Oracle T.01 – La Pythie

Auteurs : Olivier Péru et Stefano Martino

Editeur : Soleil

Genre : Fantasy

Résumé :

Elle est la Pythie, la messagère des dieux, dévouée au culte d’Apollon, la vierge dont les visions ont maintes fois sauvé Delphes et les autres cités grecques. De l’avenir, elle connaît les batailles qui défont les rois, les sécheresses qui affament les paysans, les tempêtes qui emportent les navires. Du présent, elle ne jouit pas. Elle vit recluse dans son temple, préservant le don qui fait d’elle l’une des femmes les plus puissantes de Grèce. Jusqu’à ce que son pouvoir lui soit arraché, que sa dernière vision lui révèle le sombre futur qui va s’abattre sur le monde…

Avis :

La série Oracle est une saga bien particulière, dans laquelle un tome correspond à une histoire complète, chacune écrite et dessinée par des artistes différents et aux univers variés. Le challenge a été réussi tant l’ensemble est cohérent et plein de surprises. Même si la qualité des dessins ou du scénario n’est pas toujours au même niveau, le lecteur appréciera cet exercice passionnant, qui nous rappelle les lectures de l’Odyssée d’Homère ou de l’Illiade avec sa guerre de Troie.

Oracle nous plonge dans la Grèce antique, où les manipulations et fourberies des dieux étaient nombreuses étant donné qu’ils s’amusaient fréquemment à descendre sur Terre, souvent pour s’amuser ou assouvir leurs désirs. L’atmosphère est quelque peu malsaine car le thème de la série n’est pas très joyeux : tous les chapitres mettent en avant une vengeance d’un mortel envers les dieux, et on sait très bien que ces derniers ne se laisseront pas faire aussi aisément. Le ton n’est ainsi clairement pas comique et reste plutôt tragique, à l’image des tragédies théâtrales.

Le premier tome, la Pythie, est un début de qualité, avec rebondissements, amours fâchés et combats épiques. Les premières cases nous font suivre un conteur aveugle qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui va nous relater un drôle de récit. Les dessins précis et détaillés des lieux et des personnages nous font voyager rapidement dans le passé et on se tient attentif pour suivre l’histoire du vieil homme. L’histoire est bien écrite et les personnages crédibles. Pour les amateurs, quelques évocations historiques sont citées et le fait de ne pas les connaître n’affecte en rien la compréhension de l’histoire. En effet, le scénario se sert des répercussions de ces actes et ne s’intéresse pas à leurs origines, ce qui n’est donc pas gênant.

La Pythie n’est pas un tome très flatteur pour les spartiates, qui sont décrits comme des guerriers au sang chaud et au cerveau, semble-t-il, peu développé. Le roi décrit est détestable dès les premières pages et, contre toute attente, son personnage s’avérera finalement plus utile que ce qu’il laissait percevoir. Le personnage est ainsi redoré et prend une nouvelle dimension dans une histoire où on ne l’attendait pas. Les scènes de combats mettant en scène les spartiates sont belles et épiques. Elles rappellent les visuels de grands péplums et le lecteur se penchera un peu plus sur les planches pour y dénicher quelques détails bien trouvés. La violence des scènes n’est pas cachée et c’est tant mieux. Cela permet de montrer toute la noirceur et la folie des Hommes comme des dieux.

Apollon et Athéna sont les héros divins de cette fresque. Le premier se voit affubler d’une image déplorable, notamment à travers les yeux de la Pythie, sa représentante sur Terre, dont la vengeance sera terrible. Apollon apparaît comme un dieu sans foi ni loi, égoïste, loin de ce que l’on attend d’un dieu des arts et de la lumière. Cette vision est intéressante et permet de critiquer l’Olympe et sa main mise sur les mondes d’en bas. Comme les Hommes, les dieux sont loin d’être parfaits et les récits mythologiques ne cessent de nous le rappeler. Leurs personnalités complexes et perfides n’ont rien à nous envier. La Pythie réinvente les épopées mythiques à sa manière et le résultat n’est pas du tout décevant.

Le personnage de la Pythie de Delphes est lui aussi fait d’ombre et de lumière, et étonne tant la vengeance a bien été réfléchie. Elle ne ressemble plus à la personne frêle à laquelle elle nous avait habitués, une jeune femme bien sous tous rapports et incroyablement douce et délicate. Les rebondissements et révélations sur ses actes et ses bassesses sont inattendus et bien amenés à la toute fin du récit. Le scénario de ce premier tome est crédible et cohérent, et pourra en perturber certains. Les âmes sensibles devraient s’abstenir devant la violence montrée et implicite. Le lecteur ne sait plus de quel côté se tourner : doit-il plaindre la Pythie qui a souffert à cause de sa beauté, doit-il soutenir Apollon et ses envies incontrôlables, doit-il avoir pitié du roi spartiate qui ne pense qu’à sa gloire, ou doit-il être du côté d’Athéna, dont la sagesse n’est plus à démontrer et qui essaie tant bien que mal d’arranger la situation avec équité et justice ?

Il n’y a finalement pas de méchants ou de gentils dans cette histoire. Les personnages sont gris et commettent tous des erreurs. Les décisions prises pour que les évènements se calment ne sont pas simples et ne plairont pas à tout le monde. La justice divine a frappé ! Gare aux prochains mortels qui voudront se frotter aux dieux…

Note : 18/20

Par Lildrille

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