Dir en Grey – The Insulated World

Avis :

Le métal japonais est un art à part entière dans le monde la musique. Déjà parce que la langue, sans racisme aucun, est assez particulière et ne sied pas forcément à quelque chose de rugueux et de lourd, mais aussi parce que techniquement, les japonais sont tellement au-dessus, que c’est parfois trop bordélique. Parmi les darons du métal nippon, on peut aisément citer X-Japan, mais aussi Loudness ou encore Dir en Grey. Formé à la fin des années 90, Dir en Grey va passer par plusieurs changements de styles. Ils vont commencer leur carrière dans un style Visual Kei, c’est-à-dire un genre très théâtral et dramatique où chaque membre arbore des maquillages grandiloquents. A partir de leur quatrième album, le groupe va se tourner vers ce qui marche à ce moment donné, le Nu Métal. Cela va durer bien quatre à cinq ans avant de partir vers quelque chose de plus complexe, de plus technique, avec un Métal Progressif incisif, parfois intéressant, parfois trop brouillon pour pleinement convaincre. Cependant, le succès de Dir en Grey n’est pas à remettre en cause. Le groupe joue toujours, tourne toujours et est une véritable icône du métal japonais. The Insulated World, le dixième effort du groupe, prouve que la fougue n’a pas quitté la formation, au détriment d’une cohésion musicale et d’une ligne rouge intéressante.

 Le skeud débute avec Keibetsu to Hajimari et le moins que l’on puisse dire, c’est que la lourdeur est bien présente. Les riffs sont puissants, l’ambiance est pesante et les cassures de rythme sont présentes pour mieux relancer la machine. En bref, ça déboîte sévère d’un point de vue technique et mélodique. Par contre, là où ça pêche, c’est sur le bordel ambiant et l’absence d’une structure solide. Le morceau ne se repose aucunement sur un refrain ou des points d’appui pour les auditeurs. Le chanteur part dans tous les sens avec sa voix, alternant des chants gutturaux avec des moments en voix de tête et on a réellement l’impression d’écouter un étalage de compétences plus d’un vrai titre. Cela se retrouvera d’ailleurs dans d’autres morceaux de cet album. Devote my Life, qui arrive juste après, n’en sera qu’un exemple des plus flagrants. Assez court, durant moins de trois minutes, le morceau n’est que braillerie et larsen pour mieux fatiguer celui qui écoute. Alors oui, c’est puissant et dark comme ambiance, mais c’est aussi épuisant et pas forcément intéressant à la longue. Celebrate Empty Howls sera dans la même veine, mettant de la violence pour de la violence sans jamais créer de cohésion sur l’ensemble. Déjà que la langue ne favorise pas vraiment une écoute attentive, ne pouvant comprendre les paroles, mais là, on nage en plein délire. Les points d’accroche manquent, il n’y a pas forcément de refrain et globalement, ce n’est pas vraiment intéressant.

Fort heureusement, certains titres sont plus conventionnels et globalement plus écoutables. Le premier titre qui arrive à faire sentir ce sentiment, c’est Ningen wo Kaburu, qui démarre assez doucement, mais qui va vite partir en couilles avant de se rattraper avec un refrain plutôt catchy et qui permet de relier l’ensemble sans partir dans le n’importe quoi. On retrouvera ce liant avec des morceaux de la seconde moitié comme par exemple Followers ou encore Zetsuentai, deux titres longs (le premier dépasse les quatre minutes et le second les sept minutes). Ici, les titres sont plus construits, plus travaillés et surtout, ils ne partent pas dans un bordel qui semble incontrôlable. La structure est solide et surtout, surtout, on ressent enfin quelque chose. Le groupe joue plus sur les émotions, évite de faire du sombre pour du sombre avec du vide dedans, et tous les musiciens sont mis en avant, même les claviers. On sent que c’est dans les longues compositions que le groupe trouve plus facilement sa voix et sa cohérence. Néanmoins, certains titres courts et puissants demeurent intéressants, comme Values of Madness qui tape fort avec son début presque Electro Rock, avant de lâcher la bride et de fournir des sonorités bien Death avec une rythmique infernale. Il est juste dommage que le chanteur masque sa voix avec une saturation pour faire un effet de style. Néanmoins, il faut lui reconnaître une belle palette vocale, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Au final, The Insulated World, le dernier album de Dir en Grey, n’est pas une franche réussite, même s’il comporte des titres intéressants et des moments aériens assez plaisants. La seule impression qui reste après plusieurs écoutes, c’est un sentiment de fatigue profond et de travail de sape au niveau des tympans. Trop violent par moment, mal maîtrisé, très bordélique, nous faisons face à un album qui essaye des choses, mais qui se perd souvent dans une absence de construction solide dans les compos et c’est bien dommage. Bref, un album en demi-teinte qui ne laissera pas un souvenir impérissable.

  • Keibetsu to Hajimari
  • Devote my Life
  • Ningen wo Kaburu
  • Celebrate Empty Howls
  • Utafumi
  • Rubbish Heap
  • Aka
  • Values of Madness
  • Downfall
  • Followers
  • Keigaku no Yoku
  • Zetsuentai
  • Ranunculus

Note : 11/20

Par AqME

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