Interview Sacha Polak et Vicky Knight – Dirty God

A l’occasion de la sortie de l’excellent Dirty God, nous avons eu la chance de rencontrer Vicky Knight, l’actrice principale du film, elle-même grande brûlée, et Sacha Polak la réalisatrice néerlandaise du long métrage. La première a la peau des bras marquée par les brûlures, mais son visage est épargné, à la différence de son personnage dans le film. Elle a un accent anglais très prononcé difficile à suivre, couplé à une véritable volonté de partager son expérience, de parler de son passé sans tabou, avec une force nouvelle, et une vivacité inattendue. Sacha Polack est d’avantage en retenue, sans réel accent, ce qui simplifie son anglais. La première est blonde, la seconde est brune, les deux sont jeunes, et elles nous ont livrés un entretien passionnant pour un long métrage important.

Pour commencer, j’aimerai savoir si vous saviez où vous alliez emmener votre histoire, savoir pourquoi vous ne montrez pas l’attaque.

Sacha Polak : Non, je n’ai jamais considéré montrer l’attaque, mais j’avais peut-être envie de commencer plus tôt le récit parce que je connais des histoires géniales. J’ai parlé à beaucoup de survivants, de grands brûlés, et ils m’ont parlé de leur réveil dans un hôpital, quand ils se sont vus eux même pour la première fois, et comment leur visage a été remodelé pièce par pièce par le docteur. Ce sont des histoires très puissantes, mais dans mon récit, je n’avais pas besoin de faire de longues séquences à l’hôpital. Bien sûr, une histoire change, tout le temps. Tu retravailles tout le temps dessus.

Comment avez-vous choisi Vicky Knight ?

Sacha Polak : J’ai toujours voulu faire ce film avec une grande brûlée. Avec une personne qui a de vraies cicatrices, et dont la douleur est réelle. Nous avons commencé le casting très tôt, et nous avons sans doute rencontré toutes les personnes d’Angleterre avec des cicatrices. Vicky nous a envoyé une vidéo.

Vicky Knight : Oui, j’ai envoyé une vidéo qui racontait mon histoire, que j’ai été brûlée quand j’étais enfant. Ça a été une motivation pour parler. J’ai beaucoup été harcelée quand j’étais enfant. J’ai également participé à un documentaire sur les grands brûlés. Je me suis sentie humiliée à la télévision. Ils ont renommé le programme « Too ugly for love » et c’était en fait une émission de rencontres. Je me suis sentie énormément harcelée, j’ai évidemment pensé au suicide. Pas seulement à cause du documentaire mais également à cause de mes rencontres avec les garçons et les gens de manière générale qui se sont majoritairement moqués de moi. La directrice de casting est venue vers moi par les réseaux sociaux après qu’elle ait vu ma vidéo. Elle m’a expliqué quel type de film ils faisaient et m’a proposé d’avoir un rôle dedans. Au début j’ai dit non parce que le documentaire avait été une expérience difficile pour moi. Un an après, la directrice de casting m’a rappelée. Elle m’a convaincue grâce au personnage de Jade qui est une victime d’une agression à l’acide, ce qui n’est pas mon histoire personnelle. Sacha a donc réussi à me convaincre et on a fait ce film. (rires)

Comment cette expérience a changé ta vie ?

Vicky : Elle a changé ma vie massivement. Comme je l’ai dit avant, j’avais des tendances suicidaires, je me sentais harcelée à cause de mes cicatrices, je les couvrais tout le temps, mais maintenant j’ai totalement changé de vision des choses, je suis fière de mes cicatrices, je recommence à me sentir humaine. Ça a changé significativement ma façon de voir la vie. C’est aussi un message pour les gens qui ne doivent pas abandonner, ce film m’a sauvé, Sacha m’a sauvée la vie (rires complices).

Quelle a été votre motivation pour faire ce film, que vouliez-vous raconter au public ?

Sacha : Je pense que comme chaque film, tu essayes de rassurer les gens, de leur expliquer qu’ils ne sont pas seuls au monde. Je ne me suis pas forcément demandée pourquoi ou comment, mais je pense que j’ai commencé à imaginer ce film quand j’ai vu une jeune femme avec des cicatrices dans un festival de musique. Tout le monde la dévisageait autour d’elle. Je me suis rendue compte que ça serait comme ça tous les jours de son existence, qu’elle ne pourra pas oublier ses blessures puisque les gens la regardent en permanence. Au cours de mes recherches, j’ai parlé à de nombreuses femmes différentes qui avaient été brûlées lors d’attaque à l’acide. Plus de 480 attaques chaque année sont recensées rien qu’à Londres, ce qui est énorme. J’ai tout de suite pensé que c’était un sujet important à exploiter.

Comment avez-vous choisi l’environnement du personnage ?

Sacha : La vie est très différente si vous êtes riche ou si vous êtes pauvre, de manière générale. Dans la vie, c’est plus facile si vous êtes riche, vous pouvez aller dans n’importe quelle clinique. C’était très important de souligner la précarité du personnage qui fait du mieux qu’elle peut. Elle ne reçoit pas d’aide de l’extérieur, elle reçoit très peu de soutien, je pense que c’était important pour cette histoire d’avoir un personnage qui se débrouille seul, que si bat seul, qui doit trouver ses propres solutions.

Vicky : L’argent joue un grand rôle dans notre société. Si tu as de l’argent, tu as un meilleur traitement et un soutien psychologique professionnel. Le film montre le quotidien d’une femme de la classe moyenne. C’est simple : tu ne travailles pas, tu n’as pas d’argent. Mais c’est difficile de trouver du travail quand tu as cette tête-là.

C’est aussi un film féministe en général ?

Sacha : Je ne sais pas. Je veux dire, je pense que ce film parle sans doute autant aux hommes qu’aux femmes. Donc ce n’est pas nécessairement un film féministe. Pour moi, c’était important de mettre en scène la relation grand-mère/mère/fille. Jade est effrayée par le rejet, elle cherche une nouvelle façon de vivre. Mais c’est aussi compliqué pour sa mère qui doit accueillir sa fille brisée. Elles manquent d’espace. C’est difficile d’être une mère seule.

C’est difficile de tourner avec du maquillage en plus ?

Vicky : Oui, le reste de mon corps est réellement brûlé comme dans le film. J’ai seulement eu du maquillage sur le visage. Ça doit être encore plus dur d’avoir des cicatrices sur le visage puisque c’est la première chose que l’on voit quand on engage une discussion. Les maquilleurs ont été extrêmement doués. Mais j’ai reçu des commentaires disant « oh ! Le maquillage est super bien fait » et qui montraient mes bras, alors que ce sont les miens, sans maquillage. J’ai énormément de chance de ne pas avoir eu les cicatrices sur le visage.

Quels sont vos prochains projets ? 

Vicky : J’ai pris un agent depuis peu, j’ai quelques castings de prévu. J’aimerai écrire un livre sur mes expériences. Il va falloir attendre et voir. (rires)

Sacha : Nous avons prévu un autre film ensemble.

Propos Recueillis et Traduction par Aubin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net