Toy Story 4 – Coup de Fourchette

De : Josh Cooley

Avec les Voix Originales de Tom Hanks, Tim Allen, Tony Hale, Keanu Reeves

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Animation

Résumé :

Woody a toujours privilégié la joie et le bien-être de ses jeunes propriétaires – Andy puis Bonnie – et de ses compagnons, n’hésitant pas à prendre tous les risques pour eux, aussi inconsidérés soient-ils. L’arrivée de Forky un nouveau jouet qui ne veut pas en être un dans la chambre de Bonnie met toute la petite bande en émoi. C’est le début d’une grande aventure et d’un extraordinaire voyage pour Woody et ses amis. Le cowboy va découvrir à quel point le monde peut être vaste pour un jouet…

Avis :

Initiée en 1995 par John Lasseter, la saga Toy Story est très rapidement devenue culte et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’idée même de donner vie à des jouets est tout simplement géniale. Qui, étant gosse, n’a jamais cru voir ses jouets s’animer et prendre vie ou tout avoir une âme, une conscience. De ce fait, ce film était une sorte de fantasme de gosse. Ensuite, le film avait des thématiques très intelligentes, abordant aussi bien l’enfance que des thèmes plus lourds et plus accessibles aux adultes. Un mélange équilibré dont seul Pixar a le secret. On ne pensait pas retrouver un Toy Story après la jolie conclusion du troisième opus, qui a satisfait beaucoup de personnes et beaucoup de fans. L’arrivée d’un quatrième film, sans John Lasseter derrière le projet, avait de quoi laisser dubitatif, d’autant plus que le film semble s’être fait un peu dans la douleur. Mais c’est dans les blessures que naissent les plus belles victoires et finalement, Toy Story 4 en est un bel exemple.

Ce que l’on aurait pu craindre, c’est que cette suite soit celle de trop, celle qui a tous les atours d’un coup marketing pour écouler son stock de jouets et autres figurines. Mais on va vite voir qu’il n’en est rien, notamment grâce à des thèmes très importants, très adultes, au sein d’un métrage dynamique qui apporte des personnages assez intéressants pour ce qu’ils sont. En effet, la première chose qui va toucher dans Toy Story 4, c’est le sujet de sa propre nature. Doit-on vraiment être ce pour quoi l’on est fait ? Doit-on forcément se contenter de son statut qui nous est donné à la naissance ? Cette thématique de l’identité est personnifiée par Fourchette, le nouveau personnage créé par Bonnie, la petite fille qui a maintenant tous les jouets. Déchet à la base, il va se transformer en jouet et refuse son nouveau statut, voulant rester dans sa zone de confort. C’est Woody qui va alors intervenir pour montrer à Fourchette son importance, son rôle de doudou protecteur, de totem pour dépasser ses peurs face à la grande nouveauté, la rentrée en petite section de maternelle. Le film joue alors sur deux tableaux. Un message pour les enfants afin de dédramatiser l’école et un autre pour les adultes, pourtant sur notre propre nature et notre rôle « protecteur ».

Le deuxième grand thème affiché est plus complexe et concerne directement Woody. On va parler ici de dépression et d’acceptation d’un nouveau destin. En effet, la grosse phobie de Woody est d’être délaissé par Bonnie, comme le fut la Bergère en son temps. Il va alors tout faire pour protéger Fourchette et lui ouvrir les yeux sur sa nouvelle identité. Le nouveau rôle paternel du cowboy va alors cacher quelque chose de plus important, de plus grave, de plus profond, la peur du vide, de ne plus avoir de but dans sa vie et donc de tomber dans l’oubli. Un sujet inaccessible pour les gosses, mais qui saute aux yeux des parents, y voyant là une jolie manière d’évoluer et de voir que l’on a toujours un but dans la vie. Une thématique qui trouvera une résolution superbe en sa toute fin, dénouant finalement un point dramatique dans la conscience de Woody. Bien entendu, d’autres thématiques vont être abordées dans ce métrage, comme la liberté, le partage ou encore le temps qui passe, même pour les jouets, faisant alors intervenir des antagonistes plus complexes qu’il n’y parait.

Bien évidemment, difficile de passer à côté de Gaby Gaby, la vieille poupée qui se trouve dans le magasin d’antiquité. Son introduction à la Shining est parfaite et elle est glaçante avec ses différents pantins qui font office d’hommes de main. Beaucoup diront que cette poupée, cette « méchante », manque de profondeur, mais a-t-on vraiment besoin d’un gros background pour définir ce personnage ? Non, puisque Gaby est une poupée lambda que l’on trouve dans les innombrables puces et les scénaristes laissent notre imagination vagabonder pour imaginer la vie d’antan d’un tel personnage. Forcément, son désir d’amour est intense, son aspect défectueux lui cause du tort et finalement, il s’agit d’un personnage complexe, qui ne veut pas faire du mal pour faire du mal, mais qui veut simplement revivre comme dans le passé. Il s’agit alors d’un protagoniste plus intéressant qu’il n’y parait, presque neutre, et la voix d’Angèle, la chanteuse belge, apporte beaucoup à ce sentiment ambivalent et donc dérangeant. Malheureusement, le film n’apporte pas satisfaction sur tous les personnages. En premier lieu, Buzz va être relayé au second plan, car il n’est pas le héros de cette histoire et cela risque d’en chagriner plus d’un. C’est un état de fait, c’est une volonté du scénario et il faut l’accepter. Il en va de même pour tous les anciens jouets qui font de la figuration. Néanmoins, on trouvera de nouvelles trouvailles assez intéressantes comme les peluches attachées par la main, reflétant les jouets de mauvaise qualité dans les fêtes foraines. Un duo hilarant et complètement loufoque. On aura aussi Duke Caboom, le cascadeur, très drôle, mais aussi très intéressant dans son histoire, celui d’un jouet défectueux qui a perdu confiance en lui. Bref, malgré des jouets connus passés en second plan, les nouveaux venus sont plutôt réjouissants.

Reste maintenant à parler de l’aventure en elle-même et de la mise en scène. Car oui, il y a un réel bond technique avec cet opus. C’est beau. C’est tout simplement sublime, les couleurs sont incroyables, mais surtout, c’est le travail sur les textures qui est époustouflant. On est très proche du photoréalisme, tout en gardant la fraîcheur des deux premiers films. Si évolution il y a, c’est sans dénaturer l’essence graphique même de la saga. Les lumières sont aussi superbes, le film jouant constamment avec les codes de la fête foraine, très colorée et joyeuse, et ceux de la boutique d’antiquité, grisâtre, avec des teintes plus ternes, jouant avec les bleus, les verts et les gris. Quant à la mise en scène pur, c’est bourré d’idées visuelles et on en prend plein les mirettes. Le seul petit bémol que l’on pourrait apporter à tout ça, c’est que finalement, les enjeux sont assez minces et le film joue de quelques ressorts assez faciles pour faire avancer ses personnages. Certains n’ont qu’une action à faire (Jessie ou même Buzz) tandis que d’autres tombent sur McGuffin (ces ressorts scénaristiques qui relancent l’histoire) comme un cheveu sur la soupe. Cela n’enlève en rien le plaisir ressenti devant le film, mais c’est notable et cela montre que le film n’est pas parfait non plus, surtout si on accepte de prendre du recul par rapport à une position de fanboy (ce que je ne suis absolument pas).

Au final, Toy Story 4 est une agréable surprise qui offre une belle conclusion à la saga. C’est drôle, rythmé, assez intelligent dans les différentes thématiques abordées et c’est vraiment sublime. Si on notera quelques faiblesses à droite ou à gauche, il sera bien difficile de retenir une petite larmichette quant à la fin du film, émouvante à souhait et offrant finalement deux choix assez judicieux, soit une fin totale à la franchise, soit une ouverture à de nouvelles aventures avec Woody. Bref, un joli film, qui n’est peut-être pas à la hauteur des opus précédents, mais qui reste dans le haut du panier de l’animation.

Note : 16,5/20

Par AqME

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