Columbine – Adieu Au Revoir

Avis :

Ceux qui ont été adolescents et fans de rap entre les années 80 et le début des années 2000 devraient s’estimer chanceux et chérir une époque où ils ont pu écouter des groupes français comme IAM (en groupe ou en solo), Suprême NTM, Assassin, Oxmo Puccino, La Rumeur, Hocus Pocus, Triptik, Puzzle, Faf Larage, Keny Arkana, M.A.P. et j’en passe, des mecs qui se sortaient les doigts pour pondre des albums de très haute qualité, voire des classiques intemporels. Une époque où même Booba sortait des trucs potables (et pas dans une dimension parallèle). Alors, certes il y avait des catastrophes industrielles mais on arrivait à entendre pas mal de bonnes choses et même à la radio. Depuis, il y a eu un gros glissement pour arriver à une époque où la FM, comme les sites de « pop culture » ne jurent que par des mecs comme Jul, Aya Nakamura, PNL, MHD, Maître Gims et ses potes ou encore les veaux stéroïdés Booba (encore lui) et Kaaris. Fruit de cette époque délétère, n’importe qui qui pose trois phrases blindées d’Autotune (ce cancer qui a contaminé une bonne partie de la musique mainstream) peut cartonner. Et c’est le cas de Columbine, qui a réussi à faire 95 dates à guichets fermés depuis 2017, dont deux Olympia, 150 millions de streams, un disque de platine pour Enfants Terribles et un pour Adieu Bientôt.

Columbine, c’est un collectif rennais composé de Foda C, Lujipeka, Chaman (ne cherchez pas, ils ont sûrement pris des lettres au hasard et en ont fait des pseudos) et une palanquée d’autres mecs qui ont tous oublié d’avoir du talent en naissant. Adieu, Au Revoir est la réédition d’Adieu Bientôt avec 10 titres en plus. 10 titres pour 38 minutes, pourtant si ça semble court, l’écoute est interminable et douloureuse. Cela commence avec C’est Pas Grave, qui débute avec une nappe sonore pas trop désagréable faute d’être transcendante, mais ça se complique quand les sémillants Lujipeka et Foda-C commencent à l’ouvrir et le refrain est encore pire. Et là, on retrouve tout ce qui caractérise ces 10 titres et plus largement la patte Columbine : des instrus certes pas trop mal mais hyper répétitives, des phrases jetées çà et là, des paroles aussi profondes qu’un pédiluve en pleine canicule, débitées avec l’énergie d’un lamentin sous Tranxène et souvent une absence totale de sens.  

« Te quiero, non j’rigole, je ne t’aime plus/Je mène une vie superflue/J’mets des crochets, uppercuts/sur des instrus déjà vues » (C’est Pas Grave). Sur testament je léguerai millions/Sauve la famille sans poser questions/Sur testament je léguerai millions / Les pupilles noires, lunettes de précision (Testament). J’vis sous rayon X, on m’cryogénise/Sur mon Rap Genius, on crie au génie/Depuis qu’j’ai supers pouvoirs, je n’ai plus de temps pour moi/J’me fais tout le temps des copains et plus personne meurt de faim (Rayon X). Tes yeux dans le noir veulent se venger, j’suis attiré par tous les dangers/ Tu veux mon cœur à manger, venger (Vampire). Voilà un florilège de ce que nos Prix Nobel pondent comme lyrics. Et quand il y a un tant soit peu de mieux niveau texte, c’est massacré avec l’Auto-tune omniprésent. Le comble est le refrain de Vampire, absolument insupportable, à la limite de la parodie. Niveau thématique, on a des thèmes aussi engagés que le cul, l’egotrip, les femmes, l’egotrip, le cul, la drogue, l’egotrip, les femmes, le rap ou encore l’egotrip. Niveau musique, c’est franchement homogène, peu de titres redressent un peu la barre (à part Chambre 112 et Drama), et l’ensemble aurait pu être torché par n’importe quel amputé de la tête équipé d’un ordi. On ne va pas se leurrer, c’est clairement à destination des ados (en dépit du côté hyper glauque de certaines « paroles »), ça a la sincérité de l’âne qui recule et à la fin de la dixième chanson, on est content que ce soit fini… jusqu’à ce qu’on réalise que c’est la réédition d’Adieu Bientôt et qu’on va se fader encore 20 titres.

20 titres ! Pour 68 minutes ! Sur les 20 titres, pas grand-chose qui sort du lot à part Age d’or et Biographie (et les chansons Topless et Labo Photo qui se distinguent par la nullité cosmique de leurs paroles). Pour le reste, c’est une séance de natation dans une fosse septique, un océan de médiocrité comme rarement entendu, où les mecs pensent que faire du name dropping, citer des marques de luxe, balancer des références meta (Virgin Suicides, Bart Simpson, South Park, etc) constitue un semblant de paroles. Là aussi, c’est aussi profond que les 10 titres bonus, tournant autour du cul, du clubbing, de la drogue et autres joyeusetés. De quoi plaire à Konbini, les Inrocks, ou Quotidien qui n’épargnent aucune louange au sujet de Columbine, autoproclamé « laboratoire du rap contemporain », summum de prétention absolue. Voyage au bout de l’enfer auditif, alternant le très moyen et l’insupportable, Adieu, Au Revoir/Adieu Bientôt est une expérience auditive très désagréable, une exploration de l’antimatière musicale. Adieu, Au Revoir ? Si seulement ça pouvait être vrai…

  • C’est Pas Grave
  • Testament
  • Chambre 112
  • Rayon X
  • La reine du bal
  • Vampire
  • Drama
  • Blabla
  • Bateau ivre
  • Toute la night
  • Jrefaiscequejevois
  • Cache-Cache
  • Adieu bientôt
  • Bart Simpson
  • Mirador
  • Borderline
  • La gloire ou l’asile
  • Labo photo
  • Teen spirit
  • Stockholm
  • Virgin Suicide
  • Boîte noire
  • Age d’or
  • En vain
  • Topless
  • Indochine
  • Brûler
  • Le bal des fous
  • Biographie
  • Puzzle

Note : 03/20

Par Nikkö

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