Les Grands Peintres – Bosch

Auteur : Griffo

Editeur : Glénat

Genre : Historique

Résumé :

Dans la Flandre du XVe siècle, il est un peintre qui surprend par l’originalité et l’ampleur de ses tableaux. Son nom : Hieronymus Bosch. On le dit fou. Car d’où peuvent bien provenir les formes étranges et hallucinatoires, les créatures, les monstres hideux et fascinants qui parcourent ses œuvres, si ce n’est de l’esprit d’un dément ?

De nos jours, Mathilde de Vlaeminck, une jeune et brillante spécialiste de l’université de Gand, entreprend justement la restauration d’un tableau du maître. À mesure que son travail avance, elle va plonger malgré elle dans son œuvre, naviguant entre un univers fantastique, hallucinant, et la réalité.

Mais la frontière entre ces deux mondes, opposés en apparence, est-elle aussi tranchée qu’elle n’y paraît ?

Avis :

De prime abord, certains domaines peuvent paraître élitistes, car exigeant de solides connaissances culturelles et historiques pour appréhender le travail de certains artistes. C’est notamment le cas de la peinture, souvent affublée d’une image très sélecte (et sélective) au regard des galeries et surtout des critiques d’art. S’il n’est pas nécessaire d’être musicien pour écouter une belle mélodie, nul besoin de savoir dessiner pour apprécier un tableau. Dans cette démarche, Les Grands Peintres est une collection des éditions Glénat qui souhaite rendre l’art accessible à tous ; petits et grands, profanes ou amateurs confirmés.

Sous cet angle, l’auteur délaisse un contexte historique rigoureux pour mettre en avant une trame distrayante, proche de la fantasy à certains égards. Le fait d’alterner avec des événements contemporains dynamise également la progression par une évocation de la vie du peintre, puis son héritage à travers l’interprétation de spécialistes. Bien entendu, le fil directeur reste les tableaux qui, d’une manière très explicite, sont la parfaite représentation d’un art « vivant ». Les démons dépeints par Jérôme Bosch sont ici réels ; du moins, dans un premier temps pour lui seul. Ce qui rend la première partie assez psychanalytique.

L’œuvre tortueuse de Jérôme Bosch se manifeste tout d’abord par une personnalité tourmentée, proche de la schizophrénie. Au vu des mœurs du XVe siècle, on évoque aussi la possession démoniaque ou l’influence du malin. Certains exégètes de l’époque et autres critiques autodidactes qualifient ses tableaux de blasphémateurs, dépravés, voire obscènes. Les accusations et les risques d’être taxé d’hérétique sont alors particulièrement vivaces. Au lieu de développer un contexte menaçant et rigoureux des Flandres en cette période du Moyen-Age, l’auteur de la présente BD joue la carte de la dérision et de la légèreté, non sans délaisser quelques notions satiriques dans son sillage.

Il est vrai que, sous certains atours, le travail de Bosch n’est pas dénué d’un humour macabre. Lui-même détourné au profit de la morale catholique. S’il y a mauvaise interprétation de son œuvre par l’église, elle n’en sert pas moins ses intérêts en entretenant la peur de l’enfer et de la damnation éternelle. Ici, on ne trouve rien d’aussi tortueux, mais le ton comique reste très présent dans les échanges, les réparties et les scènes proches du grotesque à l’égard de démons faits de bric et de broc. Bien qu’on aurait apprécié retrouver la force et le côté alambiqué des tableaux, le bestiaire hétéroclite est issu d’un imaginaire débridé. Cela peut paraître déroutant. Il n’en demeure pas moins une richesse picturale et iconographique sans commune mesure.

Il est vrai que l’on pourrait regretter un aspect romancé qui supplante la connotation biographique d’un tel ouvrage. À la décharge de l’auteur, on ne connaît que très peu d’éléments avérés sur la vie de Jérôme Bosch. Même son année de naissance est sujette à controverses. En revanche, l’image du démon en la présence de Belzébuth se veut biaisée. La faute à une caractérisation surfaite, voire caricaturale, pour dépeindre le seigneur des mouches avec de misérables ailes de chauve-souris. En ces vignettes, sa maladresse et sa bêtise font peine à contempler. Une interprétation trop risible et ridicule qui privilégie des traits exagérés à une aura omnipotente des plus angoissantes.

Au final, Bosch s’avance comme une bande dessinée appréciable si l’on souhaite découvrir le travail du peintre tout en se divertissant. Malgré l’iconographie des démons, l’ensemble reste intelligible à la plupart des lecteurs. Cependant, les notions de péché originel et autres allusions religieuses ne s’adressent pas forcément aux plus jeunes. Quant à la connotation humoristique, elle supplante les considérations tourmentées et alambiquées de tableaux emblématiques tels que Le Jardin des délices ou La Nef des fous. Il en ressort une lecture rapide et globalement plaisante qui s’accompagne d’une postface instructive sur l’œuvre de Jérôme Bosch et les idées les plus communément admises sur l’interprétation de son travail.

Note : 13,5/20

Par Dante

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