Au Nom de la Terre – Aigriculteurs

De : Edouard Bergeon

Avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus

Année : 2019

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années.  

Avis :

Edouard Bergeon est un réalisateur français dont « Au nom de la terre » est le premier film de cinéma. Fils et petit-fils d’agriculteur, il a grandi dans une ferme et il a partagé son temps entre le travail avec son père à la dite ferme et les études. Une fois son BAC en poche, il alterne quelques petits boulots avant d’entrer chez France 3 Poitou-Charentes. Par la suite, il devient journaliste, puis réalisateur en documentaire. En 2010, il se fait remarquer avec « Les fils de la terre« , un documentaire qui aborde le suicide chez les agriculteurs, sujet qu’il connaît malheureusement que trop bien. Ce documentaire va taper dans l’œil de Christophe Roussignon et Guillaume Canet.

Presque dix ans après ce documentaire, voici, donc qu’Edouard Bergeon débarque sur nos écrans de cinéma avec son premier film. Un premier film qui reprend les thématiques qui lui sont chères, les thématiques qu’il avait déjà abordé et qu’il connaît bien, puisque « Au nom de la terre » parle des agriculteurs, du système qui peut les piéger, poussant toujours à produire plus, au détriment de tout. Si le sujet est fort, important et actuel, « Au nom de la terre » devient encore plus touchant qu’il ne l’aurait été, car pour son premier film, Edouard Bergeon met en scène une partie de sa vie, ou plutôt une partie de la vie de son père. On se retrouve alors devant un film qui déborde de sincérité et qui est de plus porté par un casting superbe, Guillaume Canet et Anthony Bajon en tête !

France, 1997, Pierre a vingt-cinq ans quand il rentre du Wyoming pour racheter la ferme de son père. Le jeune homme est plein de rêve et d’ambition. L’avenir s’annonce radieux, mais voilà, presque vingt ans plus tard, les temps ont changé, les dettes se sont accumulées et Pierre doit s’adapter. Si le jeune homme qu’il était était plein de volonté, l’homme de quarante ans s’épuise au travail et le bout du tunnel a l’air chaque jour plus loin que le précédent…

Le monde agricole est un vaste sujet à lui tout seul, et il faut dire qu’il y a tellement de chose à en dire et à en retenir.

Deuxième film à sortir sur ce monde en ce mois de Septembre 2019, après l’islandais « Mojlk, la guerre du lait« , voici que c’est au tour d’un Français de se lancer dans le sujet à corps perdu. « Au nom de la terre« , c’est un film que son réalisateur a voulu au plus près de la réalité, au plus juste, au plus dur, le tout en essayant d’être le plus sincère possible. « Au nom de la terre« , c’est un film qui retrace en grande partie les jeunes années du réalisateur, quand ce dernier travaillait auprès de son père. Edouard Bergeon fut alors le témoin d’une descente aux enfers, et le cas de son père est loin d’être anecdotique, puisque le nombre de suicide chez les agriculteurs est élevé.

Pour dénoncer ceci, le jeune réalisateur a donc décidé de mettre en images les rêves, les espoirs et les désespoirs de ce qu’il a vu et vécu. « Au nom de la terre« , c’est un film qui est très sensible. C’est un film qui, même s’il manque un peu d’émotion, malgré l’horreur de la situation et le talent de ses comédiens, arrive à nous embarquer et nous parler jusqu’à son final. Jamais dans l’excès, le pathos, la caricature ou encore le militantisme pour faire du militantisme, Edouard Bergeon parle de cet amour de la terre qui animait son père. Il fait s’opposer les générations et les façons de travailler. Il parle grâce à un scénario bien écrit et détaillé d’un système qui a changé. D’un système qui pousse toujours à investir, à s’endetter pour se mettre aux normes d’un côté, mais aussi pour produire plus, quitte à produire de moins bonne qualité. Edouard Bergeon présente des faits, pointe du doigt des façons de faire, de produire et en même temps, il parle avec tendresse de ce monde paysan qui essaie de tenir bon, de se sortir la tête de l’eau. Un monde qui essaie de s’adapter. Bref, « Au nom de la terre » est profond, et surtout, il est intéressant dans tous ses aspects, social, familial, entrepreneurial.

Pour ce film, Edouard Bergeon s’est très bien entouré. Si Veerle Baetens, Rufus, Samir Guesmi, Yona Kervern, Marie-Christine Orry sont tous très bons, il faut surtout compter sur un Guillaume Canet totalement investi par son rôle. Jamais dans le trop, jamais dans le pas assez, on regrettera simplement que le réalisateur n’ait pas joué un peu plus sur la carte de l’émotion. Le tout est touchant, mais jamais bouleversant et c’est dommage. Autre nom sur lequel il faut désormais compter, c’est celui du jeune Anthony Bajon qui est ici fabuleux dans la peau du fils de Canet, et donc c’est lui qui incarne le réalisateur à l’adolescence.

Du côté de la mise en scène, « Au nom de la terre » est un beau film, doté de plans sublimes. Il y a une belle ambiance qui se dégage de l’ensemble. On sent l’amour du réalisateur pour la campagne française. Le film sait se faire mesuré, offrant un début lumineux pour aller peu à peu dans le drame, sans trop en faire non plus.

Après, il est vrai que le tout sonne comme académique. Certes, l’ensemble est prenant, et l’on est dans le film jusqu’au bout, mais ceci est bien plus dû à ce que nous raconte son réalisateur que comment il le raconte. Après, c’est un premier film et ça reste un bon premier film.

« Au nom de la terre » est donc un bon, voire très bon, film. Pour son premier essai, Edouard Bergeon passe avec un certain succès cette épreuve. « Au nom de la terre« , c’est un joli portrait de personnages et de famille, en plus d’être un film qui met le doigt où il faut, dénonçant un système qui écrase plus qu’autre chose. S’inscrivant parfaitement dans l’actualité, on en ressort avec des réflexions en tête. Si, finalement, « Au nom de la terre » n’aura pas été aussi touchant qu’on l’aurait imaginé, il demeure toutefois l’une des belles sorties de cette semaine à découvrir.

Note : 15/20

Par Cinéted

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