Une Affaire Privée

De : Guillaume Nicloux

Avec Thierry Lhermitte, Marion Cotillard, Clovis Cornillac, Niels Arestrup

Année: 2002

Pays: France

Genre: Policier

Résumé:

Six mois se sont écoulés depuis la disparition de Rachel Spirien. Le détective privé François Manéri reprend l’affaire à la demande de la mère de la jeune femme. Au cours de ses investigations, cet homme de l’ombre, riche d’une ex-femme et d’une maîtresse au mari jaloux, va rencontrer une multitude de personnages hauts en couleur, proches de la disparue : Clarisse, sa meilleure amie avec qui il s’acoquine, son ex-petit ami, son beau-père, ses voisins… Mais qui est réellement Rachel ?

Avis :

Dans le paysage du cinéma français, Guillaume Nicloux est un cas un peu particulier, le cinéaste ayant une patte bien à lui et il a tendance à s’aventurer sur des terrains glissants quitte à se casser la gueule et c’est pour ça que j’aime énormément le cinéma de Guillaume Nicloux. Au début des années 2000, Guillaume Nicloux est un petit cinéaste parmi tant d’autres. Un cinéaste qui vient tout de même de se faire un petit succès avec le délirant et presque culte aujourd’hui, « Le poulpe« . Après la comédie, avec les années, Guillaume Nicloux décide de se lancer dans une trilogie qu’il appellera la trilogie noire. Cette trilogie comprendra ce film, qui donc le premier, puis il sera suivi de « Cette femme-là » et « La clef« . Ces trois films étant tous des polars sombres, avec des personnages et des histoires différentes.

« Une affaire privée » est donc un polar sombre, dont l’intrigue a cette incroyable faculté à être aussi déstabilisante qu’évidente au final. Si l’on pourra reprocher au film d’être facile dans un sens de par ce qu’il nous raconte, il n’en demeure pas moins un divertissement très prenant, qui nous entraîne avec perte et fracas dans une enquête bien fichue et surtout une enquête tenue par des personnages marquants, à commencer par ce Thierry Lhermitte à contre-emploi et génial dans le rôle-titre.

Rachel Spirien, la vingtaine, a disparu depuis six mois. La police a fini par abandonner l’enquête tant il n’y a aucune piste. La mère de Rachel ne peut se résoudre et engage alors François Manéri, un privé plutôt minable. Manéri reprend l’affaire, et très vite, il rencontre les proches de la jeune femme. Une enquête troublante, dont finalement la vraie question est qui était Rachel, cette jeune femme apparemment sans histoire…

Le polar sombre n’est pas un genre si facile que ça, surtout quand on s’aventure sur les routes du cinéma français. Alors on a bien plusieurs films qui ont été de très belles réussites, notamment dans le « vieux » cinéma des années 60/70, mais on est forcé de constater qu’aujourd’hui, peu de films arrivent à réussir leur ambiance et leur histoire et peu de cinéastes nous viennent en tête quand on pense polar noir français, ou même plus largement cinéma noir. Personnellement, comme ça, je pense d’emblée à Jacques Audiard, Olivier Marchal (surtout dans ses débuts), Nicolas Boukhrief ou encore Cédric Anger, même si chez ce dernier tout n’est pas franchement réussi. Parmi les réalisateurs français, il y en a un qui me vient en tête d’emblée, c’est bien sûr Guillaume Nicloux et ça commence avec ce film, qui fut à l’époque le premier que je découvrais du réalisateur.

Quand je repense à « Une affaire privée« , la première chose qui me vient en tête, c’est son ambiance. S’il y a bien une grande réussite dans ce film, c’est l’ambiance très ambiguë qu’il dégage. Guillaume Nicloux a travaillé cette ambiance pour qu’elle arrive à nous tenir en suspens, tout en injectant un certain malaise constant de bout en bout. « Une affaire privée » dégage quelque chose de particulier qui rend le métrage fascinant dans un sens, et presque « terrifiant » dans un autre sens.

On adore ici le travail sur les lumières, sur le rythme qui arrive à être lent sans jamais créer l’ennui. On adore le souci du détail que Guillaume Nicloux apporte. Le film s’inspire de classique du genre, il leur rend de petits hommages par-ci par-là, mais il arrive aussi parfois à réinventer si l’on peut dire le genre. On sent Nicloux passionné, créatif, et plus largement amoureux du genre.

Pour nous entraîner dans cette terrible histoire, le réalisateur s’est très bien entouré, nous offrant un grand casting, Marion Cotillard, Philippe Morier-Genoud, Neils Arestrup, Clovis Cornillac, Samuel Le Bihan, Yves Verhoeven, Consuelo de Haviland, Robert Hirsch, Jean-Pierre Darroussin, Louis-Do de Lencquesaing , Philippe Nahon, Frédéric Diefenthal, Aurore Clément… Bref, ce casting est à tomber par terre et tous tiennent de très bons, petits ou grands, rôles. Guillaume Nicloux a écrit des personnages très hauts en couleurs, tout en restant assez logiques et cohérents pour son intrigue. Oui, malgré quelques personnages « poussifs », jamais on ne tombe dans une caricature, ou dans le personnage de trop. Mais parmi cet impeccable casting, il y a un acteur qui les dépasse et de loin. Un acteur qui tient le film sur ses épaules avec charisme et surprise. Thierry Lhermitte est ici génial et puissant dans ce rôle de privé has-been dont les histoires privées influent beaucoup sur sa vie. Avec ce rôle inattendu pour l’acteur, on peut aisément dire qu’il tient là l’un des meilleurs rôles de sa carrière.

Après, dans ce décor fameux, une petite ombre y trouve sa place. Une ombre étrange, un peu comme le film. Une ombre qui fait que le scénario de ce film demeure très prévisible dans ce qu’il nous raconte. Très vite, on comprend beaucoup de choses sur un personnage et l’on reste très sceptique sur le fait que le personnage joué par Thierry Lhermitte ne voit rien. Et alors que cela aurait pu être un gros défaut, voire un agacement, « Une affaire privée » fonctionne très bien ainsi, et l’on se laisse prendre au jeu, au point que l’on finit presque par oublier ce petit détail. Ce ressenti est très étrange et démontre bien dans un sens tout le talent de son metteur en scène.

Ce premier volet de la trilogie noir de Guillaume Nicloux est donc une jolie réussite. Prenant de bout en bout, intéressant, tenu, arrivant à chasser ses ombres, Guillaume Nicloux nous livre un bon film, qui demeure encore aujourd’hui plaisant, très plaisant, à revoir.

Note : 14/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net