Les Dossiers Cthulhu – Sherlock Holmes & Les Monstruosités du Miskatonic – James Lovegrove

Auteur : James Lovegrove

Editeur : Bragelonne

Genre : Fantastique

Résumé :

Printemps 1895. Malgré quinze ans de combat contre des entités surnaturelles qui leur ont coûté cher, Sherlock Holmes et John Watson accourent sans hésiter lorsqu’on les appelle à Bedlam, asile psychiatrique de sombre renommée. Ils y rencontrent un étrange patient qui parle r’lyehen, la langue des Grands Anciens. L’homme, amnésique, est horriblement mutilé.

Il s’agit en réalité de l’un des deux survivants d’une expédition scientifique maudite visant à capturer un shoggoth, une créature quasi mythique. Et lorsqu’il disparaît, enlevé par des forces occultes, il devient évident que l’affaire ne se limite pas à son cas. C’est seulement en apprenant ce qui s’est réellement passé lors de cette désastreuse expédition en Nouvelle-Angleterre que Holmes et Watson pourront mettre au jour l’effroyable vérité…

Avis :

Avec Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell, James Lovegrove réussissait de fort belle manière à amalgamer l’œuvre d’Arthur Conan Doyle à celle d’H.P. Lovecraft. Deux références intemporelles dans leur domaine, si besoin est de le préciser. Il en ressortait un ouvrage de qualité à l’ambiance non moins singulière. Par la même, ce premier tome s’avançait d’ores et déjà comme les bases d’une trilogie. Testament littéraire de John Watson à ses lecteurs. La suite n’a guère tardé à arriver pour poursuivre cette curieuse exploration dans un Londres victorien en proie à des tourments innommables. Une nouvelle enquête à la hauteur du détective et de nos attentes ?

L’auteur reprend une structure similaire à son précédent livre. À savoir, une présentation de sa part en guise de préambule, puis de celle de John Watson, pour flouer les frontières en réalité et fiction. La mise en condition est appréciable, mais, pour ceux et celles ayant parcouru le premier tome, elle n’est guère surprenante. Toujours est-il que James Lovegrove respecte son format pour donner l’illusion de retrouver les ultimes manuscrits du docteur Watson. En revanche, le bond narratif présent entre les deux histoires est un peu plus surprenant. Il s’est écoulé une quinzaine d’années pour que l’on se retrouve plongé en 1895. Les amateurs du canon holmésien remarqueront que cette année n’est guère anodine puisqu’elle succède au grand hiatus.

En l’occurrence, on retrouve la volonté d’Arthur Conan Doyle à s’écarter de son personnage. Ici, la fin des aventures littéraires tient à la demande explicite du détective à l’égard de Watson. Ce point reste essentiel, car il permet de mettre en avant la fragilité psychologique de Holmes. État de fatigue extrême principalement dû à son combat contre des forces indicibles. Pour autant, on note de nombreuses références et hommages à des récits tels que Le Signe des quatre, L’Aventure du pied du diable ou encore Le Chien des Baskerville. Les allusions sont explicites et néanmoins subtiles dans le sens où la fiction se gausse d’autres histoires et de la réalité elle-même.

Si les premiers chapitres laissent augurer un mélange des genres toujours aussi appréciables, l’enquête initiale progresse en scindant la partie investigation et les considérations fantastiques qu’elle emprunte. Petit à petit, ces deux éléments se délitent dans une répartition moins homogène que ce qui a pu être constaté dans le tome précédent. Le sens de l’observation et le travail de déduction du détective font pourtant leur office pour rendre l’ensemble assez sophistiqué. Ce qui l’est moins en revanche se trouve dans les aboutissants, ainsi que dans le rôle passif du docteur Watson, davantage relégué à un témoin étranger aux événements qu’à un protagoniste à part entière. D’ailleurs, il semble toujours pâtir d’une compréhension tardive des faits.

De même, le choix de couper court à mi-chemin par l’intégration d’un journal de bord casse le rythme de base. Cette seconde partie conséquente concentre la majorité des références lovecraftiennes par le biais d’un voyage le long du Miskatonic. Le récit d’aventures n’est guère déplaisant et permet de donner du liant entre deux positions géographiques aux antipodes (même si les Grands Anciens ne sauraient souffrir de considérations spatio-temporelles). On suit le cours de cette odyssée sans pour autant se départir du sentiment qu’elle fait office de remplissage pour prolonger l’histoire et lui offrir une épaisseur raisonnable. Quant au dénouement, les explications sont moins convaincantes et surprenantes qu’escomptées.

Au final, Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic se révèle un ouvrage sympathique si l’on apprécie les univers respectifs d’H.P. Lovecraft et d’Arthur Conan Doyle. Pour ne rien gâcher, il s’avère parfaitement intelligible pour ceux et celles qui n’ont pas parcouru son prédécesseur. Mais c’est ce même ouvrage qui tend à lui faire de l’ombre. Les idées sont présentes, tout comme la cohérence. Cependant, l’enquête se heurte à des errances qui tiennent autant à l’évolution des événements qu’à la structure du récit. Celui-ci a beau rester dynamique, sa seconde partie donne presque lieu à une nouvelle histoire. Pourtant, l’ensemble fournit des détails essentiels à sa bonne compréhension. Il n’en demeure pas moins une incursion moins percutante et intuitive que le premier volume.

Note : 14/20

Par Dante

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