La Loi du Désir

Titre Original : La Ley del Deseo

De : Pedro Almodovar

Avec Carmen Maura, Antonio Banderas, Manuela Velasco, Eusebio Poncela

Année : 1988

Pays : Espagne

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Pablo, metteur en scène célèbre, est amoureux de Juan mais les relations entre les deux hommes sont difficiles. Pour tenter de l’oublier, il se précipite dans des aventures passagères et devient l’amant d’Antonio. Mais celui-ci se révèle très vite excessivement possessif. La passion tourne au thriller tandis que réapparait Tina, la sœur de Pablo, qui, autrefois, était un garçon…

Avis :

Les années 80 voient arriver dans le paysage du cinéma espagnol un nouveau nom, Pedro Almodóvar. Si le jeune réalisateur a du mal à se lancer, petit à petit, il s’impose, car il a un style différent des autres et ses films, finalement, ne ressemblent à rien de connu. Pedro Almodóvar a bâti les premières années de sa carrière en jouant dans le domaine de la comédie. Alors certains de ses films lorgneront bien sur les sentiers de la comédie dramatique, mais force est de constater que Pedro Almodóvar joue principalement sur la comédie et bien souvent cette dernière fut haute en couleurs.

Au milieu des années 80, Pedro Almodóvar décide de tester autre chose et très vite, il vient au drame et au thriller. Son premier film dans ce sens est le très perturbant « Matador » (film qui sortira chez nous un mois après « La loi du désir« ). Après un premier essai salué, Almodóvar revient donc avec une seconde proposition dans ce domaine-là et il livre avec « La loi du désir » un film dur, sombre, manipulateur, provocateur et finalement ô combien passionnant. Si l’ensemble a quelque peu vieilli, il faut le dire, cette  » … loi du désir » n’en demeure pas moins un cru terrible et complexe, dont on n’a qu’une envie à la sortie, c’est de s’y replonger pour en savourer encore plus les nuances.

Pablo est un cinéaste reconnu, dont les films sont considérés par beaucoup comme des chefs-d’œuvre. Pablo cache aux yeux du grand public son homosexualité. En privé, Pablo est amoureux de Juan, mais les relations entre les deux hommes sont difficiles. Alors qu’ils viennent de rompre, Pablo fait la connaissance d’Antonio, un jeune homme d’une vingtaine d’années on ne peut plus séduisant et passionné. Très vite, les deux hommes deviennent amants et la passion est au cœur de leur relation, mais très vite aussi Pablo découvre en Antonio un homme jaloux et possessif. Un homme qui pourrait bien être dangereux…

Si l’on devait trouver un cahier des charges qui définirait le film Almodóvarien par excellence, on y trouverait alors des histoires d’amour très souvent ambiguës. On y trouverait évidemment de l’homosexualité et de la transsexualité. La couleur rouge serait présente. Le film serait sombre, dérangeant, mais parsemé aussi de quelques éclaircies. On y trouverait aussi Antonio Banderas, Carmen Maura, Penelope Cruz et Marisa Parades. Hormis les deux noms cités juste avant, « La loi du désir » remplit admirablement toutes les cases et Pedro Almodóvar nous livre-là un cru tout ce qu’il y a de plus Almodóvarien.

« La loi du désir« , c’est un film dans lequel Pedro Almodóvar laisse libre cours à tous ses désirs et nous livre là un film aussi fascinant qu’il est sombre. Doté d’un scénario sombre au possible, violent, provocateur et passionnant dans l’analyse qu’il fait de l’être humain. « La loi du désir« , c’est une plongée cauchemardesque et poétique en même temps dans un amour fou et ambigu. Un amour de toutes les névroses, les jalousies, les manipulations, et autres mensonges pour laisser éclater cette fameuse et terrible loi du désir qui règne de la première à la dernière image.

Ce qui fait la force incroyable de ce film, c’est sans aucun doute l’écriture d’Almodóvar qui prend autant de temps pour poser le contexte de son intrigue, mais aussi pour pousser au maximum la description de ses personnages. Personnages qui sont tous plus ambigus et secrets les uns que les autres. Si on ne peut nier que le film a quelque peu vieilli et que parfois, certains thèmes sont amenés de manière qui pourraient apparaitre comme cliché, il est clair que si l’on remet le film d’Almodóvar dans son époque, ces quelques clichés deviennent alors provocateurs et surtout ils sont novateurs, posant Almodóvar comme un cinéaste en avance et courageux, mais ça, on le savait déjà.

Cette provocation, et cette nouveauté, on la retrouve aussi dans la mise en scène d’Almodóvar, qui multiplie les genres avec ce film. « La loi du désir« , c’est aussi bien un film d’amour sombre et tragique, qu’un film policier. C’est un film sur la famille, mais aussi un film qui peut avoir des allures de thriller, comme des allures de film érotique, ou plutôt charnel, Almodóvar n’hésitant pas à franchir la porte des chambres à coucher, tout comme il n’hésite pas avec pudeur et érotisme, à filmer la nudité et l’intimité des hommes. Des hommes qu’il magnifie devant sa caméra. Il faut dire aussi qu’il a un casting particulièrement alléchant, retrouvant Antonio Banderas pour la seconde fois, Almodóvar lui offre un rôle complexe que l’acteur prend à bras-le-corps. Banderas est magnétique et il incarne à la perfection toutes les ambiguïtés de son personnage. « La loi du désir« , c’est aussi et avant tout Eusebio Poncela qui incarne Pablo et c’est une très belle découverte que cet acteur qui crève l’écran dans la peau de cet homme partagé. Carmen Maura quant à elle, fait un terrible transsexuel.

Entre ambiguïté, fascination et passion, « La loi du désir » est un excellent film, doublé d’un très bon thriller amoureux et sombre que livre-là Pedro Almodóvar. Jouissant déjà de tout ce qui fait le cinéma du cinéaste espagnol, « La loi du désir » fait partie de ces films qui mériteraient d’avoir bien plus de lumière. Bref, fascinant, excitant, osé, sombre, mais touchant et poétique, je ne regrette en aucun cas de m’y être arrêté.

Note : 17/20

Par Cinéted

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