The Golem

De : Doron et Yoav Paz

Avec Hani Furstenberg, Ishai Golan, Brynie Furstenberg, Lenny Ravich

Année : 2019

Pays : Israël

Genre : Horreur

Résumé :

Une femme dans une communauté juive fervente, assiégée par des envahisseurs étrangers, croit que les Juifs les ont maudits avec la peste. Pour protéger son village, elle invoque une créature à l’image de son enfant décédé, ce qui s’avère être plus dangereux qu’elle ne l’aurait jamais imaginé…

Avis :

Faire des films entre frères est devenu monnaie courante dans le cinéma. Si on connait extrêmement bien les frères Coen ou encore les frères Russo, d’autres fratries essayent de tirer la couverture à eux. On peut penser aux Butchers Brothers ou encore aux frères Paz. D’origine israélite, les deux frangins ont à leur actif un seul film, Jeruzalem. Baignant dans l’horreur la plus basique qui soit, ce premier film fut un véritable échec à mes yeux, prenant les rails du Found-Footage sans y apporter de la nouveauté, usant de facilités et seul le cadre évoquait quelque chose d’exotique. Pensez-y, une invasion de démons dans la ville sainte de Jérusalem, on ne voit pas ça tous les jours. Mais on le sait, le documenteur caméra à l’épaule est une étape un peu facile quand on fait un premier film. Le budget étant minime, il faut se faire connaître en faisant des économies de bout de chandelle. Maintenant que le film a plutôt bien marché et qu’une suite est en préparation, les deux frères reviennent avec The Golem, s’éloignant volontairement du found-footage pour réaliser quelque chose de plus classique, mais aussi de plus profond.

Le film se déroule en 1673 en Lituanie, au sein d’une petite ville juive où tout se déroule pour le mieux. La ferveur des croyances fait que le village est épargné par la peste qui envahit tout le pays. Dans ce petit village, on va suivre une jeune femme qui est très attirée par les arts occultes et notamment la création d’un golem. Un beau jour, des habitants du village voisin, catholiques, sèment le chaos en ramenant la fille du chef atteinte par la peste. Persuadé que les juifs sont responsables de son malheur, le chef chrétien déclare que si sa fille n’est pas soignée du mal qui la ronge, il réduira le village en cendres. Dès lors, l’héroïne s’empresse de créer un golem pour protéger le village, faisant alors fi des menaces des hommes. Dans son scénario, The Golem est très ancré dans la religion juive. On peut même y voir une sorte d’hagiographie par rapport aux catholiques et cela peut paraître un poil gênant. C’est-à-dire que les juifs sont les gentils de l’histoire, épargnés par la maladie et surtout ne cédant jamais aux vices et à la luxure (les hommes résistent aux avances des femmes qui ne sont pas les leurs), alors qu’à côté, les catholiques sont les démons sanguinaires qui tuent et violent à tour de bras. Cette vision est assez biaisée par les origines même des réalisateurs qui n’arrivent jamais à contraster leur propos.

Néanmoins, on ne peut renier l’aspect féministe de la chose. La thématique a le vent en poupe et The Golem n’échappe pas à la règle de la femme forte qui s’abroge des règles et qui va sauver son village plus d’une fois grâce à sa création. Si cet aspect est nuancé avec le background du personnage principal qui a du mal à faire le deuil d’un fils disparu, le film utilise quand même plusieurs aspects chers à nos amis féministes, comme une femme forte qui tient tête aux hommes, qui est courageuse et qui n’hésite pas à s’imposer quand il le faut. L’actrice principale joue d’ailleurs relativement bien, arrivant à créer de l’empathie avec le spectateur de par sa fragilité envers un passif complexe et traumatisant. Dans son fond, The Golem essaye donc de raconter des choses, d’apporter du grain à moudre au sein d’une horreur qui va mettre du temps à s’imposer, voire à s’installer tout simplement. Car si le film a bien un point faible, c’est sur sa lenteur. Si le « less is more » est un moyen d’économiser du budget, le film va abuser de cela pour tenter d’installer une ambiance délétère et brumeuse, presque gothique, mais qui ne prendra jamais vraiment. Il faut dire que les autres personnages qui gravitent autour de l’héroïne ne sont pas forcément très intéressants et que la réalisation reste assez banale.

La mise en scène pose quelques soucis aux frères Paz. Si on sent tout de même une certaine maîtrise, l’ensemble manque cruellement de charme et d’identité. Il y a un certain travail sur les lumières mais c’est assez grossier. C’est bien simple, quand on se focalise sur les juifs, la lumière est chaude et le beau temps est présent. Quand on se focalise sur les chrétiens qui arrivent avec leurs gueules enfarinées, le filtre devient grisâtre, la pluie est souvent de la partie et cette caractérisation est très voyante. Encore une fois, on reste dans un schéma très manichéen, même si la menace va venir d’un seul camp. Et cette menace, ce golem, ne va pas vraiment tenir toutes ses promesses. Outre sa capacité stupide à faire éclater des têtes par la pensée, l’enfant qui joue le monstre n’est pas vraiment crédible et ne suscite finalement aucune terreur. On se surprend même à rire de ses méfaits, notamment lorsqu’il démembre en hors-champ de pauvres hères. Les deux frères n’arrivent pas à trouver un juste équilibre entre la finesse d’un récit horrifique qui mise tout sur son ambiance, et l’aspect putassier d’un gore grotesque. Le mélange des deux ne marche pas vraiment et les crimes du golem seront donc des moments qui feront sortir du film de par leur côté grandguignol qui ne sied pas du tout à la volonté des frères Paz. C’est d’ailleurs bien dommage parce que dans sa globalité, le film n’est clairement pas désagréable.

Au final, The Golem est un film qui a le cul entre deux chaises et qui n’arrive pas à trouver un ton juste pour aborder ses thématiques. Long à se mettre en place mais bénéficiant d’une ambiance assez bonne, le film va malheureusement souffrir d’un côté bis lors des meurtres et des scènes gores qui sont volontairement outrancières et ne fonctionnent pas dans ce genre de film qui tente d’installer une atmosphère anxiogène. Les aspects de la maladie ne sont jamais vraiment exploités, certains personnages ne reviennent pas (comme la sœur de l’héroïne) et on sent une certaine paresse dans l’écriture des personnages secondaires, comme le mari par exemple. Bref, The Golem est loin d’être une purge, mais il reste un film d’horreur mineur, un peu trop manichéen et qui n’arrive pas à trouver un équilibre salvateur.

Note : 12/20

Par AqME

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