Share

De : Pippa Bianco

Avec Rhianne Barreto, Charlie Plummer, Poorna Jagannathan, J.C. MacKenzie

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

Après avoir découvert une vidéo d’une soirée dont elle ne se souvient pas, Mandy, 16 ans, doit comprendre ce qui lui est arrivé avant que la situation ne dégénère.

Avis :

Après des études à l’université de Yale, en 2015, Pippa Bianco réalise son premier court-métrage, « Share« , qui lui fera remporter le prix de la Cinéfondation de Cannes. En 2016, elle participe aux ateliers d’écriture et de réalisation de Sundance. Et cette année, elle fait partie, selon le prestigieux magazine Variety, des dix jeunes réalisateurs à suivre.

Produit par HBO, « Share » est un film qui avait beaucoup d’arguments pour être l’un des petits chocs de cette édition 2019. Pour son premier long-métrage, Pippa Bianco a choisi de plonger à corps perdu dans un drame, le possible viol d’une jeune fille. Abordant aussi bien une jeunesse à la dérive que les réseaux sociaux, « Share » demeure cependant une déception. Entre un manque d’empathie pour les personnages et un film qui offre une morale des plus douteuses, on se retrouve dans un métrage qui a des idées, mais qui peine vraiment à convaincre et c’est bien dommage.

Ce soir-là, Mandy partait pour passer une bonne soirée avec ses amis. Après avoir dormi dans son jardin, Mandy découvre une vidéo d’elle, ivre morte, dormant à moitié nue sur le sol d’une salle de bains. Une vidéo avec beaucoup de garçons autour d’elle. Mandy se serait-elle fait violer ? Que s’est-il passé cette nuit-là ? Qui est l’auteur de cette vidéo ? Autant de questions auxquelles il faut trouver des réponses.

Il y a des films qui sur le papier tiennent vraiment quelque chose, et « Share » faisait partie de ses films. Mais bon, ça, c’était sur le papier, car une fois transposé à l’écran, il n’y a vraiment pas grand-chose qu’on va retenir de ce premier essai et c’est tellement dommage, car les réflexions au départ sont là.

Dans ses intentions, et sur son scénario, « Share » a de quoi intriguer. Ici, Pippa Bianco choisit de partir sur la possibilité d’un viol pour dresser le portrait d’une jeunesse qui se cherche. À bien des regards et pendant une bonne partie du film, même s’il manque à « Share » un rythme, qui lui manque de l’empathie envers ses personnages qui vont être parfois très caricaturaux, on reste devant le film avec une certaine sympathique, car il tient des sujets qui sont importants. Tout ce qui tourne autour des réseaux sociaux et comment ils sont traités, est vraiment intéressant. Pippa Bianco démontre bien, avec des scènes assez pertinentes, une certaine déconnexion de la jeunesse. Il y a une gravité qui ne l’est pas tant que ça qui est abordée. Pippa Bianco traite aussi du statut des victimes, bien souvent montrées du doigt. La réalisatrice parle aussi de cette envie de s’alcooliser uniquement pour s’alcooliser, un phénomène qui prend de l’importance chez les jeunes. Ces sujets sont forts, ils sont importants, ils sont nécessaires et finalement, malgré toutes ces intentions, la réalisatrice n’en fait rien. Elle ne fait qu’évoquer ces sujets, et plus son intrigue avance et plus ils deviennent inintéressants, et il manque quelque chose pour faire décoller son film. On a l’impression que Pippa Bianco avait les idées, elle avait les sujets, mais elle n’arrive pas à les maîtriser, elle ne sait pas trop où aller et surtout elle ne sait pas comment nous donner cette fin. Une fin qui casse son film. Une fin douteuse, très douteuse, à la morale immonde. Si, jusque-là, on pouvait pardonner les maladresses, si on pouvait pardonner les errances, ou encore le fait qu’on ne soit pas plus touché que ça par ces personnages, ce final nous laisse avec des questions qu’on ne voulait surtout pas avoir. Des questions qu’on espère fausses, espérant finalement avoir mal compris ce final.

« Share« , c’est aussi une déception du point de vue de son casting, ou plutôt de ses personnages, car comme je le disais, ces personnages, quand ils ne sont pas agaçants, manquent leur cible et finalement, ils n’arrivent pas à nous toucher, malgré le drame qui se joue à l’écran. Et ce sentiment est d’autant plus dommage que les acteurs ne sont pas mauvais. La jeune Rhianne Barreto est même très bien, investie dans son rôle, elle porte le film sur ses épaules, mais Pippa Bianco, dans ses choix de mise en scène, a bien du mal à nous convaincre. Et finalement, le seul personnage qui va se révéler touchant, c’est le père de la jeune fille, incarné par le talentueux et trop rare J.C MacKenzie. Avec ce personnage, Pippa Bianco aborde un trait qu’on ne voit pas souvent et c’est à coup sûr l’élément le mieux traité de tout le film.

« Share » avait donc beaucoup d’arguments pour être un très bon film, mais finalement, très vite, il va décevoir. Entre sa mise en scène qui manque d’impact, ses personnages qui se révèlent être bien peu touchants alors qu’un drame s’est joué, et cette morale finale incompréhensible, ce premier film signé Pippa Bianco a vraiment beaucoup de mal à nous convaincre et c’est vraiment dommage.

Note : 08/20

Par Cinéted

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