Candyman

De : Bernard Rose

Avec Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kesi Lemmons

Année: 1993

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Helen Lyne, une étudiante, décide d’écrire sa thèse sur les mythes et légendes locales. C’est en visitant une partie de la ville inconnue qu’elle découvre la légende de Candyman, un homme effrayant qui apparait lorsqu’on prononce cinq fois son nom en face d’un miroir. Helen, pragmatique, choisit de ne pas croire à l’existence de Candyman. Mais son univers bascule dans l’horreur quand une série de meurtres horribles commence …

Avis:

Parmi les auteurs horrifiques les plus influents, on se doit de citer régulièrement Clive Barker et son œuvre totalement visuelle et décadente. Surtout connu pour son travail autour de Hellraiser, il ne faut pas oublier que l’homme est surtout l’auteur des Livres de Sang et de quelques transformations bibliques comme pour Les Evangiles Ecarlates par exemple. Cela n’a rien d’étonnant puisque Clive Barker est un fervent catholique et utilise la Bible comme principale ressource d’idées. En 1978, Clive Barker va adapter l’une de ses nouvelles, The Forbidden, en court-métrage, avant de devenir scénariste et producteur d’une version longue en 1992 qui se nommera Candyman. Joli petit succès lors de sa sortie aux States, cumulant plus de 25 millions de recettes pour un film qui en aura coûté 8, Candyman soulèvera quelques interrogations sur son regard porté à la communauté afro-américaine, ce qui sera vite écarté par son réalisateur, le talentueux et trop rare Bernard Rose. Et cela n’empêchera pas le film de rapidement devenir culte, au point d’en faire une trilogie (les deux autres films seront malheureusement médiocres) et de faire entrer son boogeyman dans le panthéon des figures horrifiques.

Le film débute tout bêtement par une enquête, non pas policière, mais pour une étude sur les mythes urbains. Deux jeunes femmes étudient alors le cas du Candyman avec plusieurs sources qui croient au monstre et pensent qu’il sévit toujours dans le quartier sensible de Cabrini-Green. Cette entrée en matière va permettre de présenter trois personnages assez importants, Helen, le personnage principal, chercheuse mariée à un professeur qui semble un peu volage, et qui sera présente pour dénicher le Candyman et le mettre à la vue de tout le monde. On aura aussi sa comparse, plus peureuse, plus timide, et qui va essayer de freiner les ardeurs de sa collègue. Puis enfin le mari, professeur qui est très attiré par une étudiante, et qui est le type de personne un peu lâche, que l’on aimerait bien voir mourir rapidement. Ces trois personnes vont participer à la venue du Candyman, tout d’abord sous une forme physique, puis surnaturelle par la suite. Car oui, Candyman se déroule réellement en deux temps. Une première partie qui pose un contexte et une seconde qui déroule son aspect fantastico-horrifique donnant de l’épaisseur à l’intrigue, au boogeyman et finalement au message sous-jacent du métrage.

Candyman n’est clairement pas un film d’horreur comme les autres. Il possède en lui une poésie macabre que les autres films n’ont pas. Déjà, le cadre est très intéressant. L’action se déroule dans une banlieue sensible de Chicago dans laquelle n’importe qui peut être le Candyman, ce monstre qui éviscère ses victimes. Mythe urbain, tueur psychopathe, rivalité entre gangs, tous les doutes sont permis et lors d’une première apparition physique, on va vite se rendre compte où le film veut nous amener. L’aspect terre à terre démontre les différences sociales, appuie sur un contexte difficile et décadent au sein d’une micro société qui suit ses propres règles et où les habitants ont peur non pas d’un fantôme, mais du danger et de la violence de tous les instants. Mettant en avant une population afro-américaine pauvre et presque auto-suffisante, le film a fait du bruit à l’époque, certains le qualifiant de raciste. Mais il n’en est rien. Le film pose un regard sur des microcosmes créés volontairement par les riches pour parquer les pauvres. Il s’agit très clairement d’une critique d’un système qui créé des différences et qui créé aussi ses propres monstres. Ainsi donc, Candyman est un film d’horreur qui a du fond et qui ne va pas accumuler les jumpscares pour réveiller son spectateurs.

La seconde partie va alors partir sur des sentiers plus aériens, plus éthérés. Alors que l’on pense que le Candyman n’est qu’une esbroufe, un petit malin se faisant passer pour lui, créant ainsi la terreur dans le quartier, le vrai Candyman fait son apparition. Le fantomatique Tony Todd lui prête ses traits (ce devait être Eddie Murphy, mais ce dernier était trop cher) et dès le départ, il y a une aura qui se dégage de ce personnage. Lent, charismatique, verbeux, il impose une vision à la fois cauchemardesque et charmante, envoutante. Le pari est largement réussi lorsque le film va partir aussi vers une romance maudite, une volonté pour le Candyman de ne plus rester seul dans son monde. Des liens se tissent alors, un background est savamment construit, restant toujours dans la thématiques du racisme et de la différence sociale. C’est-à-dire que même dans sa partie fantastique, le film garde les mêmes thèmes que dans la partie plus thriller, démontrant les méfaits du racisme et que cela dure dans le temps. Un sujet important donc et vraiment bien traité dans ce métrage.

Sur un aspect purement technique, Bernard Rose fait un travail vraiment formidable. L’ambiance du film est tout simplement incroyable. On a constamment la sensation d’être dans un cauchemar avec une femme torturée et une lumière qui laisse beaucoup de place à la brume. L’ensemble est assez laiteux, ce qui contraste avec la forme massive des immeubles de ce quartier sensible. C’est d’autant plus étonnant que le réalisateur utilise les codes de l’urbanisme, à savoir les tags, les lieux à l’abandon, les recoins glauques, pour finalement livrer quelque chose de très cotonneux, de presque irréel et le mélange de ces deux univers se conjugue parfaitement. Tout comme la prestation de Virginia Madsen qui est incroyable dans ce film. Tony Todd n’est pas en reste pour ce rôle qui le hantera toute sa vie, l’empêchant finalement de briller autre part, accumulant les nanars par la suite.

Au final, on pourrait discuter des heures entières sur ce film tant il est riche et démontre que l’horreur n’est pas qu’une affaire de brume dans la forêt ou de château gothique. Jouant intelligemment avec les codes de l’horreur et du drame sociétal, Candyman fait la nique à beaucoup d’autres films d’horreur sans fond, n’arrivant pas à créer une atmosphère envoûtante ou un monstre intéressant. Ici, Bernard Rose livre une copie impeccable, un boogeyman qui a du fond, victime d’un traumatisme trop bien ancré dans notre société, encore aujourd’hui. Bref, ce film est une petite pépite, qui sera par la suite détruite par deux suites insupportables.

Note: 17/20

Par AqME

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