Matador

De : Pedro Almodovar

Avec Antonio Banderas, Assumpta Serna, Nacho Martinez, Eva Cobo

Année : 1988

Pays : Espagne

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Diego Montes, torero, doit prendre une retraite prématurée après une blessure mal soignée. Maria Cardenal, avocate en criminologie, aime tuer ses amants lors de leurs ébats amoureux. Diego crée une école de tauromachie, car pour lui « arrêter de tuer, c’est arrêter de vivre ». Maria, fascinée par l’art de Diego, tue ses partenaires sexuels comme lui ses taureaux. Angel, l’un des élèves de Diego, est un garçon étrange qui souffre de vertiges et de l’autoritarisme d’une mère fanatique de l’Opus Dei. Malgré toute sa bonne volonté, il ne pourra sauver Maria et Diego de leur destin.

Avis :

À la fin des années 80, Pedro Almodóvar est le réalisateur espagnol qui monte gentiment. Réalisant son premier long-métrage, « Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier« , Pedro Almodóvar n’a cessé de se faire remarquer, au point que petit à petit, il instaure à lui seul ce que l’on peut appeler la nouvelle vague du cinéma espagnol.

Quelques mois avant d’éclater sur la scène internationale avec le succulent « Femmes au bord de la crise de nerfs« , Pedro Almodóvar livrait « Matador« , un thriller complexe et d’une grande noirceur. C’est peut-être même ce que j’ai vu de plus noir chez le réalisateur. Fasciné par la mort et l’amour, avec « Matador« , Pedro Almodóvar livre un film hypnotique et dérangeant qui n’a vraiment pas fini d’attiser ma curiosité.

Diego est un ancien torero qui a été obligé de prendre sa retraite à cause d’une blessure mal soignée. Diego a ouvert une école de tauromachie, car pour lui, arrêter de tuer, c’est comme arrêter de vivre. Maria est fascinée par la mort. Avocate, le jour, la nuit, elle aime tuer ses amants comme on tue un taureau dans une arène. Ces deux âmes perturbées vont alors se trouver grâce à Angel, un jeune homme élève de Diego, qui souffre de vertiges, de névrose et surtout de l’autoritarisme de sa mère, une fanatique de l’Opus Dei.

Pedro Almodóvar a souvent été fasciné par la mort et l’amour, ce sont deux sujets qu’on retrouve pratiquement de film en film et je commence à avoir tout vu du réalisateur, mais rarement, voire même jamais, le cinéaste espagnol n’a livré un film aussi sombre et dérangeant. Car oui, si la mort fait très souvent partie des histoires que nous raconte Pedro Almodóvar, ses films ont toujours quelque chose de lumineux au final, alors qu’ici, ce n’est absolument pas le cas.

Si le film a pris un petit coup de vieux, si on peut avoir un rebondissement qui peut être sujet à débat (ce qui tourne autour des révélations du personnage d’Angel), si on peut aussi lui trouver des problèmes de rythme, on ne peut pas lui reprocher d’autres choses à ce « Matador« .

Ovni dans la carrière du cinéaste, pourtant « Matador » s’inscrit aussi parfaitement dans cette dernière. Ce qui imprime le plus quand on découvre le métrage, c’est l’intrigue que nous raconte ce dernier et au-delà de celle-ci, ce sont les personnages, leurs névroses et les relations que ces derniers entretiennent eux.

« Matador » est un film singulier de par le rapport qu’il entretient avec sa relation à la mort qui résonne ici comme une quête morbide vers la jouissance. Sujet très osé, provoquant même, qu’on ne voit pas tous les jours, surtout quand il est traité de cette manière.

Pedro Almodóvar livre là un film policier qui lorgne avec le thriller dérangeant. C’est un film où se mélangent et se confondent la vie, la mort, l’amour, la passion, le passé, le présent, le futur, les regrets, les remords, la famille, la religion, le fanatisme… Autant de sujets et plus encore, que le réalisateur aborde de manière sombre, brutale parfois, charnelle et poétique d’autres fois. Certains passages sont sublimés par la mise en scène d’Almodóvar, qui offre parfois de véritables tableaux, comme ce final aussi beau que terriblement dérangeant.

Si « Matador » arrive à mettre si mal à l’aise aussi, c’est grâce à son casting qui est comme toujours chez le cinéaste de très haute volée. Les deux meurtriers amoureux sont tenus avec hypnotisme et fascination par deux acteurs incroyables, Assumpta Serna et Nacho Martinez. La première est terrifiante, quand le deuxième perturbe au point qu’on en fuirait presque tous ses regards. Les deux comédiens, entre morbide et charnel, forment un duo des plus malsains d’un côté et fascinant de l’autre. Face à eux, Antonio Banderas trouve là un rôle mystérieux, complexe et passionnant, même si on peut lui reprocher, comme je le disais, une révélation finale qui peine à convaincre. L’acteur déborde de magnétisme et crève l’écran.

Le sexe et la mort sont souvent liés, mais rarement ils auront été liés de manière aussi morbide que dans « Matador« . Avec ce film, Pedro Almodóvar fascine, passionne autant qu’il dérange. Film assez peu connu dans la carrière du réalisateur, si « Matador » n’est peut-être pas à mettre sous tous les yeux, il n’en mérite pas moins plus de lumière. À voir, à découvrir ou redécouvrir.

Note : 15/20

Par Cinéted

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