Borat

De : Larry Charles

Avec Sacha Baron Cohen, Ken Davitian, Luenell, Pamela Anderson

Année : 2006

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie

Résumé :

Borat, reporter kazakh, est envoyé aux Etats-Unis par la télévision de son pays pour y tourner un reportage sur le mode de vie de cette nation vénérée comme un modèle. Au cours de son périple, il rencontre de vraies personnes dans des situations authentiques, avec les conséquences les plus incroyables. Son comportement à contre-courant provoque les réactions les plus diverses, et révèle les préjugés et les dessous de la société américaine. Aucun sujet n’échappera à sa soif d’apprendre, même les plus extrêmes. Un vrai choc des cultures…

Avis :

Sacha Baron Cohen est un comédien qui a su rapidement défrayé la chronique avec des personnages hauts en couleurs et des caméras cachés qui ont fait son succès. Tout d’abord sous la forme du faux rappeur Ali G, qui copie honteusement ses idoles pour exister, puis sous la forme de Borat, un journaliste kazakh qui va partir aux States pour apprendre le mode de vie des américains. Sorti en 2006, le film fit rapidement un grand bruit à cause de sa façon de montrer le Kazakhstan, mais aussi dans son portrait très acide des Etats-Unis, où le racisme, la misogynie et l’homophobie règnent finalement en maître. C’est d’ailleurs grâce à ce film que Sacha Baron Cohen va se faire un nom, jouant toujours à la frontière du mauvais goût pour pointer du doigt les dysfonctionnements d’un pays qui se croit toujours surpuissant et plus malin que les autres. Mais le plus drôle dans tout ça (ou pas), c’est que malgré les treize années du film (au moment où j’écris ces lignes, bien évidemment), les choses décriées dans ce film sont toujours autant d’actualité, et cela fait froid dans le dos.

Borat est un film hybride. C’est un film qui alterne les phases en caméra plus ou moins cachée, c’est-à-dire que les gens pensent vraiment qu’il s’agit d’un documentaire sur leur pays, avec des moments romancés pour donner du poids au personnage et au but au film, ici retrouver Pamela Anderson pour la demander en mariage. En utilisant ce procédé, Sacha Baron Cohen va pouvoir prendre des gens au piège pour leur faire dire des vérités qu’ils n’auraient jamais osé devant une caméra, tout en donnant une dimension à son personnage, créant alors un fort attachement avec le spectateur. La présentation du début va d’ailleurs servir à pointer du doigt la façon qu’ont les Etats-Unis de voir les pays de l’Europe profonde. Tournée dans un village de Roumanie, cette séquence hilarante et souvent vulgaire est un moyen très malin pour pointer du doigt l’ignorance crasse des ricains sur des populations moins riches qu’eux et Sacha Baron Cohen le sait, il utilise ce pied-de-nez pour faire marcher cette distance dans les futurs sketchs qu’il prépare. D’ailleurs, à aucun moment dans le film, les intervenants se disent que ce n’est pas possible d’être aussi ignare, misogyne ou si éloigné de la modernité. Une preuve de l’ignorance crasse des américains.

Une ignorance qui touche au sublime quand elle s’attaque à des hommes politiques, des supposées défenseurs de la cause féminine ou encore un spécialiste de l’humour qui refuse complètement l’humour noir pour satisfaire les minorités. Ces moments qui sont supposés être des morceaux du film documentaire que prépare Borat sont édifiants sur la nature même de l’américain moyen, qui ne remet jamais en cause ce que dit le kazakh, au point d’en être gêné, mais de finalement ne rien en faire. Lorsqu’il demande au vendeur de voiture quelque chose pour écraser les juifs, ce dernier lui propose une grosse machine et lui dit même à quelle vitesse il faut rouler pour en tuer. Lorsqu’il rencontre le directeur d’un rodéo au Texas, ce dernier clame haut et fort qu’il faut pendre les homosexuels et exterminer les arabes, ces derniers qui voudraient aussi pendre les gays. En faisant ce film, Sacha Baron Cohen pointe du doigt les dualités débiles de personnes hautement détestables. Il montre à quel point le racisme, l’homophobie ou encore l’intolérance règnent en maître dans un pays normalement plus développé que le sien. Et ce qui devait être une leçon sur le bien-vivre devient en fait un pamphlet contre un pays, une population qui se renferme sur elle-même.

Alors oui, le film est vulgaire, cela ne fait aucun doute. On parle beaucoup de sexe, la séquence dans l’hôtel où les deux personnages se battent entièrement nus est très trash et lorsque Borat montre les photos de son fils complètement à poil sont très osées. Cependant, cette vulgarité et ce côté frontal permet de dénoncer des choses et rien n’est vraiment gratuit. Cela va permettre de mettre des personnes en situation délicate et de voir leur réaction. Et on va voir que dans certains cas, les gens sont plutôt sympathiques et diplomatiques. Cette professeur de comportement avec la haute société est finalement assez tolérante et exprime son point de vue de façon douce. Il en va de même avec la communauté gay, certainement la plus tolérante au monde et qui accepte Borat malgré ses différences et ses digressions. Le comparatif est d’ailleurs vite vu avec les trois étudiants qui se font un road trip et qui ont un discours honteux sur la femme. Tout ce rapport au sexe et à la vulgarité sert donc le film et n’est jamais gratuit. C’est d’ailleurs ce qui rend une grande partie du film hilarant. Et si la partie romancée reste en retrait par rapport au reste, elle permet de créer un attachement avec le personnage, de créer de l’empathie malgré les horreurs du personnage. Car oui, Borat n’est pas lisse, ce n’est pas forcément quelqu’un de sympathique, il est lui aussi raciste et tout le reste, mais il s’en dégage une certaine candeur, une naïveté crasse, notamment en ce qui concerne les juifs et l’image d’Epinal que l’on se fait d’eux. Là encore, c’est fait pour démontrer l’antisémitisme ambiant, qui n’est jamais remis en cause par les intervenants piégés, et c’est grave.

Au final, Borat est une comédie comme on aimerait en voir plus souvent aujourd’hui. Acide, cynique, grossière, vulgaire, drôle et très intelligente, elle va permettre à Sacha Baron Cohen de devenir une sorte d’idole trash qui dénonce de façon frontale, mettant certaines personnes face à leur propre merde. Bien évidemment, le film a fait du bruit après sa sortie, créant un froid entre les Etats-Unis et le Kazakhstan, entrainant aussi des poursuites judiciaires contre l’acteur principal par certaines personnes piégées, n’acceptant le portrait esquissé. Néanmoins, c’est grâce à ce genre de film que l’on voit à quel point notre monde n’a pas changé, s’enfonçant même un peu plus dans un extrémisme dangereux et de plus en plus intolérant.

Note : 18/20

Par AqME

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