L’Oeuvre Sans Auteur

Titre Original : Werk Ohne Autor

De : Florian Henckel Von Donnersmarck

Avec Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer, Saskia Rosendahl

Année: 2019

Pays: Allemagne

Genre: Drame, Thriller

Résumé :

À Dresde en 1937, le tout jeune Kurt Barnet visite, grâce à sa tante Elisabeth, l’exposition sur « l’art dégénéré » organisée par le régime nazi. Il découvre alors sa vocation de peintre. 
Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-arts, Kurt peine à s’adapter aux diktats du « réalisme socialiste ». Tandis qu’il cherche sa voix et tente d’affirmer son style, il tombe amoureux d’Ellie. Mais Kurt ignore que le père de celle-ci, le professeur Seeband, médecin influent, est lié à lui par un terrible passé.
Epris d’amour et de liberté, ils décident de passer à l’Ouest… 

Avis :

Le cas Florian Henckel von Donnersmarck est un cas bien particulier. Réalisateur allemand, le cinéaste a éclaté dès son premier film et quel premier film, puisque l’on parle de « La vie des autres« , un film puissant qui s’illumine peu à peu en chef-d’œuvre. Un film dont on ne se lasse pas. Le film avait ouvert les portes du cinéma en très gros pour son réalisateur qui a même été jusqu’à remporter un Oscar du meilleur film étranger. Florian Henckel von Donnersmarck a quelque peu attendu, puis en 2010, il présente son second film, le remake américain d »Anthony Zimmer« , baptisé « The Tourist » et là, ce fut le désastre. Passé un tournage difficile avec deux acteurs qui ne se supportaient pas, le film est une catastrophe. Une telle catastrophe que depuis, Florian Henckel von Donnersmarck n’avait plus fait de film.

Il aura alors fallu presque dix ans au réalisateur pour se remettre au travail et cette année, il revient avec un projet particulier, très particulier. Un projet dont le distributeur en France ne savait pas vraiment comment le sortir. Sorti il y a presque un an en Allemagne, « L’Œuvre sans auteur« , dans sa version originale, est une fresque de 3 h 10. Hors, 3 h 10 dans une salle de cinéma, allez savoir pourquoi, Diaphana distribution en avait peur, et ils ont donc décidé de scinder le film en deux parties qui sortent toutes deux le même jour. Étrange, très étrange et surtout, c’est un mauvais choix, car la cassure est là et on ne rêve que d’une chose, à la sortie de ces deux films en un, c’est de voir la version originale sans coupure et autre dérangement.

Bref, après cette intro beaucoup trop longue, il est temps de s’arrêter sur le retour de Florian Henckel von Donnersmarck au cinéma et c’est un retour qui fait énormément de bien. Un retour qui confirme que Florian Henckel von Donnersmarck est un grand réalisateur et un grand conteur d’histoire. « L’Œuvre sans auteur » est un bijou de cinéma et un bijou d’intrigue et ces 3 h 10 passent en une fraction de minutes. Franchement, des films comme ça, de cette dimension, de cette ambiance, on en veut toutes les semaines.

Des années 30 aux années 70, le destin de Kurt Barnet, un jeune homme qui découvre l’art grâce à sa tante qui l’emmène voir une exposition sur l’art dégénéré organisé par le régime nazi. De la chute du troisième Reich au socialisme de la RDA, et finalement sa fuite à l’ouest, le jeune Kurt se cherche et peut-être réussira-t-il à se trouver.

Neuf années, c’est ce qu’il aura fallu attendre pour revoir un film de Florian Henckel von Donnersmarck. Neuf années d’angoisse si l’on peut dire, espérant que cette expérience américaine n’ait pas dégoûté le réalisateur au point de ne plus jamais faire de film. Heureusement, le suspens a pris fin l’année dernière et voici que cette année, de façon étrange, nous pouvons nous plonger dans cette « … œuvre sans auteur« .

Je passerais donc sur la connerie de couper le film en deux, car en plus de nous sortir du film, cette coupure imaginée et faite est vraiment très mal intégrée dans l’œuvre. On sent clairement que cette coupure est là parce qu’il fallait couper le film à un moment donné et on n’a pas vraiment réfléchi à comment bien couper le film.

Pour le reste, ce retour derrière la caméra du réalisateur allemand est tout simplement merveilleux. « L’Œuvre sans auteur » est un film puissant, démesuré, c’est une fresque impeccable qui parcourt plus de trente ans de vie. C’est une fresque qui part de l’Allemagne d’avant-guerre pour aller jusque dans cette Allemagne coupée en deux. Écrit par Florian Henckel von Donnersmarck, on comprend très aisément que le réalisateur ait pris autant de temps pour revenir. Henckel von Donnersmarck a pris le temps pour écrire une intrigue complexe, juste et passionnante. « L’Œuvre sans auteur« , c’est le genre de film qu’on ne fait plus. C’est un film démesuré, qui entraîne son public dans tout un tas d’aventures, de rebondissements et de réflexions qui sont passionnantes. Aussi bien tragique que comique, aussi bien romantique que romanesque, aussi bien stressant que surprenant, Florian Henckel von Donnersmarck réussit tout ce qu’il entreprend ici. « L’Œuvre sans auteur » est un film qui parle aussi bien de la grande histoire européenne, abordant à travers ses personnages tout ce que l’on connait de l’histoire, le régime nazi, la guerre vu à travers les civils allemands, l’après-guerre, le socialisme, la traque des nazis, les tensions et les différences entre les deux Allemagnes, la construction du mur, la RDA et la RFA… Bref, comme je le disais, « L’Œuvre sans auteur » est une fresque et son réalisateur sait parfaitement comment tout raconter, sans jamais donner une impression de survoler une époque plus qu’une autre.

Puis à travers cette grande histoire, il y a la petite histoire, qui est toute aussi passionnante et belle. « L’Œuvre sans auteur« , c’est un film qui, à l’intérieur, dans son ventre, nous raconte une histoire d’amour belle, simple, évidente, magnifique et émouvante. Puis, au-delà de cette histoire d’amour, c’est aussi un film qui raconte un personnage, une quête de soi, une émancipation et la naissance d’un artiste et d’un art. Le film s’inspire très volontairement de la vie du peintre Gerhard Richter. Là encore, Florian Henckel von Donnersmarck étonne puisqu’il arrive très bien à conjuguer la grande histoire de l’Europe à la petite histoire de ces personnages, ce qui fut un sacré défi au vu de l’incroyable densité de ces dernières.

Si Florian Henckel von Donnersmarck fait des prouesses dans son écriture, il en fait tout autant dans sa mise en scène, livrant un film certes très classique, qui manquera peut-être un peu de caractère et encore, c’est histoire d’être tatillon, car finalement, le tout est d’une grande élégance et d’un raffinement hors pair. Outre la coupure mal, très mal, amenée, pour le reste, c’est beau, c’est bon, c’est prenant, ça fonctionne parfaitement et il y a même des envolées qu’on n’est pas prêt d’oublier. Le réalisateur gère aussi bien le drame que la comédie, le romantisme, l’amour, le couple, ou encore et simplement l’histoire, offrant une reconstitution parfaite à chacune de ses époques. On notera aussi, pour soutenir l’ensemble, la sublime BO de Max Ritcher.

Enfin, il serait bien difficile de ne pas mentionner ce sublime casting. Tom Schilling est incroyable et touchant, Paula Beer est comme toujours impeccable. Les deux acteurs forment un couple sublime de cinéma. Sebastian Koch en impose toujours autant, dans un rôle incroyable et complexe qu’on adore détester finalement. Avec ce film, on découvre Saskia Rosendahl et Ina Weisse, deux actrices bourrées de talent qui sont de belles révélations. Puis, on ne peut pas oublier le très jeune Cai Cohrs, qui incarne Kurt à l’âge de cinq ou six ans.

Ca faisait longtemps, très longtemps, que je n’avais pas vu au cinéma une fresque de cette dimension et ça fait du bien. Il aura fallu attendre neuf ans, mais l’attente valait amplement le coup. S’il a raté son expérience américaine, Florian Henckel von Donnersmarck nous revient de la plus belle des manières et s’impose désormais comme un grand cinéaste. A la sortie donc de ces trois heures de cinéma, deux sentiments viennent vite, le premier, c’est de voir l’œuvre dans son ensemble, sans aucune coupure, en espérant que le film ne soit pas coupé quand il va sortir en DVD et Blu-ray et le deuxième, c’est d’avoir vite une nouvelle œuvre de Florian Henckel von Donnersmarck !

Note : 17/20

Par Cinéted

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