Watchmen

De : Zack Snyder

Avec Malin Ackerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan

Année: 2009

Pays: Etats-Unis

Genre: Fantastique, Action, Super-Héros

Résumé :

Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?

Avis :

Adapter un comics n’est pas une chose aisée, même si aujourd’hui on en bouffe à toutes les sauces avec les écuries Marvel et DC. Cependant, si on s’éloigne de ces deux véhicules de guerre, on se rend compte que dans le domaine moins formaté du comics, on trouve des choses très intéressantes. En commençant par Sin City de Robert Rodriguez en allant jusqu’à Hellboy de Guillermo Del Toro. Mais attention, certains comics au cinéma ne valent pas tripette et on fait un four complet, comme pour Spawn ou encore Jonah Hex, des bousins que l’on ne veut plus jamais revoir à moins d’être sadomasochiste. Mais parmi les plus grosses adaptations et surtout les plus risquées, on peut compter sur Watchmen. Et cela pour deux raisons. Tout d’abord parce que l’œuvre originale est signée Alan Moore et que le type est un génie, rendant difficilement adaptable son œuvre dantesque (et on se souvient encore avec douleur de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires). Et ensuite parce que derrière la caméra on retrouve Zack Snyder, pas le réalisateur le plus fin pour une œuvre qui demande à être autant complexe qu’esthétique. Et pourtant le cinéaste américain signe son chef-d’œuvre.

Alors oui, le film prend de grandes libertés avec le roman graphique car il essaye de coller au mieux à ce que le spectateur lambda peut accepter de voir. A titre d’exemple, ce n’est pas des bombes qu’Ozymandias envoie sur certaines villes, mais des attaques psychiques d’une sorte de poulpe géant. Si cela fonctionne parfaitement sur un comics, c’est moins évident sur un film et de ce fait, Zack Snyder a fait les bons choix. L’autre bon choix qui a été fait c’est toute la gourmandise artistique dont fait preuve le film. C’est beau, chaque plan est un money shot et on en ressort grisé. Là où le réalisateur abusait des ralentis pour faire dans le clinquant, il les utilise ici pour montrer des choses importantes et des moments galvanisants. L’attaque de la prison avec le Hibou et le Spectre Soyeux est un modèle du genre, donnant de l’impact aux coups, mais montrant aussi un plaisir retrouvé de mettre des tatanes dans la gueule des méchants. Avec Watchmen, le réalisateur se lâche complètement, se fait plaisir et trouve le ton juste pour aborder un film pourtant complexe et à l’intrigue sinueuse.

Car le film ne se laisse pas appréhender comme n’importe quel film de super-héros. Combien de personnes furent déroutées lors de son passage en salles à l’époque, alors qu’ils pensaient voir un X-Men ou une sorte de Marvel-like. Watchmen est bien plus riche que cela et prend le temps de tisser une toile avec un vrai fond. Le métrage interroge constamment sur la légitimité des héros masqués et sur leur liberté accordée. Comme on peut le voir, dès 1940, certains héros ont complètement dévié, devenant fou ou cédant au mal. Sans jamais vraiment appuyer sur cette toile de fond, Zack Snyder nous rappelle sans cesse ce contexte « historique » et ce malaise qui existe entre la populace et les héros masqués qui tombent en disgrâce. Et au milieu de tout ça, on a ce complot, ces crimes sur les vigilantes qui se font de plus en plus étranges, et Rorschach qui mène l’enquête. Une enquête riche en rebondissements, qui fait tout pour passer pour une série noire, avec la voix off du héros qui narre ses recherches avec un certain lyrisme, donnant un ton désuet mais terriblement addictif, offrant au film une ambiance de polar sombre et tortueuse.

En plus d’être beau et d’être à la fois riche, complexe et compréhensible, le film ne laisse aussi aucun personnage sur le carreau. A l’aide de divers flashbacks qui vont servir l’intrigue, le film nous présente chaque personnage de façon dense et précise. Ainsi donc, Le Comédien (Jeffrey Dean Morgan) sera un vétéran de la guerre du Vietnam qui aura ses démons, son ambiguïté et qui prend la vie pour ce qu’elle est, une énorme farce. Amoral, détestable mais ayant des fissures, le personnage est peut-être le plus complexe de l’histoire avec Rorschach. Ici, Jackie Earle Haley trouve son meilleur rôle dans ce détective aux méthodes expéditives, à la psychologie fragile et au meurtre facile. Entre sa jeunesse ignoble et son présent sans futur, il s’agit du personnage le plus mélancolique mais aussi le plus charismatique de cette histoire. Son ancien allié, Le Hibou (Patrick Wilson), est un personnage plus simple, mais qui a aussi ses démons. Plus posé, il va petit à petit retrouver le goût à l’action et à l’enquête. On découvrira aussi ses frustrations sexuelles avec le Spectre Soyeux (Malin Akerman) qui, elle, souffre de l’attitude de sa mère et de la comparaison. Difficile aussi de ne pas citer le moment sur le Dr. Manhattan (Billy Crudup), ce personnage qui se détache de toute humanité, trouvant cela vain, alors qu’il possède lui aussi des failles psychologiques. Sa comparaison avec la bombe atomique et la guerre froide est très prégnante et il représente un danger pour le monde entier. Reste Ozymandias (Matthew Goode), mégalo en diable, un peu moins travaillé que les autres, mais qui dévoile qui il est vraiment sur le dernier quart. Bref, chaque personnage a sa personnalité, son background hyper riche, rendant ce petit monde à la fois complexe et touchant.

Au final, Watchmen est un grand film de super-héros. On est très loin des films calibrés Marvel ou DC que ce soit par le ton employé, toujours sérieux et très sombre, mais aussi par sa mise en scène, qui alterne les phases épiques et les moments gores ou plus intimistes. Si Snyder est bien souvent un gros bourrin qui manque de finesse, avec ce métrage, il prouve qu’il est aussi capable du meilleur, utilisant ses tics de réalisation pour vraiment raconter quelque chose et pas seulement faire du clinquant. Bref, Watchmen reste certainement l’un des meilleurs films de super-héros de tous les temps et Alan Moore n’a pas à s’offusquer devant cette adaptation à la fois fidèle et novatrice pour le meilleur.

Note : 19/20

Par AqME

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