octobre 29, 2020

La Théorie des Ombres – Aden V. Alastair

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Résumé :

Rome, 1600. Le philosophe et poète Giordano Bruno est condamné pour hérésie par l’Inquisition et brûlé vif. Boston, de nos jours. Un objet qui aurait appartenu à des alchimistes célèbres tels que John Dee et Isaac Newton est dérobé au musée de Boston. Les cambrioleurs portent un tatouage représentant l’emblème d’Ahnenerbe, organisation consacrée à la recherche archéologique et anthropologique fondée par Himmler. Memphis Thorndahl, agent spécial du FBI, mène l’enquête. Pendant ce temps, Gary, ex-pilote de l’armée britannique blessé au combat, souffre du stress post-traumatique. Ses rêves énigmatiques peuplés de créatures mythologiques, forteresses et cathédrales l’inspirent à se rendre dans le sud de la France. Là, il rencontre Sandra, une étudiante passionnée par l’art gothique et le Moyen Âge. Ensemble, ils vont se lancer dans une odyssée à la découverte d’une histoire secrète qui, tel un fleuve souterrain, a traversé les époques, depuis l’Antiquité jusqu’au siècle des Lumières, et dont les échos se font encore entendre aujourd’hui.

Avis :

En marge des best-sellers qui alimentent les librairies et font la joie des imprimeurs, le thriller ésotérique n’est pas l’apanage des grands auteurs. Certes, ils font un travail remarquable, leurs histoires sont envoûtantes, immersives et d’un intérêt évident. Pourtant, il est une frange de passionnés qui fait perdurer le genre sur un tout autre niveau (plus modeste). Il n’en demeure pas moins que leurs ouvrages méritent le détour pour la majorité d’entre eux. Lorsque l’on connaît les difficultés à publier un roman, a fortiori pour les « débutants », on ne peut que saluer le petit éditeur Ex-æquo de nous proposer des manuscrits qui risquaient de rester dans des tiroirs.

Ce n’est pas pour autant que lesdites histoires soient mauvaises ou banales. D’ailleurs, La théorie des ombres semble confirmer ce constat. À mi-chemin entre course-poursuite vers une relique sacrée et une enquête policière autour des milieux néofascistes, l’auteur nous convie à un voyage dans le temps où ésotérisme, philosophie et religion font plutôt bon ménage. Force est de reconnaître qu’Aden V. Alastair connaît les (nombreux) sujets abordés. Mais n’oublions pas que nous sommes en présence d’un thriller ésotérique. Par conséquent, la documentation fournie doit être rigoureusement exacte, vérifiée, contre-vérifiée si le besoin s’en fait sentir.

Plus qu’une masse d’anecdotes accumulées dans quelques sombres bibliothèques, on constate une véritable érudition entre les lignes. Ce n’est pas le travail de quelques semaines, mais véritablement une somme d’informations effectuées au fil des années. Malgré un départ tambours battants, la progression du récit suit un rythme plus posé qu’à l’accoutumée. Le suspense est soigneusement entretenu, mais certains pans narratifs préfèrent se pencher sur les données « pures » plutôt que sur le nœud du problème (à savoir la résolution du meurtre). Si, d’un côté, on s’enrichit sur des aspects historiques que l’on ne connaît pas forcément, on a l’impression que cet étalage culturel ne sert pas à proprement parler le nœud de l’intrigue.

Une remarque qui n’est nullement handicapante si tant est que vous vous intéressiez aux sujets (pourquoi acheter le livre dans le cas contraire ?). Pourtant, il nous faut aborder une question essentielle : à qui s’adresse ce thriller ésotérique ? Si vous êtes un féru du genre, pas de problème. Les codes sont respectés et l’on trouve son compte de mystères et d’énigmes au fil des pages. En revanche, si vous êtes novice en la matière, essayez-vous d’abord à des ouvrages un peu plus accessibles en termes de contenu. En effet, pour cette partie du lectorat, nul doute que la densité du livre sera également sa principale faiblesse.

La théorie des ombres jongle tour à tour avec les époques et des thèmes passionnants, mais qui nécessitent une certaine préparation, à tout le moins un minimum de connaissances pour parcourir sereinement le présent roman. Imaginez. L’Égypte Ancienne, la Grèce Antique, le Moyen-Age, la Seconde Guerre mondiale et notre époque s’entrechoquent en l’espace de seulement 300 pages ! Tout comme le fait d’aborder la quête du Graal, l’histoire des Cathares en conflit avec l’église, la vie de Giordano Bruno, le goût immodéré des nazis pour l’ésotérisme, l’alchimie, les évangiles gnostiques… Chacun des sujets susmentionnés mériterait de faire l’objet d’un livre à eux seul, si ce n’est déjà fait.

La place allouée à chacun n’est pas proportionnelle, mais ce choix a de quoi décontenancer un public non averti. On notera également qu’il n’y a pas forcément de contradictions flagrantes dans la construction du roman (au vu de sa densité, assez improbable) et, malgré cela, les propos tenus par l’auteur restent clairs et compréhensibles. Dans cette profusion, il est évident que l’on survole ces différents aspects. Impossible de rentrer au cœur des choses en si peu de temps. D’ailleurs, l’histoire pâtira d’une légère baisse de rythme dans la seconde moitié où les aboutissants cadrent un peu trop avec les poncifs du genre (société secrète, méchants à la limite du caricatural…).

Des protagonistes qui disposent d’une palette d’émotions variées, ainsi que de motivations aussi dissemblables que leurs caractères. Le travail sur la psychologie des personnages est propre, leur évolution appropriée, même si certaines de leurs réactions manquent de crédibilité. On avance des justifications assez sommaires (principalement un passé tourmenté pour chacun d’entre eux) et quelques séquences se perdent en velléités inutiles. En tête de liste, l’argumentaire pompeux de Diederich ou la rencontre entre Gary et Sandra. Quelques maladresses qui n’empêchent aucunement de se prêter au jeu de leurs péripéties.

Au final, La théorie des ombres est un thriller ésotérique intéressant doté de qualités certaines. L’intrigue est plaisante à suivre et l’on sent l’auteur passionné et érudit dans les thèmes évoqués. Revers de la médaille, ceux-ci sont beaucoup trop nombreux pour être abordés correctement. Pas de bâclage à l’horizon, mais un survol qui aurait mérité d’être décliné sur de possibles futurs ouvrages au lieu d’être condensé sur 300 petites pages. Les connaisseurs savoureront le livre assez rapidement, mais les débutants en la matière risquent d’être un peu perdus. Malgré les errances constatées, l’on tourne les pages sans difficulté. Un roman riche, mais peut-être un peu trop.

Note : 13/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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