octobre 28, 2020

Yakuza Apocalypse

Titre Original : Gokudou Daisenso

De : Takashi Miike

Avec Lily Franky, Hayato Ichihara, Denden, Yoshiyuki Morishita

Année: 2016

Pays: Japon

Genre: Action, Comédie

Résumé :

Kamiura est un chef yakuza légendaire. On dit qu’il est immortel, en fait, c’est un vampire, un chef yakuza vampire ! Kageyama est le plus fidèle membre de son clan, mais les autres yakuzas se moquent de lui : sa peau est trop sensible pour être tatouée. Un jour, des hommes arrivent de l’étranger et lui délivrent un ultimatum : Kamiura doit retourner à un syndicat du crime international qu’il a quitté ou mourir. Kamiura refuse et son corps est démembré au terme d’une bagarre féroce. Avant de mourir, Kamiura arrive à mordre Kageyama, lui transmettant ses pouvoirs. A son réveil, Kageyama va se servir de ces pouvoirs pour venger la mort de son chef et combattre ce syndicat international du crime.

Avis :

Takashi Miike est un réalisateur ultra prolifique. Il n’a pas moins de 70 films à son actif et il n’est pas rare que le type sorte deux films par an. Néanmoins, ce stakhanovisme n’est pas toujours de bonne augure, surtout quand on sait que quantité ne rime pas forcément avec qualité. Pourtant, à la fin des années 90 et au début des années 2000, Miike frappe fort dans le domaine de l’horreur avec notamment Audition, puis dans le thriller avec Ichi the Killer. Deux films qui font faire que Miike rentre dans le panthéon des rois de l’horreur, s’octroyant même le droit de participer à l’anthologie des Masters of Horror aux côtés de John Carpenter, Tobe Hooper ou encore Dario Argento. Quand il aborde les années 2010, Takashi Miike se dirige doucement mais sûrement vers l’adaptation de mangas et rentre dans une phase de délire hallucinogène, offrant aux spectateurs des ovnis quasiment incompréhensibles. Yakuza Apocalypse est là pour en attester, tant le film est un grand élan de n’importe quoi.

Le scénario part sur des bases assez simples avec un yakuza qui fait régner l’ordre dans son quartier, avec quelques hommes de main. Le film présente alors quelqu’un de bon, qui règle les problèmes des simples citoyens, même ceux qui ont de grosses difficultés d’argent. Seul ombre au tableau, cet homme possède un bar avec au sous-sol des prisonniers qui se font plus ou moins torturer. On va vite apprendre que ce chef de clan est un vampire et qu’à sa mort, il va conférer ses pouvoirs à son plus fidèle disciple, le vrai héros du film. Ce dernier va alors jurer de venger la mort de son chef. Jusque-là, le film reste assez compréhensible, mais plus on va avancer dans l’histoire, plus Yakuza Apocalypse va s’obscurcir pour devenir une grosse blague potache où Miike accumule ses délires régressifs. C’est bien simple, on ne saura plus où donner de la tête tellement ça part dans tous les sens et le montage n’aide pas à la compréhension. D’un côté, on aura le héros qui devient vampire, propageant sans le vouloir le virus et créant ainsi une horde de vampires yakuzas, et de l’autre, on aura le syndicat du crime, porté par un Kappa et qui annonce la venue d’un être d’exception, d’un kaiju, qui ne sera en fait qu’un homme bizarre dans un costume de grenouille. Oui, le film part très loin.

Il part tellement loin que l’on peut facilement lâcher l’affaire au bout d’un moment. C’est-à-dire que le film devient une sorte d’accumulation de sketches qui n’ont pas vraiment de sens, avec des personnages qui sont tout, sauf attachants. Le héros tire toujours la gueule, fait cuire un œuf dans sa main, puis termine le film avec un duel de coups de poing dans la tronche. Certains yakuzas sont tournés en ridicule et ne servent à rien, sauf à faire venir un camion de forain armé de gatlings à la fin du film, mais on ne sait pas d’où tout cela sort. L’un des grands méchants est donc dans un costume de grenouille qui paralyse les gens avec son regard. Une femme yakuza entend des gouttes dans sa tête et d’un coup, du lait en sort et elle va cultiver des enfants. Bref, c’est un bordel sans nom, qui n’a ni queue ni tête et qui peut assurément dérouter plus d’une personne. On se demande à chaque fois dans quel délire le réalisateur va nous amener. Alors des fois, ça fonctionne, on se met à rire de bon cœur devant la niaiserie de certaines séquences (il suffit de voir le décollage à la grenade de l’homme grenouille), mais le plus souvent, on ne sait pas comment réagir et on ne sait pas si c’est fait exprès.

Il en va de même pour le fond du film, pour son message. On se demande s’il en a un et parfois, on a des fulgurances, des échos sur une réalité qui dérange, comme ces flics qui tapent le carton et décident de ne rien faire, laissant le champ libre aux yakuzas. Ou encore cette volonté de cultiver de bons enfants, attentifs, qui écoutent et sans le moindre défaut, un peu ce que veut la société nippone avec ses jeunes concitoyens. On sent qu’il y a une volonté de mettre du cynisme dans ce métrage pour se moquer gentiment d’une société un peu trop aseptisée, qui va à contre-courant de l’imagerie de ce film. Miike se moque aussi des films de Kaiju Eiga avec des effets spéciaux très mal foutus ou encore des films gores en rajoutant du sang à outrance où en filmant une séquence de décapitation à mains nues de la plus dure des façons. Bref, il y a à boire et à manger dans ce film, mais c’est la déception qui prime. C’est la déception qui va gagner du terrain face à ce jeu d’enfant terrible du septième art qui ne se plie à aucune règle, quitte à faire carrément n’importe quoi. On se sent floué par ce film qui ne raconte finalement pas grand-chose et par cette mise en scène épileptique, usante au bout d’un moment.

Au final, Yakuza Apocalypse est un film qui ne se laisse pas apprivoiser si facilement. Les codes sont tellement peu respectés, Miike fait tellement ce qu’il a envie de faire qu’on reste un peu en dehors de ce métrage. Certes, c’est généreux, parfois drôle et très souvent inventif, mais ça reste un film vain dans le fond et trop barré sur la forme pour remporter une totale adhésion. On sent la bonne humeur du cinéaste, on sent son talent, mais tout cela manque vraiment de sérieux, et c’est dommage.

Note : 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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