Asphodèle

Auteurs : Eric Corbeyran, Richard Guérineau et Djillali Defali

Editeur : Delcourt

Genre : Thriller/Fantastique

Résumé :

L’argent peut tout. C’est ce qu’on dit. C’est ce qu’on pense. Mais à quoi sert l’argent lorsque votre vie est menacée par un adversaire qui n’a ni visage ni corps ? Malgré leur puissance et leur fortune, Peter Preston, Hugh Sizemore et Michael Towers sont les jouets d’une force terrifiante qui semble surgir tout droit d’un monde de ténèbres. Pour s’en débarrasser, ils font appel à Asphodèle, une sorcière d’aujourd’hui. Elle ne porte ni chapeau pointu ni baguette magique. Ses best-sellers de vulgarisation se vendent à travers le monde entier. Et ses pouvoirs sont, parait-il, sans limite…

Avis :

Parmi les scénaristes du neuvième art les plus connus, Eric Corbeyran s’inscrit dans les têtes de liste, aussi bien pour sa qualité que pour sa capacité à fournir des œuvres chaque année, avec près de 180 albums à son actif. Travailleur acharné et curieux de tout ce qui l’entoure (ou pas), le scénariste connait son heure de gloire à la fin des années 90 avec Le Chant des Stryges. Thriller ésotérique avec des anges déchus qui glissent des saloperies à l’oreille des hommes, l’univers des stryges va s’étendre sur plusieurs séries, comme Le Maître du Jeu ou encore Le Clan des Chimères. A l’aube des années 2000, les stryges ont encore le vent en poupe et ils vont s’insérer dans diverses séries, comme par exemple Asphodèle qui nous intéresse aujourd’hui. Créée en 2003 avec Djillali Defali aux dessins, Asphodèle tente de mêler habilement thriller et horreur autour d’une sorcière moderne qui va devoir aider des millionnaires à se sortir d’une menace invisible. Si le succès fut au rendez-vous sur le premier diptyque, ce ne fut pas le cas pour les deux autres albums, formant une histoire entière avec un ange noir dedans. Et alors qu’à l’époque Delcourt avait prévu de sortir encore six tomes et que La Loi des 12 Tables va faire son apparition, remettant en scène Asphodèle, qu’en est-il vraiment de ce léger échec ?

Cette série se détermine en deux temps, puisqu’il s’agit-là de deux histoires se complétant en deux tomes. Ainsi donc, on trouvera une première histoire avec les deux premiers tomes où notre sorcière sexy va devoir aider trois hommes à se sortir d’une menace invisible et puissante. Pour se faire, elle va tenter de comprendre qui les attaque et pourquoi. On nage en plein délire ésotérique avec monde des esprits, quelques mystères autour de la sorcière et un univers qui demande à s’étendre, notamment quand on aborde le monde des esprits. Le deuxième diptyque est assez différent, puisqu’il prend place avant la première histoire, approfondit les origines d’Asphodèle et livre un semblant d’enquête qui ne sera finalement qu’un ajout pas forcément intéressant pour enrober un background qui finalement ne servira à rien, Asphodèle revenant par la suite dans La Loi des 12 Tables, mais pas dans sa propre série. Et c’est bien là toute la déception de cette série qui promettait beaucoup de choses, dont une héroïne badass à l’histoire intéressante, mais qui ne servira à rien, à cause de quelques poncifs du genre amenés trop rapidement, la faute aux 48 pages imposées.

Car oui, il manque vraiment du fond à Asphodèle. Il lui manque de l’ampleur, de l’espace pour creuser un passif lourd et un imaginaire débridé. La loi des 48 planches ne sied pas vraiment à l’horreur, sauf si on étend l’aventure sur plusieurs tomes, et ce n’est pas ce qui était voulu ici. On se retrouve donc avec une héroïne qui dit tout et son contraire en quelques planches, ne voulant pas aider à cause d’une grande peur, mais qui finalement accepte à cause d’une prise d’otage d’une personne à laquelle elle ne tient pas vraiment. On perçoit aussi une femme qui est attirée par l’argent alors que déontologiquement, elle ne devrait pas accepter de jouer avec les esprits pour de l’argent. On retrouve plein de défauts d’écriture dans les deux histoires avec des changements d’avis et de points de vue qui n’ont pas vraiment de sens. C’est assez triste de dire cela, mais il manque du liant entre certaines planches et le dynamisme voulu par le scénariste et le dessinateur, avec des cases très punchy, une ambiance très polar qui peut faire penser aux Rivières Pourpres par exemple. Tout va trop vite, le coup des quatre étudiants qui butent un sorcier et qui savent exactement comment l’assassiner en le décapitant et le démembrant, tout cela ne tient pas vraiment la route. Encore une fois, il manque des éléments pour que l’on croie en ces personnages qui sont, au final, assez vide, surtout les trois millionnaires qui ne sont que des clichés sur pattes.

Et puis il y a Asphodèle. Si l’héroïne en elle-même est très intéressante et peut susciter des envies d’extension d’univers, elle reste tout de même assez fade dans sa propre série. Oui, elle est sexy, elle est belle, elle raconte son histoire avec son père qui n’est autre que le diable en personne, mais on ne sait pas grand-chose des intentions de son père et encore moins de sa bataille qu’elle doit livrer contre lui. Le coup de la stryge dans le deuxième diptyque n’est qu’une machination pour piéger Asphodèle et on sent presque le récit forcé avec un petit ami débile et faible pour lequel, finalement, elle n’aura que faire sur la fin. Là aussi, les émotions vont trop vite, passant d’un état à l’autre sans trop de remords ou de regret et cela en devient incohérent, à l’instar des quatre planches successives qui ne sont pas raccord et qui interpelle le lecteur avant une pseudo explication qui tient plus de la note d’intention que du véritable nœud du problème. Il est bien dommage que la série n’arrive pas à sortir de son carcan de série Z pour proposer quelque chose de véritablement intéressant et n’explore pas plus le monde des esprits. Fort heureusement, les couleurs chatoyantes des deux premiers tomes et plus ternes dans les suivants confèrent une aura particulière à l’ambiance assez désespérée et les dessins sont plutôt agréables, même si on restera dubitatif sur certains visages, parfois grotesques en fonction de leur position.

Au final, Asphodèle est une série qui n’est pas désagréable mais qui manque d’un peu de tout. Si l’ambiance est le point fort, pour le reste, on repassera. L’intrigue manque de profondeur, les personnages sont bien souvent détestables et les dessins, bien que réussis dans leur globalité, sont quelques fois hasardeux. On a connu Eric Corbeyran plus inspiré et on ne peut que comprendre le désintérêt progressif de la série de la part des lecteurs, qui en attendait autre chose, comme une plongée horrifique ou un thriller plus terre à terre. Un coup d’épée dans l’eau donc.

Note : 11/20

Par AqME

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