Once Upon a Time in… Hollywood – Pour l’Amour du Cinéma

De : Quentin Tarantino

Avec Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Al Pacino

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame, Comédie, Thriller

Résumé :

En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus. 

Avis :

Quentin Tarantino est un réalisateur que l’on ne présente plus tant son succès et sa fanbase sont immenses. Depuis son premier film, Reservoir Dogs, qui a coûté un tout petit plus d’un million de dollars, à sa consécration à Cannes avec Pulp Fiction, le cinéaste a rarement déçu mais a pourtant ses détracteurs. Certains jugent son cinéma trop référencé, trop long, trop prétentieux, alors que d’autres se délectent de sa plume, avec des dialogues toujours acérés et une technique hallucinante dans la mise en scène. Si on peut lui imputer un ou deux écarts de route avec notamment Boulevard de la Mort et Les 8 Salopards qui, pour le coup, sont très longs et pas forcément intéressants, Quentin Tarantino fait quasiment un sans-faute. Alors forcément, quand il annonce vouloir s’attaquer à la secte de Charles Manson et au massacre de Sharon Tate alors enceinte de huit mois, cela a de quoi attiser la curiosité et attirer le chaland. Sauf que Tarantino est un petit malin qui aime jouer avec son spectateur, et qui aime par-dessus tout le cinéma. Et Once Upon a Time in… Hollywood est un film qui parle tout d’abord de cinéma, d’une industrie à broyer de l’humain et de la déchéance d’un acteur jugé has-been et qui tente par tous les moyens de renouer avec le succès d’antan. Bref, un film qui parle d’une époque révolue avec un amour transi et passionnel pour le cinéma.

Très clairement, l’histoire de Charles Manson n’est qu’un prétexte pour parler de Sharon Tate et de son évolution trop courte dans le domaine du cinéma. C’est d’ailleurs le segment le plus court du film qui entremêle deux, voire trois histoires, simplement parce que ce qui réunit les protagonistes, c’est le cinéma et le fait qu’ils soient voisins. Ici, on va pouvoir voir Sharon Tate évoluer dans le milieu du septième art comme jeune débutante, ayant quelques petits rôles qui ne lui rendront pas forcément honneur. Sauf que Tarantino, sous ses airs de balade mélancolique, va filmer une jeune femme pleine de rêves, qui est tout simplement heureuse de vivre le moment présent, même lorsque les gens du cinéma ne la reconnaissent pas. Humble, se délectant de la joie des spectateurs qui rient lors de ses scènes, on sent un profond amour pour ce personnage qui évoque à lui seul une certaine liberté et une grosse vague nostalgique. Tarantino montre un personnage attachant, qui ne fait pourtant pas grand-chose hormis aller au cinéma et danser lors de fêtes grandiloquentes aux côtés de Steve McQueen. Mais c’est à travers ce personnage que l’on va voir une douce mélancolie, une belle nostalgie d’un cinéma aujourd’hui révolu, malheureusement.

Et le cinéma, c’est bien là le point névralgique de ce film, qui pointe du doigt les acteurs, les cascadeurs et tout ce qu’il y a autour, comme les lieux de tournage ou encore les producteurs et autres metteurs en scène. Avec Rick Dalton, le réalisateur met en avant toutes ces stars déchus de Hollywood qui ont dû partir en Europe pour tourner dans des westerns spaghetti ou des films d’espionnage à moindre coût. On pense bien évidemment à James Franciscus qui est parti tourné pour Argento (Le Chat à Neuf Queues) ou pour Enzo G. Castellari (La Mort au Large), mais aussi à d’autres célébrités hollywoodiennes qui ont fait les beaux des westerns de Sergio Corbucci ou Antonio Margheriti, tout deux cités dans le film. Des références rares et précieuses d’un cinéma dont on ne parle plus et qui fait pourtant partie de l’histoire du septième art mondial. Leonardo DiCaprio livre une prestation sans faille, à la fois touchante et drôle, d’un acteur sur le déclin, qui va essayer de résister tant bien que mal pour ne pas partir en Italie. Derrière ce personnage se cache toute une industrie qui continue d’avancer malgré les personnes, malgré les mentalités et qui laisse du monde sur le bas-côté, sans état d’âme. Tarantino, sans en faire des caisses, dépose un regard doux/amer sur une exploitation de personnes et de talents. Cela se ressentira encore plus avec Cliff Booth (incroyable Brad Pitt), cascadeur sur le déclin, fidèle et d’une grande classe, mais qui galère pour trouver du travail, à cause d’une rumeur que le réalisateur laissera volontairement floue.

Au-delà des personnages, c’est aussi l’aspect méta du film qui frappe. Le réalisateur joue constamment sur la notion de réalité ou de fiction. On ne saura jamais vraiment si on regarde la réalité ou si on regarde le tournage d’un film. Cela est flagrant lorsque DiCaprio endosse son costume de Badguy pour un western qui se veut moderne où il oublie ses répliques et demande de l’aide. Sauf que même lorsque le film veut raconter la vie de tous les jours de ses personnages, on navigue dans une ambiance délétère où rien ne semble vraiment concret et réel. Les divagations de Brad Pitt sur le toit d’une maison, les danses éthérées de Margot Robbie, les changements d’humeur de Leonardo DiCaprio, sont autant de moments ancrés dans le réel mais qui donnent l’impression d’être encore dans un autre film. Quentin Tarantino joue constamment sur la corde raide pour pointer du doigt une superficialité évidente au sein de Los Angeles. Même en dehors des films, les acteurs continuent de jouer. Cette sorte de mise en abîme est sublimée par une mise en scène précise et racée. Les plans sont souvent avec des travellings lents lorsqu’ils sont larges, avec de beaux mouvements, fixes lorsqu’il faut s’appesantir sur un visage ou encore ultra cut lorsqu’il faut raconter quelque chose de plus drôle. Cette variation évite l’ennui, mais montre aussi tout ce que le cinéma peut faire, peut inventer, pour dire quelque chose.

Et puis il y a ces changements de tons. Quentin Tarantino va constamment naviguer entre plusieurs styles de film, rendant son métrage unique. On commencera comme une comédie dans laquelle une ancienne célébrité va se faire bousculer par un producteur peu scrupuleux. On aura droit à quelques répliques cinglantes, des images « d’archives » pour alimenter l’aspect humoristique et globalement, chaque passage avec DiCaprio évoquant son passif confine à la comédie. Mais on aura aussi du drame, que ce soit avec la vie passive de Brad Pitt, ou encore avec les chamboulements émotionnels de DiCaprio. Certains plans sont bluffants, comme ce monologue de Rick dans sa caravane qui s’invective pour avoir oublié son texte en regardant un miroir qui nous regarde nous. Enfin, il y a dans ce film un long passage très stressant qui lorgne vers le thriller, voire même l’horreur. Lorsque Brad Pitt se rend dans la communauté de Charles Manson, le film prend une autre dimension. Il inquiète, grâce à sa bande-originale tout simplement parfaite, mais aussi avec sa mise en scène lente. Tarantino peaufine vraiment ce moment, comme s’il était suspendu dans le temps et on ressent cette moiteur, cette tension électrique qui pèse d’un coup sur le film. Il utilise aussi de façon maline une voix off lors de son dernier tiers, se focalisant sur Sharon Tate, alors enceinte, laissant présager l’attaque imminente de la secte. Cette voix off résonne comme une épée de Damoclès sur la tête de l’actrice et on redoute le pire, cela mettant un sentiment d’urgence et de fatalité sur ce personnage. Quant au final, il sera tout ce qu’il y a de plus Tarantino, avec une violence crue et gore qui en devient drôle.

Au final, Once Upon a Time in… Hollywood, le dernier film de Tarantino, est une excellente réussite qui n’évite pas l’écueil de la longueur (2h40 quand même), mais qui a vraiment des choses à dire. Riche, beau, tendre, émouvant, drôle et parfois dur, ce qui devrait être l’avant-dernier film de son réalisateur transpire l’amour du cinéma et surtout d’une époque révolue qu’il parle avec un révisionnisme poétique et intéressant. Plus doux que toutes ses précédentes œuvres, mais peut-être plus passionné, ce film est une lettre d’amour au septième art et aux années 60, sublimées par une photographie superbe et une bande-originale rock parfaite. Finalement, Once Upon a Time in… Hollywood n’est ni plus ni moins qu’une fable, un conte, un moment fantasmé d’un art qui aujourd’hui s’oublie et se vend au sacro-saint pognon. Et qui de mieux placé que ce cinévore de Tarantino pour parler de ça ?

Note : 19/20

Par AqME

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