Hellbalde – Senua’s Sacrifice

Résumé :

Hellblade sur PS4 est un jeu d’action se déroulant dans un monde brutal et cauchemardesque. Le joueur y dirige Senua et poursuit une quête qui la mène jusqu’en enfer viking pour retrouver l’âme de son amant décédé, avec pour seule alliée sa lame.

Avis :

Trop souvent considéré comme une unique source de divertissement, le jeu vidéo aura eu toutes les peines du monde à devenir un média culturel crédible aux yeux d’un public non averti. Au fil des décennies, il aura fallu des titres mémorables capables de transcender le potentiel technologique pour raconter une histoire soignée et marquante. Bien qu’officiant dans des genres différents, l’un des éléments communs à tout chef d’œuvre vidéoludique demeure sans conteste sa portée émotionnelle. Cela peut passer par des personnages attachants, un travail d’écriture fouillé ou tout simplement une ambiance d’exception à laquelle vient s’ajouter une bande-son tout aussi envoûtante.

Dès les premiers instants, Hellblade – Senua’s Sacrifice distille une aura unique, d’une grande singularité, tant elle s’affranchit des codes de la narration des jeux d’action / aventures. De par sa période historique et ses thématiques, l’atmosphère éthérée n’est pas sans rappeler Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn. En effet, on retrouve cette approche expérimentale qui fait la part belle à une immersion très sensitive. Cela ne relève pas seulement d’un simple constat objectif, car le gameplay s’approprie cette particularité pour entamer un périple sans commune mesure à travers l’enfer scandinave.

Lors des séquences d’exploration, les énigmes se jouent de nos perceptions. Selon les environnements parcourus, on peut être amené à se heurter à quelques illusions d’optiques et autres hallucinations. Avant de détailler la phase introspective sous-jacente qui s’y rapporte, il est important de bien assimiler que la progression en dehors de combats est une affaire de perspective. Afin de pouvoir ouvrir des portes et débloquer de nouvelles zones, il convient de distinguer des runes intégrées dans le décor. Pour simplifier à l’extrême, le procédé rappelle les jeux d’objets cachés. Toutefois, cela nécessite de bien se positionner et, surtout, de modifier son point de vue pour découvrir les symboles en question.

En cela, ce ne sont pas les plus grandes évidences qui permettent de progresser, mais les subtilités dissimulées çà et là qui offrent un regard différent. On peut également évoquer les « portails » qui dévoilent les lieux sous leur véritable forme ou, en passant devant eux, ôte certains obstacles. L’expression « Le diable se cache dans les détails » aura rarement été aussi bien appropriée dans de tels cas de figure. Autre point qui met à contribution les sens du joueur : le son. On aurait tendance à trop souvent le sous-estimer, à tout le moins le reléguer au second plan, le sound-design d’Hellblade est pourtant de première importance. Mieux que cela, il est l’un des plus aboutis et des plus remarquables qu’ait pu produire l’industrie vidéoludique.

Plus que dans n’importe quelles autres circonstances, il est fortement conseillé d’explorer le royaume de Hel avec un casque vissé sur les oreilles. Certains passages nécessitent de se repérer uniquement au son. C’est notamment le cas lors de l’épreuve de la cécité où les ténèbres régnantes imposent une attention de tous les instants pour éviter les monstres. La quête qui mène à Valravn va également en ce sens puisqu’il convient de s’orienter vers la créature en fonction de ses chants. Plus ceux-ci sont forts, plus Valravn est proche. Au-delà de ces considérations « pratiques », l’ambiance sonore est une donnée essentielle dans l’appréhension des troubles mentaux de Senua.

La jeune femme perçoit des voix qui hantent son parcours. Conseils, moqueries, avertissements, souvenirs… Les tourments sont palpables et, sous réserve de bonnes conditions d’écoute, ils se font nôtres à travers des murmures lancinants dont la permanence est aussi agaçante qu’intrusive. Une véritable réussite en la matière ; tout comme le traitement qui gravite autour de ce qu’on devine une schizophrénie avancée. Exception faite de The Town of Light, le sujet de la folie est rarement abordé dans un jeu vidéo. Ici, la démence est le fondement même de l’histoire, jouant une fois de plus sur des impressions et des ressentis biaisés. Quelle est la part de réalité dans la quête de Senua ?

Qu’il s’agisse d’un cauchemar éveillé ou d’une capacité à révéler l’invisible, le périple à travers Hel s’égrène de doutes, de contradictions et de craintes. Outre la formidable prestation de Melina Juergens dans la peau du personnage principal, l’image dépeinte de Senua est avant tout humaine. Cela ne se traduit pas par une bravoure inconsidérée ou une obstination tout aussi pathologique que ses voix, mais par ses failles psychologiques, ses aspirations et son caractère bien trempé. Son courage ne tient pas uniquement à la volonté aveugle de retrouver son bien-aimé pour sauver son âme, mais à s’affranchir de ses propres peurs. Il en découle une progression faite d’incertitudes et d’effrois afin que la véritable personnalité de Senua se révèle à elle-même.

Si l’exploration et l’introspection occupent une part non négligeable dans l’aventure, l’ensemble se dynamise grâce à des affrontements réguliers. Les premiers combats peuvent paraître techniques, mais il convient de se familiariser avec l’alternance d’une approche défensive et offensive pour mieux les appréhender. Charges, esquives, luttes au corps-à-corps, enchaînements… Sans être insurmontable, la difficulté est bien dosée et recèle sa part de challenge avec certains ennemis retors. On remarquera également la présence d’un « pouvoir » pour ralentir le temps afin d’occire ses adversaires de manière plus expéditive. Très pratique, notamment contre les boss.

Autre particularité du jeu, l’absence de repères visuels à l’écran. Il n’y a pas de barre de vie, d’indicateurs pour se repérer ou tout autre item d’information. Là encore, cette épure veille à minimiser les interactions vidéoludiques pour se concentrer sur des impressions subjectives. On notera également le principe des « vies limitées » qui se traduit par le pourrissement progressif du bras de Senua à chaque trépas. Lorsque la gangrène gagne sa nuque, puis sa tête, le Game Over est définitif. Il faut donc reprendre l’aventure dès le départ. Ajoutons à cela des passages narratifs qui imposent sa mort à intervalles réguliers et la tension monte d’un cran pour parvenir à achever la quête.

Question durée de vie, on oscille entre 10 et 15 heures de jeu. Une moyenne très appréciable qui s’agrémente de la recherche des pierres de savoir. Ces dernières racontent plusieurs histoires pour mieux appréhender la mythologie scandinave. La qualité des informations et le contenu exhaustif permettent d’en apprendre davantage sur certaines légendes et créatures. On notera la possibilité de paramétrer soi-même la difficulté des combats en sélectionnant l’un des trois modes classiques et un mode automatique. Quant à l’intégration du making of, sa présence est appréciable pour découvrir les coulisses du développement.

Au final, Hellblade – Senua’s Sacrifice fait partie de ces jeux rares qui marquent à jamais une génération de consoles. Par l’entremise d’une réalisation épique et d’une bande-son magistrale, l’histoire évoque des thématiques inspirées, traitées avec tout le recul nécessaire. De l’amour inconditionnel à la folie, il est difficile de ne pas faire le rapprochement avec le mythe d’Orphée ou L’Enfer de Dante. À ce titre, la traversée de la mer de cadavres reste l’une des scènes les plus représentatives de cet état de fait. Avec des séquences d’exploration et d’action parfaitement équilibrées, l’œuvre de Ninja Theory s’impose comme une véritable claque vidéoludique. Une saga à part entière dans la mythologie nordique qui n’a rien à envier à celle de Sigurd (ou Siegfried) face au dragon Fáfnir.

Note : 20/20

Par Dante

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