès du cinéaste, même de par chez nous, malgré sa très faible distribution. D’ailleurs, les salles de cinéma ne distribueront ce film que dix-huit ans après, grâce au succès des films suivants du réalisateur, à savoir sa trilogie de la vengeance (Sympathy for Mr. Vengeance, Old Boy et Lady Vengeance) avec un énorme gros coup de cœur pour celui du milieu qui révèlera l’artiste aux yeux du monde. Après avoir trainé sa carcasse en Corée du Sud et fait du thriller, du policier ou encore du fantastique horrifique avec Thrist, il se fait charmer par les cloches hollywoodiennes pour adapter un scénario blacklisté de… Wentworth Miller, le Michael Scofield de Prison Break. Une association étonnante donc, et qui ne va pas forcément faire des étincelles.

Stoker est un thriller psychologique dont le titre fait référence à Bram Stoker, l’auteur de Dracula, car c’est l’histoire d’un homme qui « vampirisme » une famille, la sienne. Ici, on va suivre Charlie, l’oncle d’India, qui vient de perdre son frère dans un tragique accident. Il retourne dans la grande demeure familiale pour montrer son deuil et c’est une découverte pour tout le monde car visiblement, Charlie est un globe-trotteur qui n’est pas souvent là. Dès lors, quand Charlie annonce qu’il veut s’installer dans la maison pour aider sa belle-sœur et sa nièce, mais en vérité, il cache un plus lourd secret. Stoker est très basiquement un thriller avec un homme qui cache bien son jeu et qui va se révéler au fur et à mesure des pérégrinations de la jeune fille, qui soupçonne quelque chose dès le départ; notamment à cause d’une jalousie maladive lorsqu’elle s’aperçoit que ce charmant oncle se tape sa mère. Le film navigue constamment en eaux troubles et essaye tant bien que mal de brouiller les pistes pour que le spectateur ne se doute de rien. Malheureusement, on va griller le pitch assez rapidement, notamment à cause de la prestation de Matthew Goode. Non pas qu’il soit mauvais, mais il a toujours ce regard fou, cette allure de pervers, ce sourire en coin qui fait que l’on a peu de doute sur sa santé mentale. D’autant plus que son attitude est étrange, s’incrustant dans cette famille le jour de l’enterrement de son frère, sans éprouver la moindre tristesse.

Et c’est bien là tout le problème de Stoker qui n’arrive pas à nous faire ressentir la moindre émotion. Les personnages sont tous bizarres, avec des comportements inappropriés et souvent hors de propos. Mia Wasikowska, qui campe une jeune adolescente paumée un peu brimée par ses camarades, n’arrive pas à nous faire ressentir sa folie. On voit qu’elle aussi cache un loup dans son corps, mais c’est tellement grossier que ça ne décollé jamais vraiment. Il en va de même pour Nicole Kidman en mère perdue dans ses sentiments. Elle succombe bien trop facilement et s’avère un peu bête sur les bords pour ne rien voir venir. Notamment l’attirance entre Charlie et India, alors que quatorze ans séparent les deux personnes. Park Chan-Wook n’essaye d’ailleurs pas tellement de perdre son spectateur dans un thriller nébuleux. Tout est simple et les choses sont vite expliquées par des plans directs, comme la mort de la tante dans une cabine téléphonique, ou encore lorsqu’il vient aider India à se séparer d’un jeune un peu trop collant. C’est alors la relation entre les deux personnes qui doit devenir ténébreuse et insidieuse, mais comme on ne ressent pour ces personnages en dehors des sentiers battus, on se fiche pas mal de ce qui peut leur arriver.

Alors bien évidemment, tout n’est pas à jeter dans Stoker. Certains plans sont à tomber par terre et le réalisateur joue constamment avec sa caméra pour surprendre le spectateur ou lui donner du grain à moudre. Le film fourmille d’idées, mais c’est aussi un problème. On ne peut qu’y voir un exercice de style factice et qui manque de profondeur. Très clairement, chaque fois qu’un plan sort de l’ordinaire, notamment sur l’introduction avec les arrêts sur image, on ne sait pas bien à quoi ça sert. Si tu utilises un plan particulier, il faut qu’il ait un sens, malheureusement là, ce ne sera pas vraiment le cas. On y voit juste un moyen de montrer ce que l’on sait faire avec une caméra mais pas plus. Et on peut essayer d’étayer autant de fois que l’on veut sur certains effets, comme lorsque l’on voit deux visages dans les lunettes du policier qui pourrait symboliser les deux personnalités d’une personne, ça reste un effet pour se branler en tant que metteur en scène. C’est presque triste de dire cela pour Park Chan-Wook qui livre ici un film où il tente des trucs mais qui ne prennent jamais vraiment, la faute à une constante surenchère qui fait très tape à l’œil.  

Au final, Stoker est un film assez décevant de la part de Park Chan-Wook. Non pas que le film soit raté ou que le scénario soit bidon, c’est juste qu’il reste complètement factice et relativement lisse. L’histoire est très calibrée, on déjoue assez vite les ressorts de l’intrigue à cause des acteurs qui en font des caisses et la mise en scène, élégante, reste surfaite dans l’unique but de masquer un gros vide scénaristique. Bref, si Stoker est élégant, il est aussi creux et c’est à ce jour le film le plus faible de son réalisateur, qui est vite reparti ensuite dans son pays d’origine pour certainement avoir plus de liberté créatrice.

Note: 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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