Yuli

De : Iciar Bollain

Avec Carlos Acosta, Santiago Alfonso, Kevyin Martinez, Edilson Manuel Olvera

Année : 2019

Pays : Espagne

Genre : Biopic

Résumé :

L’incroyable destin de Carlos Acosta, danseur étoile, des rues de Cuba au Royal Ballet de Londres.

Avis :

Icíar Bollaín est une actrice, écrivaine et réalisatrice espagnole dont on parle peu et c’est bien dommage, car le cinéma de cette femme est très loin d’être inintéressant, c’est même tout le contraire. Icíar Bollaín commence dans les années 80 comme comédienne, mais c’est au milieu des années 90, après notamment avoir tourné pour Ken Loach, que sa carrière prend un tout autre tournant. En 1995, elle tourne son premier long-métrage, « Coucou tu es seule ?« . Depuis, Icíar Bollaín a tourné sept films, dont le très remarqué « Même la pluie« . Trois ans après « L’olivier« , un joli film qui explorait l’amour de la famille, la réalisatrice nous revient cette année avec un biopic sur le danseur Carlos Acosta qui a conquis le monde de la danse, alors que ce dernier était loin de lui ouvrir les bras.

Si la réalisatrice nous envoûte et nous touche en nous faisant découvrir un homme, un parcours et une histoire hors du commun, « Yuli » est surtout un film passionnant, qui résonne comme parfait au fur et à mesure que ce dernier nous livre ses secrets, ses ambitions et ses amours. On en prend plein les yeux, plein les oreilles, plein les émotions et le moment passé en compagnie de ces personnages est bien trop court. Bref, « Yuli« , c’est le coup d’amour inattendu de ce mois de Juillet 2019.

Carlos, dix ans, aime son île, Cuba, sa famille, et sa vie sur place. Il veut être footballeur, mais ce n’est pas du goût de son père qui veut le voir en danseur étoile. Son père le sait, le gamin est bourré de talent et conquerra le monde. Si le jeune Carlos est doué et qu’il le sait, il a bien du mal à se plier à la volonté de cet homme qu’il aime autant qu’il finit par le détester. Pourtant, malgré cet amour/haine pour la danse classique, très vite, le jeune Carlos va s’imposer, se révéler et finalement, comme son père l’avait dit, il va conquérir le monde.

Réalisatrice aux commandes et Paul Laverty à l’écriture (scénariste de Ken Loach en autre), « Yuli » est un film qu’on compare à « Billy Elliott » et ayant un amour indéfectible pour le film de Stephen Daldry, j’avais envie de voir le pourquoi de ces comparaisons. Clairement, si les deux films parlent d’un gamin qui danse, la comparaison s’arrêtera-là, tant les deux métrages n’ont pas grand-chose en commun et si le film d’Icíar Bollaín n’atteint pas les sommets de Daldry, on peut dire qu’il n’en est pas loin et mieux encore, il finit par s’imposer comme le plus beau et peut-être même le meilleur film de sa cinéaste.

« Yuli« , c’est une fresque d’une heure quarante-cinq qui va raconter presque cinquante ans de la vie d’un homme. « Yuli« , c’est le juste équilibre entre l’écriture et la mise en scène. C’est le juste équilibre entre l’intrigue et l’image. Jamais Icíar Bollaín n’a été autant ambitieuse et originale dans sa mise en scène et au-delà de ça, dans son envie de raconter une histoire, très classique au demeurant, de manière totalement originale.

Le scénario de Laverty est superbe! « Yuli » est un film qui nous raconte un parcours certes, mais qui va bien plus loin que ça, car « Yuli« , c’est surtout un film qui nous raconte un homme, un enfant et un jeune adulte. Passionnant de bout en bout, Icíar Bollaín peint un portrait des plus compliqués, racontant un homme qui aime autant qu’il a pu détester son métier. Si dans « Billy Elliott« , on se retrouvait à suivre un gamin qui demandait à être danseur, le cachant à son père qui le refusait, ici, c’est l’inverse, « Yuli » peignant le portrait d’un enfant qui sait danser, mais dont il n’a aucun envie d’en faire son métier. Un enfant qu’on oblige et cet amour/haine pour la danse va le suivre une très grande partie de sa vie et Icíar Bollaín sait admirablement mettre cette dualité et cette souffrance à l’écran. De plus, le scénario nous racontera aussi le Cuba des années 80. Si Icíar Bollaín peint un portrait, son film porte plus loin et trouve beaucoup de richesses en sous texte, la vie sur l’île, la famille, l’effort, le travail, la persévérance, le regard et les espoirs de tout un pays sur les épaules d’un homme, l’éloignement, la vie en dehors de Cuba, l’idéalisation de cette vie en dehors de l’ile et la réalité. Bref, le film d’Icíar Bollaín est d’une très grande richesse que la réalisatrice sait parfaitement employer à tout moment.

Plus haut, je disais que l’on en prenait plein les yeux, car « Yuli » est un spectacle et surtout, il est d’une originalité folle. Tenant une mise en scène qui ne cesse d’évoluer, le film d’Icíar Bollaín impressionne de par ses idées. Alliant classique et originalité, passant d’une époque à l’autre, passant de la scène à « la vraie vie », « Yuli » est un film qui est en constante mutation. Arrivant à capturer l’ambiance de Cuba à la fin des années 80, on sera tout aussi impressionné quand la réalisatrice décide de raconter de manière très subtile le temps qui passe ou simplement des actions à travers des spectacles de danse, imaginé par le vrai Carlos Acosta qui tient son propre rôle dans le film. Si la cinéaste s’approche au plus près de son personnage dans ses émotions, et plus largement dans son parcours, elle s’approche aussi au plus près des corps, quand elle décide de s’arrêter sur la danse même. Icíar Bollaín met en scène de véritables tableaux qui sont fascinants et émouvants. Il y a une grande subtilité qui se dégage de l’ensemble. « Yuli » est un film esthétique, allant au fond des choses, tout en sachant aussi rester pudique, et c’est ce juste équilibre entre tout qui fait sa force et sa beauté. On notera pour accompagner l’ensemble les sublimes notes de l’ami Alberto Iglesias qui décidément se démarque comme le meilleur compositeur d’Espagne.

Enfin, si toute la mise en scène et l’écriture sont magnifiques, « Yuli« , c’est aussi des interprètes incroyables et notamment quatre comédiens qui se dégagent de l’ensemble. Premièrement, il faut saluer la composition impeccable de Santiago Alfonso qui incarne ce père autoritaire qui peu à peu va se révéler au spectateur. Mais au-delà du personnage du père, « Yuli« , c’est trois comédiens qui incarnent le même personnage à plusieurs âges de sa vie, et si le tout jeune Edilson Manuel Olvera est excellent, Kevyin Martínez est très émouvant dans la peau du jeune adulte quelque peu largué et peu sûr de lui. Quand à Carlos Acosta qui tient son propre rôle, il est tout simplement bouleversant, car au travers de ce film, des mots de Paul Laverty et des images d’Icíar Bollaín, il en ressort comme une lettre d’amour d’un homme à son pays et d’un fils à son père aujourd’hui disparu.

Bref, vous l’aurez compris, il est très difficile de ne pas être totalement et amoureusement conquis par le dernier film d’Icíar Bollaín. « Yuli » est beau, « Yuli » est puissant, « Yuli » pose de belles réflexions et peint aussi bien le portrait de son danseur que le contexte social de son île. Très esthétique, puissant dans ses images et ses scènes, Icíar Bollaín tient son spectateur de bout en bout de métrage et peu à peu « Yuli » s’impose comme l’un des plus beaux et peut-être même des plus grands films de cette année.

Note : 18/20

Par Cinéted

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