octobre 27, 2020

Le Rêve de Cassandre

Titre Original : Cassandra’s Dream

De : Woody Allen

Avec Colin Farrell, Ewan McGregor, Tom Wilkinson, Hayley Atwell

Année: 2007

Pays: Etats-Unis, Angleterre, France

Genre : Policier

Résumé :

Sur un coup de cœur, deux frères s’offrent un voilier qu’ils baptisent « Cassandra’s Dream ».
Une vraie folie car ni l’un ni l’autre n’ont réellement les moyens d’assumer ce signe extérieur de richesse.
Terry travaille dans un garage tandis que Ian dirige le restaurant de leurs parents.
Lorsque le premier est confronté à une importante dette de jeu et que le second s’éprend d’Angela, ambitieuse comédienne de théâtre, ils sont obligés de solliciter l’aide de leur oncle Howard qui a fait fortune en Californie.
En contrepartie de son solide coup de pouce financier, il leur demande de lui rendre un petit service.

Avis :

Pendant des décennies, Woody Allen a filmé l’amour de sa vie, New-York, au point qu’à travers tous ses films, New-York est peut-être devenu son plus beau personnage. Mais à force de filmer ses rues, ses ponts, ses avenues, ses parcs, Woody Allen donnait aussi une impression de lassitude et ses films, même si pour beaucoup se trouvaient être bons et appréciables, le réalisateur avait besoin dans sa filmographie, et plus largement pour sa carrière, d’un vent de renouveau. Et c’est comme ça qu’après « Melinda & Melinda« , Woody Allen prit l’avion direction Londres.

Alors que beaucoup pensaient ne plus pouvoir être surpris par le cinéaste, cette arrivée sur le territoire européen redonne des ailes à Woody Allen et son cinéma. « Match Point« , « Scoop » et maintenant « Le rêve de Cassandre« . Avec cette nouvelle période dans la carrière du réalisateur, Woody Allen s’essaie à des styles et des ambiances qui sont très loin de lui, et même si « Le rêve de Cassandre » va être moins marquant qu’un « Match Point« , il reste toutefois une jolie démonstration de l’envie de son réalisateur de sortir de sa zone de confort et c’est très bien ainsi.

Deux frères, sur un coup de tête, et surtout un coup de cœur, s’offrent un voilier. C’est une véritable folie, car ni l’un ni l’autre n’a vraiment les moyens de s’offrir ce bateau. Terry est garagiste, mais c’est surtout un flambeur qui traverse une sacrée période de chance aux jeux. Quant à Ian, il bosse comme comptable dans le restaurant familial tout en rêvant d’autre chose. Un jour, l’un comme l’autre se voit mis devant un choix et ils vont être obligés de demander une aide financière à leur oncle Howard, un homme fortuné. Ce que les deux frères n’avaient pas prévu, ce que pour une fois, Oncle Howard allait demander une contrepartie, et pas n’importe laquelle.

Après avoir étonné beaucoup de monde avec « Match Point » et « Scoop« , Woody Allen continue sa petite balade anglaise et réunit ni plus ni moins qu’Ewan McGregor et Colin Farrell pour un drame sombre qui va être bien plus noir que ce que l’on pouvait imaginer avec son postulat de départ.

Souvent jugé comme mineur, passant presque inaperçu, ce qui est bien dommage, car s’il est vrai que « Le rêve de Cassandre » ne fait pas partie des meilleurs films du réalisateur, il ne mérite pas non plus qu’on ne s’y intéresse pas.

« Le rêve de Cassandre« , c’est une tragédie familiale. Une tragédie sombre, brutale et injuste. Une tragédie dont il s’échapperait même quelque chose de Shakespearien tant l’histoire qu’a écrite ici Woody Allen est terrible dans tous les sens du terme.

« Le rêve de Cassandre » est un film et surtout un scénario qui a deux visages. Le premier est celui de la descente aux enfers de deux frères qui voulaient vivre plus haut que leur moyen et qui en essayant de s’en donner les moyens, vont se brûler les ailes de la pire des manières. Franchement, le final, même si on le voit arriver de loin, demeure glaçant. Puis derrière ce premier visage déjà très sombre, Woody Allen livre un autre film qui en sous-texte s’avère être une sombre critique de société. « Le rêve de Cassandre » est un film qui aborde les différentes classes de la société, c’est un film qui parle avec cynisme d’une certaine revanche sociale, en exposant des signes extérieurs de richesse, alors que ces personnages n’en ont pas les moyens. C’est un film qui parle aussi de rêve, d’avenir et d’envie de s’extirper de sa condition quitte à accepter pour cela le pire. Puis enfin, et c’est là que le film rejoint une tragédie Shakespearienne, « Le rêve de Cassandre » est un film qui parle de culpabilité et de responsabilité, deux thèmes qui précipiteront le destin de ces deux frères dans quelque chose de glaçant et de sombre. À Bien y réfléchir d’ailleurs, je me pose la question suivante, « Le rêve de Cassandre » ne serait-il pas le film le plus sombre de la carrière de Woody Allen ?

L’intrigue que nous raconte Woody Allen est donc très bonne, même si on peut lui reprocher aussi dans un sens d’être banale et surtout assez peu surprenante, puisque comme dit plus haut, une fois passé le deal proposé, on voit le final arriver à des kilomètres (mais en même temps, est-ce que cela pouvait se terminer autrement ? Et surtout avions nous l’envie que cela se termine autrement… Bref, c’est un tout autre débat). Mais là où Woody Allen surprend énormément avec ce film, c’est dans sa mise en scène. Si vous cherchiez du Woody Allen fun et excentrique, oubliez tout de suite, car « Le rêve de Cassandre » ne ressemble à aucun moment à un film de Woody Allen. En quittant New York, Woody Allen a laissé derrière lui, l’espace de plusieurs films, son style et il s’essaie à autre chose, il évolue, et fait évoluer son cinéma et là, ça donne quelque chose de très sombre, voire même quelque chose de tendu. Woody Allen prend son temps pour construire sa mise en scène, et tout tient le coup, tout fonctionne et l’on se retrouve happé par cette tragédie qui se joue devant nous.

Une tragédie qui fonctionne aussi très bien car elle est tenue par des acteurs excellentissimes. Outre les Tom Wilkinson, Hayley Atwell, Sally Hawkins, Phil Davis, Clare Higgins, « Le rêve de Cassandre« , c’est avant tout Ewan McGregor et Colin Farrell. Si le premier est très bon dans ce rôle ô combien cynique finalement, c’est surtout Colin Farrell à mille lieues de ses rôles habituels qui surprend tout le monde. L’acteur est incroyable et il est clair que le rôle de Terry est l’un des meilleurs qu’il ait eu à composer.

« Le rêve de Cassandre » est donc un bon, voire même un très bon, cru Allenien. Sombre, réaliste, cynique, critique, Woody Allen a bien fait de quitter New-York, car depuis, il a trouvé un nouveau souffle. Que ce soit dans les histoires qu’il raconte, et comment il les raconte, ce début de période européenne pour le réalisateur lui sied très bien. Mention spéciale pour l’impeccable BO de Philip Glass, là encore à des années de ce que l’on a l’habitude d’entendre dans un film de Woody Allen.

Note : 14/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.