novembre 30, 2020

L’Oeuf Dure – Brouillé

De : Rémi Lange

Avec Adriano Dafy, Magali Le Naour-Saby, Rémi Lange, Antoine Janot

Année : 2019

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Après Omelette et Les Yeux brouillés tournés avec une caméra Super 8, Rémi commence un journal filmé avec deux caméras HD. Un jour il rencontre Dino, un jeune artiste marseillais qui tombe amoureux de lui. Peu après leur rencontre, Dino annonce à Rémi qu’il veut un enfant. La difficulté est alors de trouver une femme qui accepte à la fois de leur faire un enfant… et d’être filmée, de la rencontre à l’accouchement !   

Avis :

Rémi Lange est un réalisateur que j’affectionne tout particulièrement parce qu’il y a une bonne vingtaine d’année de cela, j’étais tombé sur son premier film, « Omelette« , et que ce dernier avait été une très belle révélation et surtout dans ma construction personnelle, le film m’avait enlevé, si l’on peut dire, un poids. « Omelette » est un journal filmé où Rémi Lange, armé de sa caméra super 8, avait filmait ses réflexions face à son homosexualité et surtout, il avait filmé l’annonce de cette dernière à ses proches. Le film à l’époque avait trouvé un distributeur pour quelques salles et c’est après sa diffusion sur une chaîne télé (je ne me souviens plus laquelle) que le film avait vraiment trouvé son public et par la suite, il est même devenu culte.

Ces journaux filmés, Rémi Lange en fera encore deux, il y aura « Les Yeux Brouillés » sorti en 2000 et aujourd’hui, « L’œuf dure« . Troisième film intime du réalisateur, « L’œuf dure » est un métrage que j’ai eu du mal à trouver, puisqu’il n’est visible que dans sept salles. Rémi Lange, pour son nouveau journal intime, va alors raconter sa rencontre avec un jeune homme dont il va éperdument tomber amoureux, et par la suite, son envie de famille avec ce dernier. Vrai/faux journal, Rémi Lange a décidé cette fois d’orienter son film, afin de parler de sujets importants. « L’œuf dure » parle d’amour, de la famille, d’enfants, de désir d’enfants, et avec ces sujets il parle alors de la PMA et de la GPA et autant le dire immédiatement, ce nouveau journal est un objet de cinéma des plus déplacés, une horreur de bout en bout. Je suis ressorti de la salle catastrophé par ce que je venais d’entendre, catastrophé par cette histoire à laquelle on ne croit pas un instant (bien avant que la partie fictive s’installe, j’espère tant que ce soit fictif, et même là, c’est difficilement pardonnable) et au-delà de ça, je suis ressorti avec une terrible déception tant le film fut une expérience éprouvante.

Rémi Lange est réalisateur. Alors qu’il vient d’emménager il y a peu à Marseille pour se rapprocher de sa famille, ce matin-là, Rémi est loin de se douter que sa vie va changer quand sur un casting, il rencontre Dino, un jeune homme de dix-sept ans, bientôt dix-huit. Dino va obséder les pensées de Rémi, et quand quelques mois, celui-ci vient sonner chez lui et c’est une belle idylle qui commence. Après quelques mois d’amour, le couple décide de faire un enfant…

Emporté par de jolies critiques, et surtout emporté par l’envie de redécouvrir Rémi Lange, et surtout sa vie, « ses aventures », « L’œuf dure » était l’une de ces petites sorties discrètes qui me faisait le plus envie de cet été, et voici que je me retrouve devant un film qui va être sûrement l’un des exercices les plus difficiles que je vais avoir à chroniquer, tant je suis ressorti de la salle blessé. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver. J’ai déjà vu des films devant lesquels j’ai passé un mauvais, voire très mauvais, moment, mais jamais l’un d’entre eux ne m’aura atteint à ce point-là !

« L’œuf dure« , c’est un film qui sur le papier avait beaucoup d’éléments qui donnaient l’envie de s’y arrêter. Premièrement, c’est un nouveau journal filmé, chose que Rémi Lange n’avait pas fait depuis plus de quinze ans. Ensuite, à travers ces instants de vie, « L’œuf dure » laissait entrevoir une belle histoire d’amour et plus loin encore, il réunissait involontairement au gré de la vie de son réalisateur, tout un tas de sujets de société dont on n’a pas fini d’entendre parler dans les prochains mois.

Mais ça, c’était sur le papier, car à l’image, c’est tout autre et malheureusement le nouveau Rémi Lange bascule et s’effondre dans des discours insupportables de bout en bout. Des discours encore plus terribles quand en deuxième partie de film, le réalisateur prend la direction du faux journal intime, nous entraînant dans quelque chose de très déplacé.

Et d’ailleurs, le faux est bien celui qui ressort le plus de cette œuvre, quand j’y repense, car ici, tout sonne comme faux. Que ce soit le vrai journal intime, autant que celui qui, je l’espère, est inventé, tout sonne faux. Cette rencontre, qui aurait dû être belle, entre ces deux hommes, résonne en permanence comme intéressée par l’un des deux. On ne croit pas à cette histoire d’amour, tant le discours tenu par les deux protagonistes ne tient pas la route : « je t’aime mon chéri, mais j’aime aussi (encore plus) le film dans lequel je vais avoir un rôle ». On aurait pu alors se dire que c’est le manque de moyens par exemple, mais en aucun cas ne ressort ici la tendresse et les sentiments que « Omelette » laissait transparaître.

Ici, Rémi, comme son compagnon, sont parfaitement insupportables de narcissisme et quand ils ne s’écoutent pas parler, ils restent très fictifs dans leur position, n’arrivant pas à nous toucher. Puis alors, par la suite, le film s’aventure dans ce désir d’enfant et là, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le désir d’enfant chez les couples de femmes ou d’hommes est un sujet on ne peut plus bouillant, et d’ailleurs, à la rentrée, nous allons avoir droit à la manif pour tous, tous drapeaux sortis pour nous dire encore et toujours à quel point on n’a pas le droit d’exister, pour nous dire qu’un couple, c’est un papa et une maman, ou encore que l’homosexualité, c’est hors de France et ce n’est certainement pas avec ce genre de films qu’on va faire avancer la cause.

Si le film arrivait à être insupportable jusque-là, avec ces sujets et surtout la direction fictive qu’il prenait, « L’œuf dure » passe dans une autre catégorie. Là où la presse y voit de la drôlerie, ce n’est que caricature, moquerie, invraisemblance et surtout les discours tenus sont parfaitement inadmissibles. Exemple, Rémi au départ ne veut pas d’enfant, mais il se rend compte qu’il aime les chiens, que ça se dressent et alors il peut dresser un enfant… Autre exemple, « comme tu t’adaptes au fait que j’ai renoncé à ce film de fiction et que tu ne pourras pas jouer dedans, je m’adapte à ton désir d’enfant, le couple, c’est des concessions et de l’adaptation » … Et plus loin encore, quand le film s’aventure sur des sujets comme la PMA ou la GPA, je vous passe alors les horreurs qui vont être dites à ce propos. Des horreurs encore plus révoltantes que là, le film bascule dans le vrai/faux journal et que le réalisateur prend tout ceci à la comédie. Comédie qui est bien plus offensante que drôle !

Je ressors catastrophé et révolté de « L’œuf dure« . Je me faisais une joie de retrouver Rémi Lange, et cette séance fut un cauchemar dont seul le générique a pu en partie me libérer. Oui, je dis en partie, car malheureusement, je suis poursuivi par certains des discours tenus. Égocentrique, offensant, caricatural, déplacé, irritant, « L’œuf dure » de Rémi Lange est une aberration. Mr Lange, vous m’avez blessé et je cherche à comprendre pourquoi et je n’y arrive pas !

Note : 03/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.