Made in France

De : Nicolas Boukhrief

Avec Malik Zidi, Dimitri Storoge, François Civil, Nassim Si Ahmed

Année : 2016

Pays : France

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Sam, journaliste indépendant, profite de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne. Il se rapproche d’un groupe de quatre jeunes qui ont reçu pour mission de créer une cellule djihadiste et semer le chaos au cœur de Paris.

Avis :

Au sein du cinéma français, il nous reste des auteurs qui essaient tant bien que mal de faire bouger les choses. Des mecs comme Guillaume Nicloux, François Ozon, Christopher Gans, Xavier Gans, Pascal Laugier, Cédric Anger, ou encore Rémi Bezançon, qui, même s’ils se plantent parfois, essaient de proposer autre chose et parmi eux et d’autres encore, il y a Nicolas Boukhrief. J’aime le cinéma de Nicolas Boukhrief, car c’est un réalisateur qui en plus d’avoir une patte, tient une filmographie, pour ce que j’en ai vu, vraiment pas mal du tout. Accès sur le film noir, offrant souvent des personnages torturés, c’est toujours avec plaisir et curiosité que je me plonge dans l’un de ses films.

Et au beau milieu de sa filmographie, il y a un film qui avait l’air plus couillu encore que les autres. Couillu évidemment de par son sujet, aussi bouillant qu’il peut être tabou. Ce film, c’est « Made in France« , et il a pour sujet l’infiltration d’un groupe d’intégristes religieux islamiques, autant dire que Nicolas Boukhrief n’a vraiment pas choisi la facilité. D’ailleurs, le film qui devait sortir en salle, fut finalement déprogrammé et connu une sortie en VOD, puis par la suite en DVD. Mais un sujet, si bouillant soit-il, ne fait pas un film, et bien entendu, il faut compter sur le talent de Nicolas Boukhrief, qui livre là un film perturbant, qui se laisse une impression de réalisme assez fou, au point que « Made in France » a des aspects de documentaire on ne peut plus passionnant et terrifiant à la fois.

Sam est journaliste d’investigation. Depuis quelque temps, il a réussi à infiltrer les mosquées clandestines et radicales de la banlieue parisienne. Sam s’est lié d’amitié avec un groupe de trois jeunes hommes. Un matin, Sam apprend que Hassam, un ami de l’un des garçons, est de retour du djihad. Hassam a alors pour mission de créer une cellule terroriste sur Paris, et il recrute alors Sam et le groupe de jeunes qu’il suit.

Faire un récit de l’infiltration d’une cellule terroriste en France, en région parisienne qui plus est, dans l’époque dans laquelle nous nous trouvons (à savoir que le film devait sortir le 28 Novembre 2015, soit un peu plus de dix jours après le Bataclan…) était on ne peut plus casse-gueule et il fallait une pointe même de folie pour oser s’aventurer sur une pente aussi raide. On imagine déjà tous les pièges, les caricatures et autres critiques islamophobes qui pouvaient découler d’un tel film et c’est avec brio pourtant que Nicolas Boukhrief évite tout ceci et livre un film brut, prenant, anxiogène, qui tout en restant une œuvre très cinématographique, arrive aussi à avoir des côtés documentaires.

Ce qui est terrible avec « Made in France« , c’est le ton qu’adopte Nicolas Boukhrief pour nous plonger dans cette intrigue. Avec cette intrigue, comme presque toujours dans son cinéma, le réalisateur livre un film résonnant comme le plus vrai possible. Ici, on est loin de tout spectaculaire, Boukhrief voulant un film humain, qui présente ces jeunes sans jamais les juger, cela en est même très perturbant, puisqu’il est possible de s’attacher à ces personnages, sans pour autant les comprendre. Il les présente avec leur passé, leur avenir, leurs décisions, puis au-delà de ça, Boukhrief nous présente leurs qualités, leurs défauts, leurs émotions et surtout leurs contradictions, et ça, ça donne un relief à « Made in France » qui est aussi passionnant qu’il est terrifiant à la fois. Le meilleur exemple de contradiction étant le personnage tenu par François Civil.

Pour accentuer le côté anxiogène et perturbant, en plus de cette intrigue excellente, dont finalement le seul petit défaut est d’être un poil trop cinématographique dans ses tous derniers instants, Nicolas Boukhrief livre un film à la mise en scène brutale. Une mise en scène dont les cadres, les idées qui la parcourent, la photographie ou encore la très belle BO de Rob (« Maniac » de Franck Khalfoun), font que l’on reste accrocher avec un certain malaise qui nous parcourt. Nicolas Boukhrief a cette qualité de toujours soigner ses ambiances, de ne jamais en faire trop, de toujours tenir une ligne qui résonne comme réaliste et là, « Made in France » pousse peut-être encore plus loin ce sentiment.

Enfin, point incontournable du film, Nicolas Boukhrief a toujours su réunir le bon casting, et « Made in France » est peuplé de gueules de cinéma qui captivent notre attention. Tenu par Malik Zidi, qui n’avait pas été aussi bon, ou du moins aussi puissant, depuis un bout de temps, « Made in France« , c’est aussi Dimitri Storoge qui est terrifiant, tant le personnage laisse un sentiment d’imprévisibilité. On pourra aussi compter sur Nassim Si Ahmed, François Civil ou encore Ahmed Dramé qui là encore fascine et dérange de par les reliefs que donne Boukhrief au personnage. Je le redis, certains vont être touchants, ce qui est très perturbant.

« Made in France » est donc un film très osé et une belle réussite. Œuvre cinématographique à l’esthétisme tendue, œuvre qui s’approche aussi du documentaire d’infiltration par moment, Nicolas Boukhrief livre un film froid, brutal, malaisant, qui ose aller au bout de son sujet. Bref, encore une fois, Nicolas Boukhrief démontre qu’il fait partie des meilleurs réalisateurs actuels du cinéma français. « Made in France » est incontestablement à voir, tout en sachant où vous mettez les yeux et l’âme.

Note : 16/20

Par Cinéted

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