Roméo Elvis – Chocolat

Avis :

Depuis quelques temps maintenant, on voit arriver en France une vague de rappeurs issus de Belgique. On peut citer par exemple Hamza, Damso ou encore Roméo Elvis qui va nous préoccuper aujourd’hui. Né en 1992, le belge va rapidement se tourner vers le rap alors qu’il fait des études artistiques, ce qui n’est guère étonnant quand on sait que son père est un chanteur, sa mère une actrice et même sa petite sœur, Angèle, s’est lancée dans la musique pop. Il commence à se faire connaître avec le collectif L’Or du Commun, mais doit en parallèle travailler en tant que caissier pour pouvoir avoir un peu d’argent. Il décide alors de se concentrer uniquement à son art, et va sortir coup sur coup deux albums en collaboration avec Le Motel, à savoir Morale et Morale 2. Une réédition, Morale 2Luxe, sortira plus tard pour enfoncer le couteau dans la plaie. Néanmoins, il n’y a pour l’instant aucun projet solo pour le rappeur, qui fait des featuring avec sa sœur pour le titre Tout Oublier, et avec Lomepal pour 1000°c. D’ailleurs, on notera que beaucoup de personnes trouveront des liens artistiques entre Roméo Elvis et Lomepal, même si dans le fond, les deux hommes font des choses complètement différentes. Mais c’est en Avril 2019 que sort Chocolat, le tout premier album solo de Roméo Elvis, et on avait beaucoup d’attente autour de ce projet. Qu’en est-il vraiment ?

Le skeud est très généreux, puisqu’il contient dix-neuf pistes pour un peu plus d’une heure d’écoute et tout commence avec Intro. Dépassant les trois minutes, le rappeur s’évertue à parler de sa vie et de comment il en est arrivé à construire ce premier album. C’est plutôt pas mal même si on pourra y voir une écriture pas toujours pertinente et des errances verbeuses parfois douteuses. C’est alors qu’on enclenche avec Chocolat, un titre qui parle de drogues, puisque l’artiste fut un gros consommateur avant de tout lâcher pour un esprit plus sain. Malheureusement, le titre ne fait pas forcément mouche, car il demeure trop explicite et n’a pas beaucoup de finesse. Cet élément reviendra assez souvent, car c’est un peu la déception de cet album, l’écriture. Tout tourne autour de trois sujets, la vie du chanteur en mode égotrip presque malheureux, la drogue et les femmes ou plus globalement l’amour. Trois thèmes redondants et finalement très personnels qui ne toucheront pas ou presque celui qui écoute. En effet, malgré la présence de Vladimir Cauchemar et d’autres beatmakers connus, cet album manque de sentiments, de chaleur et de tension. Si on aura bien Parano en duo avec M qui parlera de la difficulté des sentiments amoureux et qui sera contrebalancé avec Soleil, plus lumineux et dansant, on reste dans quelque chose de très surfait et qui enfonce de portes ouvertes. C’est dommage et cela ne fait pas vraiment honneur au rappeur qui, on le sait, est perclus de talent.

Alors bien évidemment, il y a certains morceaux qui sortent du lot, que ce soit grâce à leur prod, leur instrumentalisation ou encore les paroles qui sont plutôt sympathiques. On peut par exemple évoquer Cœur des Hommes qui parle du racisme, tout comme La Belgique Afrique, même si ce titre peut prêter un peu plus à confusion, notamment quand il dit ne pas être fier de ses ancêtres à cause des colonies. 3 Etoiles est aussi un titre intéressant dans ce qu’il évoque, mais surtout dans son côté un trap qui pousse bien et donne forcément envie de sauter en l’air. C’est énergique, puissant et ça change du reste de l’album, même si on retrouve ce côté boosté avec T’es Bonne, malgré là-aussi des paroles un poil stupides pour dénoncer les gros lourds qui draguent en boîte et ne respectent pas les femmes. C’est assez peu de choses, il est vrai, peut-être que nous en attendions trop par rapport aux différents feat de qualité que le jeune rappeur avait pu faire, mais on ne peut pas dire que cet album soit une vraie réussite. Si on peut sortir aussi 194 qui demeure le titre le plus personnel dans l’album ou encore Normal en Afrotrap dynamisé, on reste sur notre faim. Même dans les moments qui se veulent plus calmes et touchants, comme sur En Silence qui évoque la mort d’un ami proche du chanteur, on se sent exclu et on ne ressent rien. Même Perdu, avec son petit piano et Damon Albarn qui apaise les ardeurs du rappeur, n’arrive pas à être touchant, ce qui est à la fois étrange et dommageable pour ce premier effort.

Au final, Chocolat, le premier album solo de Roméo Elvis reste une petite déception. Non pas que l’album soit intégralement mauvais, mais il est plutôt inconstant et manque clairement de moments mieux écrits et donc plus marquants. Si on ne peut que saluer la générosité du rappeur, dix-neuf titres pour tourner en rond autour de trois sujets, c’est trop peu pour devenir vraiment intéressant et tout cela sent un peu trop la biographie cachée. Pour faire court, il s’agit d’un album qui a tout misé sur la quantité, comme un besoin de montrer tout le travail accompli par l’artiste, mais ça manque de rigueur et d’émotions, ce qui rend le tout très bancal.

  • Intro
  • Chocolat
  • Malade
  • Cœur des Hommes
  • Parano
  • Soleil
  • Bobo
  • Solo
  • 194
  • Normal
  • 3 Etoiles
  • Interlude
  • Viseur
  • Kuneditdoen
  • La Belgique Afrique
  • T’es Bonne
  • Dis-Moi
  • En Silence
  • Perdu

Note : 07/20

Par AqME

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