Yves – Complètement Givré

De : Benoit Forgeard

Avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine, Alka Balbir

Année: 2019

Pays: France

Genre: Comédie

Résumé:

Jérem s’installe dans la maison de sa mémé pour y composer son premier disque. Il y fait la rencontre de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool. Elle le persuade de prendre à l’essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie…

Avis :

Benoit Forgeard est de retour derrière la caméra avec Yves. Présenté lors de la quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, Yves raconte le quotidien de Jerem, un rappeur raté incarné par l’excellent William Lebghil. Accompagné de Doria Tillier et Philippe Katerine, Yves est un film absurde et rafraîchissant. Critique.

Une idée originale

Yves est un frigo intelligent. Une intelligence artificielle dans un réfrigérateur commercialisé par une grande compagnie d’électro-ménager. Pour lancer le produit, l’agence choisit Jerem comme testeur. Le jeune rappeur se retrouve avec ce frigo sur les bras qui va l’aider à améliorer sa vie. Le concept est frais, drôle et totalement absurde. Avec cette idée, Benoit Forgeard permet de jouer sur plusieurs tableaux : celui de la comédie absurde, mais aussi celui de la critique sociale. Une bonne manière de faire d’une pierre deux coups, avec cette vision personnelle et décalée de l’intelligence artificielle. Via son frigo Yves, Benoit Forgeard fait une critique de la société moderne, celle qui est assistée, celle qui buzz sur de la stupidité, sur du vent et de l’artificiel, celle qui est nivelée par le bas. Avec Yves, il fait une critique de la société dominée par le superficiel, par les faux semblants, par le mensonge et le profit. Sans qu’elle soit accaparante, cette analyse de la condition actuelle est intelligente, justement grâce à son côté absurde, en tout cas forcé. Benoit Forgeard caricature le trait, jusqu’à envoyer son frigo à l’Eurovision, ou lui offrir des relations sexuelles. Par ce côté léger et décalé, le film ne se prend pas au sérieux, ce qui lui donne un souffle rafraîchissant.

Le casting est parfait, William Lebghil en tête, qui campe un rappeur attachant, un looser magnifique qui tient le film sur ses épaules. Philippe Katerine est fidèle à lui-même et à son flegme décalé. Quant à Doria Tillier, elle apporte un peu de sérieux à tout cela. Malgré quelques longueurs on s’amuse devant Yves qui accumule les vannes réussies, quelque part dans un héritage de  Quentin Dupieux ou de Bertrand Blier. Quant aux séquences musicales, petit rap de seconde zone, elles demeurent relativement réussies. Elles permettent d’aborder la thématique de l’auteur, de l’artiste qui cherche à conserver ses idéaux, mais également l’artiste flemmard, qui ne s’investit pas face à un art difficile à atteindre. Le rapport au rap permet de définir la perversion de la société qui transforme des compositions personnelles en tubes sans âme, auto-tunés, et totalement formatés. Yves aborde la notion de personnalité, cherche à défendre la différence face à la masse, l’individualité face au conformisme. Et puis le rap de William Lebghil demeure sympathique à écouter et permet de donner un rythme un peu street au long métrage.

Bref, Yves est un film étonnant et sympathique, satire d’une société automatisée et assistée. C’est critique et absurde en même temps, et malgré quelques longueurs, on s’amuse bien face à ce frigo intelligent.

Note : 14/20

Par Aubin

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