La Vampire

Titre Original : A Fool There Was

De: Frank Powell

Avec Theda Bara, Edward José, Mabel Frenyear, Runa Hodges

Année: 1915

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

John Schuyler, riche diplomate, est un époux et un père de famille dévoué. Il est envoyé en Angleterre afin d’effectuer une mission diplomatique sans sa femme et sa fille. Sur le bateau il rencontre le « Vampire », une femme séduisant les hommes et les abandonnant après avoir ruiné leur existence.

Complètement sous l’emprise de cette femme, il perd son emploi et abandonne sa famille. Toutes les tentatives déployées par ses proches pour le faire revenir dans le droit chemin échouent. Et la vie de l’« idiot » se dégrade de plus en plus…

Avis :

Si l’histoire du Septième art est jalonnée d’époques et de périodes propices à un style ou un courant artistique, le cinéma expressionniste ne constitue pas uniquement son prologue. Des premiers courts-métrages à la montée en puissance des studios hollywoodiens, les films muets sont autant appréciés pour avoir fourni des chefs d’œuvres intemporels que pour leur aspect expérimental. En parallèle du travail sur la mise en scène et de la création progressive des genres, de véritables mythes ont émergé de cette nouvelle forme d’art. Parmi les plus emblématiques, on retrouve celui de la femme fatale. Celle pour qui les hommes se consument d’une passion dévorante au mépris de toute considération.

Contrairement à ce que le titre laisse augurer, La Vampire ne s’attarde pas sur les créatures de la nuit. L’analogie tient au fait que le personnage interprété par Theda Bara se nourrit au sens figuré de l’énergie vitale de ses amants. Par ailleurs, le terme « vamp » est un dérivé de vampire et trouve son origine avec le film de Frank Powell. Pourtant, les allusions au mythe véhiculé par Bram Stoker surgissent de temps à autre. Son comportement et cette exclusivité presque maladive se rapprochent de l’arrivée de Jonathan Harker au château du comte Dracula où il se retrouve aux prises avec des goules aguicheuses. Mais c’est surtout le poème de Rudyard Kipling (sorti en 1897, tout comme Dracula) et le tableau de Philip Burne-Jones qui sont les principales inspirations du présent métrage.

Du chantage affectif à la possessivité, en passant par l’isolement de la « victime » consentante, elle emprunte les atours de son modèle légendaire, mais dans un cadre réaliste, empreint de manipulations. Le charme opère et, au lieu d’une atmosphère nimbée de surnaturel, on voit se succéder des figures contemporaines en pleine révolution des mœurs. Alors que la Première Guerre mondiale bat son plein en Europe, le film de Frank Powell s’avance comme le reflet des élans d’émancipation de la femme outre-Atlantique. On pense au combat des suffragettes pour le droit de vote, mais aussi à la place de ses dernières au sein de la société.

Certes, le personnage de Theda Bara, dont c’est ici l’un des premiers rôles et l’un de ses rares métrages à avoir survécu jusqu’à nos jours, va à l’encontre des convictions féministes. La fascination qu’elle exerce sur ses amants et ses motivations intéressées la rendent antipathique. Entre vénalité et veulerie, elle ébranle l’idée du couple communément admis et le sens d’une relation amoureuse, car les sentiments sont à la fois dénigrés et bafoués. En ce sens, on notera également que les valeurs propres à la fidélité et à la famille sont mises à mal. De même, l’infidélité présente une conséquence « inattendue » par le rejet social de ses pairs. L’adultère se rapprochait alors davantage d’un crime que d’une morale douteuse.

Le paradoxe tient à ce que le public a retenu majoritairement la carrière de Theda Bara pour cette composition déstabilisante, car elle se trouve aux antipodes du véritable caractère de l’actrice. Une image qu’elle aura entretenue plus ou moins régulièrement, faisant d’elle l’un des premiers sex-symbols de l’histoire du cinéma. Son interprétation de Cléopâtre pour le film de J. Gordon Edwards (La Reine des Césars) ayant aussi largement contribué à sa notoriété et son statut de femme fatale, croqueuse d’hommes dénuée de remords.

Au final, La Vampire demeure une pièce essentielle de la période expressionniste. L’inéluctabilité des situations s’accompagne d’un désespoir latent, non du fait d’un amour impossible, mais d’un amour biaisé par des motivations vénales et égoïstes. Avec La Vampire, l’une des premières productions de la Fox Film Corporation, Frank Powell fait naître un mythe. Pas celui d’une créature aux dents longues, mais celui d’une prédatrice d’un tout autre genre et tout aussi redoutable. La sensualité de Theda Bara ne tient pas à la mise en valeur de ses atours physiques, mais à la suggestion. Une subtilité qui permet de mieux crédibiliser la perte des hommes qui tombent entre ses griffes, déstabilisés entre le contraste de ses charmes et de son caractère. Une figure du cinéma mémorable qui dispose également d’une réplique culte : « Embrasse-moi idiot ».

Note : 16/20

Par Dante

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