décembre 5, 2020

Dragon de Glace – George R.R. Martin

Auteur : George R.R. Martin

Editeur : ActuSF

Genre : Fantasy

Résumé :

« D’un blanc cristallin, ce blanc dur et froid, presque bleu, le dragon de glace était couvert de givre ; quand il se déplaçait, sa peau se craquelait telle la croûte de neige sous les bottes d’un marcheur et des paillettes de glace en tombaient. Il avait des yeux clairs, profonds, glacés. Il avait des glaçons pour dents, trois rangées de lances inégales, blanches dans la caverne bleue de sa bouche. S’il battait des ailes, la bise se levait, la neige voltigeait, tourbillonnait, le monde se recroquevillait, frissonnait. S’il ouvrait sa vaste gueule pour souffler, il n’en jaillissait pas le feu à la puanteur sulfureuse des dragons inférieurs. La dragon de glace soufflait du froid. »

Avis :

Dragon de glace est un autre recueil de nouvelles du célèbre écrivain George R. R. Martin, le père de la série Le trône de fer. De nouveau, comme pour Nightflyers, un autre recueil dont la critique est également présente sur le site, l’auteur nous prouve qu’il peut aussi bien écrire des romans que des textes plus courts, en nous faisant voyager tout autant et en mettant en place de forts suspenses et des intrigues toutes plus incroyables les unes que les autres.

Il est indubitable que la nouvelle Dragon de glace renvoie à des inspirations dont il s’est servi pour Le trône de fer, notamment avec l’héroïne principale, une petite fille à la peau bleue qui rappelle les marcheurs blancs. Bien qu’elle soit celle mise en valeur dans ce recueil, elle n’est pas la plus passionnante, ni la plus étonnante, ni la plus longue. Cependant, elle se déroule dans un univers qui nous parle et qui nous transporte. La mise en scène de dragons impressionne irrémédiablement.

Dragon de glace comporte quatre nouvelles que l’on pourrait classer en deux catégories : deux récits se déroulant dans des univers imaginaires et deux autres, un peu plus terre à terre, mais empreints de facéties fantastiques, dont on sait l’auteur attaché. Ces deux dernières perturbent bien plus que les autres, particulièrement celle qui met en scène un écrivain torturé, davantage attaché à ses œuvres qu’à sa vie quotidienne. Dans Portrait de famille, le lecteur suit un homme plutôt perdu que sa fille vient d’abandonner. Elle ne supportait plus qu’il vive à travers ses romans et qu’il ne se soucie pas d’elle. Serait-ce une critique du métier d’écrivain et de ses dérives, ou l’auteur dépeindrait-il ses propres souffrances et sa propre vie ?

Portrait de famille est une nouvelle qui choque. Petit à petit, le lecteur découvre pourquoi la fille de l’écrivain lui en voulait tant, notamment via des bribes d’informations que l’on grapille ici ou là, lors de flash-backs ou lors des péripéties fantasques du héros. Ces informations sont habilement utilisées pour orienter nos pensées dans des directions perturbantes et politiquement incorrectes. Une fois la fin survenue avec ses explications, ces pistes s’avèrent caduques et l’on se rend compte que l’auteur s’est joué de nous avec talent. La chute est grandiose et marque une fin détonante à cette série d’histoires. Portrait de famille est une nouvelle qui perturbe, qui s’amuse à nous tromper constamment, sans que l’on puisse véritablement discerner le vrai du faux, et qui donne des pistes intéressantes de réflexion sur le métier d’écrivain. Comment faire la part des choses entre le réel et le fictif quand la frontière ne fait que s’amincir ?

L’Homme en forme de poire est une histoire bien étrange dans son déroulé et dans sa conclusion. Quelque peu perchée, l’intrigue navigue sur un suspense bien ficelé, qui nous pousse à aller au bout pour comprendre pourquoi l’héroïne est complètement perturbée par cet homme bizarre, à la forme particulière et aux habitudes de vie étonnantes. Qui est-il et qu’a-t-il de si spécial pour qu’elle s’y intéresse ? On suit cette jeune fille sur les nerfs, qui vient d’emménager et qui est obsédée par ce voisin singulier. Ses amis la croient folle. Tout le reste de l’immeuble ne se préoccupe pas du tout de cet homme, et ce décalage amène des situations cocasses. Tel un thriller, l’histoire est très rythmée, se partageant entre rêves et réalité, suivi psychologique et scènes dérangeantes. L’enquête de la jeune fille aboutit plus ou moins et manque d’explications sur la fin. L’auteur laisse le lecteur libre de s’imaginer le pourquoi et le comment de ce qui s’est passé et nous laisse sur notre faim.

Dans les contrées perdues est une nouvelle qui se déroule dans un monde imaginaire. Elle est passionnante grâce à des personnages aux multiples facettes et à des rebondissements inattendus. L’héroïne principale est intrigante et a de nombreux mystères à cacher. Le récit met en scène des animaux terrifiants et prend les allures d’un conte, avec un semblant de morale qui se dépeint sur les dernières lignes. Le rythme est satisfaisant bien que le milieu soit très lent et que l’on perde quelque peu l’essence de l’intrigue et sa fraîcheur du début. En effet, l’héroïne part dans les contrées perdues, une région désolée, à la recherche d’ingrédients pour ces sortilèges, et son voyage est plutôt long, avec des descriptions de paysages et de sensations qui s’éternisent. On a l’impression d’une histoire de princesse quelque peu sordide, et le tout est bien mené, avec une chute attendue mais satisfaisante.

Enfin, Dragon de glace est une nouvelle apaisante, qui nous fait voyager à travers le regard attendrissant d’une fillette qui adore son dragon des neiges. L’univers qui entoure cette histoire est complexe, riche et bien développé. Les conflits politiques sont mis en avant, ainsi que les scènes de bataille, décrites sans fioritures et mettant en avant des héros ailés impressionnants. La nouvelle se termine bien vite alors que le lecteur aurait aimé une suite, tant l’atmosphère et le monde étaient prenants. La fin déçoit quelque peu.

Chaque nouvelle est captivante pour des critères variés. Le lecteur voyage entre conte, thriller, fantastique et fantaisie avec joie, grâce à des récits simples mais riches, et une écriture fluide qui ne s’éparpille pas. George R. R. Martin est un conteur comme on les aime.

Note : 17,5/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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